Derrière l'idée originale du film Rien à déclarer se cachent diverses influences parmi les plus prestigieuses. Les secrets d'une réussite inévitable ?

Par Gilles BOTINEAU - publié le 31 janvier 2011 à 16h13 ,
MAJ le 01 février 2011 à 09h01 - 0 commentaire(s)

Bon nombre d'humoristes s'improvisent encore aujourd'hui metteurs en scène. La plupart échouent, d'autres commencent à faire leur trou. Mais il en est un qui demeure inclassable. Après avoir adapté sa propre pièce de théâtre (La vie de chantier, devenu La maison du bonheur, ndlr), Dany Boon s'est ensuite attelé à un sujet beaucoup plus personnel. S'il en parlait déjà longuement sur scène, l'idée d'en écrire une véritable histoire ne fut pas une mince affaire. Seulement, quelques années plus tard, le succès était au rendez-vous. Que dis-je, un succès... Un triomphe ! Bienvenue chez les Ch'tis attira en effet plus de vingt millions de spectateurs sur le seul territoire français. Restait ensuite à trouver un nouveau thème. Et Dany Boon ne tardera pas. Trois ans d'absence, seulement. Rendez-vous donc demain afin de découvrir son tout nouveau long métrage, sobrement intitulé Rien à déclarer. Pourtant, il y en aurait des choses à dire... Car derrière cette idée originale se cachent diverses influences parmi les plus prestigieuses. On tient peut-être là les secrets d'une réussite inévitable...
 

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L'ombre de Gérard Oury
 
Il fut, est, et restera à jamais le roi de la comédie made in France. Le corniaud, La grande vadrouille, Le cerveau, La folie des grandeurs, Les aventures de Rabbi Jacob, L'as des as, Le coup du parapluie, La soif de l'or... Gérard Oury aura vraiment donné ses lettres de noblesse au genre. Avec lui, l'idée du « couple » se révèle toujours original voire même efficace (Louis de Funès/Bourvil, Jean-Paul Belmondo/Bourvil, Louis de Funès/Yves Montand, Pierre Richard/Valérie Mairesse, Philippe Noiret/Gérard Jugnot...). L'une des raisons principales ? Faire appel à des comédiens de génie, capables d'apporter à leur rôle une personnalité hors du commun. En outre, leur force, c'est ce qui les oppose, à l'image par exemple de Laurel et Hardy, avec leur physique, bien sûr, puisque l'un est souvent grand, l'autre plus petit, mais aussi leur caractère. Le premier est un chef-né, très autoritaire, l'atout idéal pour obtenir ce qu'il veut du second, un « simple d'esprit » plutôt gentillet. Dany Boon exploite d'ores et déjà cette thématique dans Bienvenue chez les Ch'tis. L'affiche du film, où on le voit rire aux côtés de Kad Merad, n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle du Corniaud. Mais c'est avec Rien à déclarer qu'il rend un véritable hommage au grand maitre. Non seulement il continue de jouer ce fameux personnage un peu lunaire proche d'André Bourvil, mais il offre en plus à Benoit Poelvoorde un rôle particulièrement antipathique, raciste, idiot et violent, la réincarnation puissance dix du célèbre Victor Pivert interprété par de Funès dans Les aventures de Rabbi Jacob.

 

Rien à déclarer de Dany Boon


Le lien se fait d'autant plus qu'ici Dany Boon s'inspire d'une réalité (la naissance de l'Europe et la suppression de certaines frontières). Une pratique chère aux yeux de Gérard Oury. Le corniaud était en effet tiré d'un des épisodes de la « French Connection » (l'arrestation du présentateur Jacques Angelvin au volant d'une Buick, laquelle aurait servi à transporter plus de cinquante kilogrammes d'héroïne pure), Le cerveau, quant à lui, évoquait l'incroyable attaque du train-postal Glasgow-Londres, tandis que Vanille fraise relatait très librement l'affaire du Rainbow Warrior. De la même façon, le traitement réservé à leur scénarii (cette grande importance donnée au visuel, surenchéri d'un ton extrêmement burlesque) les rapprochent encore davantage. Ainsi, dans le film de Dany Boon, la vieille 4L se révèle être un clin d'œil évident aux Citroën 2CV ou DS généralement présentes dans le cinéma de Gérard Oury.
 
