Jonathan Mostow aime travailler en famille et le prouve avec
Clones. La preuve, après avoir fait appel aux deux scénaristes de son
Terminator 3 : le soulèvement des machines, Michael Ferris et John Brancato, il s'est adjoint les services musicaux de celui qui fut son compositeur sur
U-571 : Richard Marvin.
A vrai dire, les deux hommes ont déjà travaillé ensemble sur
Breakdown puisque l'artiste avait signé la musique additionnelle du long-métrage mettant
Kurt Russell aux prises avec les ravisseurs de sa femme. A l'époque, Basil Poledouris nous avait gratifié d'une partition sans saveur, bien loin de ses œuvres mémorables composées pour
Conan le Barbare et
Starship Troopers. Mais la première collaboration professionnelle entre Jonathan Mostow et Richar Marvin a lieu en 1991 et pour la télévision américaine avec
Flight of Black Angel, un thriller mêlant assez habilement suspens à connotations militaires et ésotérisme menant le protagoniste principal à vouloir détruire la ville du péché, Las Vegas.
La carrière de Richard Marvin commence donc petitement mais sûrement lorgnant autant du côté de l'action (
Interceptor, directement en vidéo sauf en Hongrie) que de la comédie familiale (
Ninja Kids et sa suite). Comme beaucoup de ses confrères, la télévision lui permet de faire ses classes et il faudra donc attendre
U-571 pour plus de consistance et de grande toile. Avec son thème principal intimement lié à l'héroïsme enfoui en chacun de ses soldats et ses mouvements symphoniques illustrant à merveille les scènes d'action comme la claustrophobie, le nom de Richard Marvin commence à s'imposer à Hollywood. Bien qu'impersonnelle, la partition du musicien fait habilement le travail...
C'est pourtant le petit écran qui le rattrape encore et toujours. Richard Marvin officie depuis plus de dix ans pour des séries TV telles que Six Feet Under, Wanted, Newport Beach, En analyse et plus récemment FBI : Portés disparus. Le dernier film de Jonathan Mostow est l'occasion unique de retrouver le travail de ce compositeur qui a encore beaucoup a prouvé au cinéma.
Il faut bien avouer que la noirceur désespérée des premières minutes de
Clones permet d'emblée au compositeur de se démarquer de ses précédentes influences (Jerry Goldmstih en tête, on le lui a beaucoup reproché). Les premières salves de cordes distillent un univers pesant avant que la bande originale ne soit rattrapée par des sonorités synthético atmosphérique proches du meilleur de John Powell ou Harry Gregson-Williams. Le compositeur impose ensuite à l'auditeur des boucles au piano, renforcées par un duo violon/violoncelle simplement efficace. L'introduction de
Clones est prenante, angoissante et ne s'embarrasse d'aucun détour. Tout comme le film.
Richard Marvin comprend rapidement que le cœur du film se joue sur la relation entre l'agent Greer (
Bruce Willis) et sa femme (Rosamund Pike). Pour illustrer cette histoire d'amour brisée par la mise en procuration du quotidien, le musicien libère un thème précieux et mélodramatique avec pour seul ambassadeur émotionnel, les notes d'un piano qui semble se mourir. C'est dans cette gravure musicale d'un couple à la dérive que le musicien laisse une empreinte. Pour le reste, le compositeur se mue comme d'habitude en parfait illustrateur de scènes d'action et d'ambiances vouées à l'hypertechnologie. Il ne force jamais son talent mais insuffle suffisamment de présence dramaturgique au métrage pour ne pas tourner en rond.
Au final, le partition de
Clones, bien que manquant d'ampleur, apparait comme l'œuvre la plus personnelle de son auteur.