Trente ans après Le Loup-Garou de Londres, une star des FX ressuscite le plus carnassier des monstres...

Par Julien DUPUY - publié le 10 février 2010 à 16h51
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« C'est un travail que j'ai avidement convoité, ce qui ne m'est pratiquement jamais arrivé. » Ainsi parle Rick Baker, star des maquilleurs d'effets spéciaux (à des conventions, il est constamment assailli par des groupies en furie avec des t-shirts à son effigie) et artiste définitivement intègre dont l'honnêteté lui a valu bien des déboires dans une carrière néanmoins prestigieuse (six Oscars au compteur, excusez du peu !). Mais Wolfman, qui aurait dû représenter un nouveau pinacle dans sa carrière, restera, si ce n'est comme un échec, du moins comme la source de plusieurs frustrations. Et pourtant, tout avait démarré sous les meilleurs auspices : « J'aimerais faire plus souvent des films de ce genre. Dernièrement, j'ai beaucoup travaillé sur des comédies, notamment avec Eddie Murphy. J'adore ce genre de boulot, vieillir les gens comme dans Click ou les grossir comme dans Norbit. Mais ce que j'adore plus que tout, ce sont les films de monstre. » Aussi lorsque Baker entend dire qu'Universal envisage de produire un remake du classique de 1941, il sollicite un entretien auprès des producteurs pour soumettre sa candidature. Seul hic : le tournage doit se dérouler à l'époque en Angleterre. « Je ne me voyais pas partir à l'autre bout du monde, coupé de ma famille, pendant plus d'un an. Et j'ai donc proposé à Dave Esley (maquilleurs responsable des brûlures d'Anakin dans La Revanche des Sith - NDR) de me remplacer au quotidien sur le tournage. Je pouvais alors partager mon temps entre Londres et Los Angeles. »

 

Wolfman de Joe Johnston
 
Arrondir les angles
Dès l'étape du design, le film démarre de travers. « Si j'étais heureux d'apprendre qu'ils voulaient faire le film avec un acteur maquillé, j'ai passé un sale moment avec Mark Romanek qui devait initialement réaliser le film. Le premier design qui a été dévoilé sur le net, était aussi ma seconde proposition. Mais Romanek l'a rejetée, et j'ai bien dû faire plus de 2 000 designs, tous rejetés les uns après les autres. » Épuisé par l'indécision du cinéaste, Baker prend le taureau par les cornes. Comme Benicio Del Toro est indisponible à cause du tournage du biopic du Che, Baker décide de se filmer lui-même, maquillé en loup-garou en suivant ses premières idées de concept : une modernisation respectueuse du maquillage conçu par Jack Pierce sur Lon Chaney. « C'est un hommage direct, explique Baker, mais je l'ai tout de même modifié pour accentuer sa férocité. Ce qui est certain, c'est que je ne voulais surtout pas du putain (sic ! - NDR) de loup-garou de Van Helsing ! » L'un des secrets dans la réussite de ce design, repose sur le jeu des angles du faciès : plus les traits du visage sont anguleux, plus le monstre semblera agressif. Des sourcils aux oreilles, en passant par l'implantation des cheveux, le lycanthrope de Wolfman multiplie les angles à 45°. Néanmoins, le design reste sobre, puisque, selon Baker, « Benicio Del Toro est déjà pratiquement lui-même un loup-garou. Il suffirait presque de lui coller quelques poils sur le visage, pour le transformer en bête féroce ! »

 

Wolfman de Joe Johnston

 

