En décembre dernier Carlos Saldanha était de passage à Paris pour présenter son nouveau film d'animation, Rio. Nous avons pu le rencontrer et évoquer avec lui le Brésil, l'évolution de sa carrière de puis l'Age de glace et le monde de l'animation d'aujourd'hui. Interview.
Pourquoi avez-vous fait Rio ? En aviez-vous assez de la neige ?
Je dois dire qu'après deux films de L'Âge de glace j'étais prêt pour des climats plus chauds. Mais ce n'est pas la raison principale. Je pense que Rio était un lieu intéressant pour raconter une histoire. Je viens de Rio et j'ai toujours pensé que cette ville était tellement photogénique. Je ne comprenais pas pourquoi personne ne l'avait utilisée pour un film d'animation ! Il fallait montrer les couleurs, les senteurs, la musique... il y avait tous ces éléments pour faire un bon film et c'est la raison principale pour laquelle nous l'avons fait.
Est-ce que quelque part vous vouliez rentrer à la maison ?
J'y retourne assez souvent. J'ai vécu loin de chez moi pendant près de 20 ans et c'est vrai qu'en faisant Rio, j'avais la sensation d'y être en permanence. Et c'est quelque chose de très agréable à vivre que de recréer ailleurs cet environnement qui vous est cher, ces lieux que vous aimer.
Après les paysages désertiques de l'Âge de glace, vous passez à la ville flamboyante de Rio. Où se situait la difficulté ?
Reconstruire Rio fût le plus gros challenge. Nous devions recréer la ville complètement car nous avions non seulement des lieux précis et détaillés mais également la ville entière puisque nous la voyons du point de vue d'un oiseau dans le ciel. C'était un vrai défi que nous n'avions jamais relevé auparavant. Avec l'Âge de glace c'était la banquise et un environnement quasi-vide, alors que cette fois nous devions créer quelque chose de riche visuellement. Nous devions pouvoir faire apparaître les pavés des rues, les immeubles, le gens, la plage, les parasols, l'océan, la statue ! Tellement de détails à créer, c'était un immense défi pour nous.
Quelle image souhaitiez-vous donner du Brésil ? Le public étant de plus en plus habitué à l'image des favelas.
Quand j'ai décidé de faire Rio, c'était également pour faire partager ce que je ressens quand j'y vais. Je veux que le spectateur voit ce que moi j'y vois. Je ne cherche pas à faire un film carte postale ou une œuvre socialement et politiquement engagée, simplement un film que le public puisse apprécier pour son histoire avec un décor et une culture uniques. On y voit les favelas, la plage ou le carnaval, des stéréotypes que j'essaie d'utiliser de façon authentique. Des stéréotypes oui mais pas des clichés.
Concernant le casting vocal du film, quand a-t-il eu lieu ? En amont ou après l'écriture ?
Après. Nous avons d'abord écrit le film, crée les personnages puis nous avons réfléchi à qui nous pouvions utiliser pour les incarner afin que cela concorde. Cela pour les Etats-Unis, les doublages à l'étranger arrivent ensuite.
Justement, avez-vous votre mot à dire concernant le doublage à l'étranger ?
Non pas du tout. Je ne connais pas assez ni les pays ou leur culture, ni les talents locaux. Mais généralement ils font un travail remarquable et ont toute ma confiance. Ils avaient fait un très bon travail sur l'Âge de glace donc je sais qu'ils feront de même avec Rio.
Le choix de Jesse Eisenberg date-t-il d'avant ou après The Social Network ?
Bien avant ! C'est un projet qui a pris 3 ans à se monter et le casting vocal est bouclé depuis très longtemps. Mais je savais qu'il travaillait sur un film autour de Facebook.
Rio a l'air d'être un film très amusant, y'a-t-il un nouveau personnage dans la veine de Scrat ?
Nous n'avons que des nouveaux personnages, il y en a beaucoup. Et Scrat est un personnage très spécial, pour l'Âge de glace. Je ne cherche donc pas à recréer ce modèle de personnage pour chaque nouveau film. J'essaye de créer des personnages intéressants. Dans Rio ils sont fous, drôles et colorés mais aucun n'est Scrat. Peut-être que le public les préfèrera, ou pas, mais je ne veux pas faire de comparaison. Chaque univers possède ses propres personnages.
Vous ne l'avez même pas utilisé pour un caméo ?
Je ne peux pas ! Scrat c'est vraiment l'Âge de glace, il est mort à notre époque ! Quoique je ne suis pas sur... Scrat ne meurt jamais vraiment.
Concernant la 3D. Est-ce que le choix du relief date du début du projet ou est-ce qu'il s'est imposé car aujourd'hui il faut faire des films en 3D ?
Aujourd'hui nous devons penser à la 3D dès le départ. Chaque nouveau film doit y être préparé. L'Âge de glace 3 était notre premier film en 3D et à chaque nouveau projet nous savons qu'il doit s'adapter à la 3D. Ce n'est plus une contrainte, la 3D fait partie maintenant des constantes de l'animation pour nous.
Comment définiriez-vous votre position aux côtés de DreamWorks et Pixar dans le monde de l'animation ?
Je pense que Blue Sky est un excellent studio pour travailler. Nous ne sommes pas énormes, surtout en comparaison avec Pixar et DreamWorks. On doit faire 1/3 ou 1/5 de leur taille. Nous sommes, contrairement à eux, sur la côte Est, à New York, avec notre propre savoir-faire. Nous pouvons donc travailler tranquillement dans notre coin. Mais concernant les films, nous sommes au même niveau de compétition qu'eux. Sur le plan créatif et technique, nous sommes assez proches. Quelque part nous ne sommes pas tout à fait leurs concurrents mais plus leurs pairs. Nous sommes encore petits et avant donc de quoi grandir, et nous nous battons chaque jour pour y parvenir !
Est-ce qu'en comparaison vous diriez que vous jouez plus la carte de l'humour ?
Je ne pense pas. Chaque studio a sa façon de faire les choses et nous avons la nôtre. Mais au final nous faisons tous la même chose, nous racontons des histoires. Et je pense que nous avons tous le même objectif : raconter de belles histoires et divertir le public. Le faire rire, pleurer, atteindre une émotion. Certains films y parviennent mieux que d'autres, que ce soit Pixar, Dreamworks ou Blue Sky. Il n'y a pas de recette miracle et nous cherchons tous à faire au mieux. Pour tous mes films j'essaie de faire mieux que les précédents. Meilleure histoire, meilleurs personnages... l'objectif est d'aller toujours de l'avant.
Propos recueillis par Nicolas GILLI