La maitrise de Francis Veber
 
Connu pour son perfectionnisme, Francis Veber est à l'origine d'innombrables comédies, toutes aussi cultes les une que les autres. Citons par exemple L'emmerdeur (premier du nom, mis en scène par Edouard Molinaro), Le grand blond avec une chaussure noire (coécrit avec Yves Robert), Le magnifique (même s'il s'en défend encore), La chèvre, Les compères, Les fugitifs, Le jaguar... sans oublier, bien évidemment, Le diner de cons. La recette est simple et guère originale. La construction de ses histoires reposent toujours sur le même principe : un concept scénaristique, un duo, et une rigueur dans le jeu mais aussi le rythme, notamment des dialogues. En ce sens, Dany Boon puise grandement dans l'œuvre de Veber. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'ils ont déjà travaillé ensemble (La doublure, ndlr). La filiation paraît donc d'autant plus évidente. Et si dans Rien à déclarer la notion de rythme manque encore à l'appel, la qualité de jeu se révèle particulièrement brillante. Quelques répliques semblent même tout droit sortir d'un long métrage signé Francis Veber (« Fais-moi une tête d'innocent... T'as pas l'air innocent, là, t'as l'air complètement débile ! », « Oh le con ! Il est con ! Mais qu'est-ce qu'il est con ! C'est vraiment le roi des cons ! »).

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A l'image de Thierry Lhermitte ou de Jacques Villeret dans Le diner de cons, Benoit Poelvoorde trouve même là l'un de ses plus grands rôles, n'ayant jamais livré de performance aussi folle (les mots sont pesés) depuis l'incontournable C'est arrivé près de chez vous.

De plus, l'idée du couple, créé par Gérard Oury, puis reprise par Francis Veber, trouve encore un nouvel essor sous la plume de Dany Boon. Ici, il n'est plus question d'un seul, mais de plusieurs, toujours basé sur l'idée d'une confrontation dominé/dominant. Chacun aurait même pu donner lieu à un film à part entière, que ce soit Karine Viard/François Damiens ou Laurent Gamelon/Bruno Lochet. Mais l'ensemble réuni permet un renforcement et une richesse jusqu'ici inédits. L'élève serait-il en position de dépasser le maitre ? L'avenir nous le dira certainement très bientôt.

 

Le respect d'une certaine tradition française
 
Ce qui fait avant tout la force des différents longs métrages écrits par Dany Boon, c'est cette importance donnée aux seconds rôles. Un fait devenu rare au sein de notre production. Pourtant, il y a quelques années, l'idée était monnaie courante. De grands comédiens, souvent issus du théâtre, venaient ainsi donner la réplique à certaines vedettes cinématographiques le temps d'une séquence ou deux. La plupart sont même devenus d'admirables références, à l'instar de Bernard Blier, Robert Dalban ou Paul Préboist. Aujourd'hui, Laurent Gamelon, Zinedine Soualem et François Damiens semblent avoir pris le relais. Certes, le style diffère, mais le talent, quant à lui, reste. Avec Dany Boon, tous, sans la moindre exception, ont la possibilité de s'exprimer réellement. Peu importe d'avoir une ou plusieurs scènes. L'auteur donne à chacun l'occasion de s'illustrer. Il s'agit alors parfois d'une simple réplique (Bruno Moynot, confondant Madame Janus avec Madame Lanus), d'une situation (Jérôme Commandeur, pris en otage par un Benoit Poelvoorde des plus redoutables) ou d'un élément comique à répétition (les bourdes de Bruno Lochet).

 


Au-delà de toutes ces influences, Dany Boon impose aussi son style, mélange d'humour et de tendresse, préalablement développé au sein de ses spectacles. Désormais cinéaste, l'homme poursuit finalement son petit bonhomme de chemin avec le même objectif, défendre ses intérêts et ses passions. On aime, ou pas. Mais ses intentions, elles, méritent le plus grand des respects.


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