Wolfman de Joe Johnston
 
Tourner en rond
Avec le licenciement de Mark Romanek, et son remplacement par Joe Johnston à moins d'un mois du premier jour de tournage, la suite de la conception du film n'ira pas en s'améliorant. « À deux semaines du début du tournage, nous n'avions presque rien fait, car aucune décision ferme n'avait été encore prise ! » Et jusqu'à la fin des prises de vues, les séquences de transformation restent indéterminées, même si Rick Baker continue à proposer des concepts, et insiste pour être impliqué dans cet aspect du travail qui sera très vite délégué aux équipes des effets spéciaux visuels. Bien que spécialiste des effets spéciaux de maquillage, Rick Baker est en effet loin d'être un néophyte en matière de numérique : incroyablement habile avec le logiciel Zbrush, il est un actif membre des communautés adeptes de cet outil permettant de sculpter des images de synthèse avec la même finesse que des sculptures en dur. « Finalement, c'est ma plus grande déception sur ce film : nous avons construit pas mal de choses pour la transformation, mais presque rien n'a été filmé. » Le chaos du tournage donne également une grande surcharge de travail à Dave Esley, qui s'occupe des victimes des monstres. En cours de tournage, il est en effet décidé que le film sera plus sanglant que ce qui était initialement prévu, tant et si bien « qu'il y a un acteur que nous avons tué quatre fois au cours des prises de vue ! » raconte Esley. Dans le même ordre d'idées, ce dernier doit créer les éléments pour filmer un arrachage de poumon en un jour et demi seulement ! Quant au studio de Rick Baker, il doit construire une marionnette animatronique d'un comédien en trois semaines. Destinée à brûler, cette marionnette ne sera pas exploitée comme il se doit, les personnes chargées de la sécurité estimant que la structure en fibre de verre doit être remplacée par une armature en acier. Mais il y a pire sur Wolfman : « J'ai parfois été traité de façon étrange sur ce tournage, reconnaît le génial maquilleur. Ainsi, il est arrivé qu'ils filment mes créations sans que je ne sois là, donc sans profiter de mon expérience dans ce domaine. D'autres fois, quelqu'un se mettait littéralement devant moi pour m'empêcher de regarder le moniteur. Bref, il était frustrant de constater qu'on m'avait embauché pour faire ce film, mais que certains des producteurs essayaient de me mettre à l'écart du processus créatif. »

 

Wolfman de Joe Johnston

 

Wolfman de Joe Johnston
 

Wolfman de Joe Johnston


Fan boys
Tout n'est pas négatif cependant sur Wolfman, et le film propose son lot de compensations. Il y a tout d'abord la rencontre entre les deux Rick : Baker collabore en effet sur le film avec le génial directeur artistique Rick Heinrichs, ancien chef décorateur de la glorieuse période de Tim Burton (De Vincent à L'Étrange Noël de M. Jack) et authentique fan boy à l'image de Baker et de Benicio Del Toro. Car la star de Wolfman est elle aussi un véritable geek, et pour passer le temps durant les trois heures que demande la pose de son maquillage, Baker invente un quizz durant lequel il faut deviner, à partir d'une photo prise au hasard dans la revue Famous Monsters of Filmland, le nom du comédien et des maquilleurs responsables de chaque créature. D'un point de vue plus technique concernant le lycanthrope du film de Joe Johnston, Baker opte pour la classique mousse de latex : « Comme la carnation du monstre est sombre, nous n'avions pas besoin de l'aspect translucide qu'offre le silicone. De plus, il est nettement plus compliqué de coller des cheveux sur des prothèses en silicone. » Les poils de la bête sont, selon une vieille tradition, issus de fourrure de yak, et les dents sont en acrylique. Sur ce dernier point, Baker agrandit nettement la taille des crocs du monstre comparé à son ancêtre de 1941 (« Il faut quand même que notre loup-garou puisse arracher les cous de ses victimes ! »), une accentuation rendue possible grâce à Benicio Del Toro dont la bouche s'ouvre avec une amplitude impressionnante. Enfin, le comédien porte des extensions aux pieds, ajoutant une articulation supplémentaire à ses jambes, comme chez les canins.

 

Wolfman de Joe Johnston 

 

Wolfman de Joe Johnston


Le début de la fin ?
Bien que satisfait du résultat final, Rick Baker admet que « ce fut un film à problème dès le début. Il y avait des divergences d'opinion entre les réalisateurs et les producteurs. Ensuite, nous avons changé de metteur en scène, et nous avons dû composer avec les décisions qui avaient été prises par Mark Romanek. Certaines étaient bonnes, d'autres mauvaises. Et Joe Johnston s'est retrouvé précipité au milieu de tout ça, en se demandant parfois quel film il tournait exactement... » Et puis Wolfman risque de marquer, presque trente ans après son fabuleux travail sur Le Loup-garou de Londres, la fin du règne de Rick Baker : « Aujourd'hui, je pense qu'il est inévitable que je ferme une partie de mon studio, tout simplement parce que les films ont de moins en moins besoin de faire appel à mon travail. Ça commence à faire un petit moment d'ailleurs que toute la section de mon atelier où nous concevions l'animatronique est utilisée pour stocker les moules. Je sais que ma carrière arrive à son terme, et je ne me vois pas recommencer un nouveau métier. Je fais beaucoup de choses en images de synthèse pour mon plaisir, mais ça ne sera jamais vraiment mon boulot. »

 Wolfman de Joe Johnston


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