De la littérature au cinéma, la figure Robin des bois n'a cessé de s'imposer dans l'imaginaire collectif. Et la dernière relecture signée Ridley Scott promet de la faire à nouveau évoluer.

Par Jean-Baptiste GUEGAN - publié le 11 mai 2010 à 09h20 ,
MAJ le 11 mai 2010 à 09h27 - 0 commentaire(s)

En ouverture du prochain Festival de Cannes, Robin des Bois, le dernier film de Ridley Scott, sera placé sous les feux des projecteurs. L'occasion idéale pour revenir sur ce héros sans commune mesure qui de Walter Scott jusqu'à Ridley son homonyme, sut enchanter des générations de spectateurs et de lecteurs au point de s'imposer comme une figure aussi légendaire qu'emblématique.

 

 

Robin des Bois de Ridley Scott

 

 

Héros légendaire, légende populaire

 

 

Alors que l'homme à la capuche et à l'arc fait initialement son apparition au XIVe siècle sous la férule de William Langland et essaime dans la littérature britannique au gré des ballades et autres récits comme celui de Benjamin Jonson (Le Berger Triste), c'est sous la plume de Walter Scott et dans son chef d'œuvre, Ivanhoé qu'il prend ses traits actuels. Rebelle local et féroce combattant de l'adversité normande, il s'impose ainsi tel le hors la loi charitable et redoutable chef de guerre que nous propose de découvrir aujourd'hui Ridley Scott.

 

 

Véritablement né et connu sous le nom de Robin des bois malgré une traduction incorrecte, il n'aura alors de cesse de traverser la littérature et les arts populaires. Ainsi, le retrouvera-t-on sous la plume d'Alexandre Dumas avant qu'il ne devienne une figure familière de la littérature enfantine grâce à Howard Pyle. Et ce ne sera pas tout puisqu'il inspirera également le théâtre, la bande dessinée, le music hall et même l'opérette au tournant du XIXe siècle. Familier de tous, il devenait dès lors incontournable pour le nouvel arrivant qu'était le cinématographe.

 

En effet, à l'instar des grandes figures légendaires ou mythiques qui peuplent le cinéma depuis sa naissance, Robin des bois a le mérite d'incarner une résistance à la William Wallace, une identité particulière autant qu'une justice sociale qui s'impose comme nécessaire face à la malhonnêteté et l'ennemi à venir. Dès lors, il ne pouvait que gagner les cœurs et plus encore peupler nos écrans comme surent le faire avec lui, D'Artagnan et ses mousquetaires et tous les conquérants qui parcourent l'Histoire européenne.

 

Robin Hood - Ridley Scott - Russell Crowe 1

 

 

 

Une histoire d'hommes et de cinéma : d'Errol Flynn à Russel Crowe

 

 

Pour les plus jeunes, Robin des bois n'est autre que le personnage filou et retors du renard dans le film éponyme que signèrent les studios Disney en 1973. Puis, c'est le personnage qu'incarna Kevin Costner auquel on songe, ce prince des voleurs auquel Kevin Reynolds donna vie en 1991 entre la musique de Michael Kamen et la voix inimitable de Bryan Adams. Et pourtant quiconque s'intéresse à l'adaptation de son histoire ne pourra faire abstraction de la quarantaine d'interprètes qui du cinéma jusqu'à la télévision servirent sa légende et perpétuèrent dans l'imaginaire collectif, ce justicier à la flèche experte.

 

 

Ainsi, apparait-il très vite aux premières heures du muet dans un film anglais signé par Percy Stow (Robin Hood and His Merry Men) datant de 1908 tandis qu'Herbert Blaché et Étienne Arnaud lui donneront vie quatre années plus tard en lui prêtant les traits de Robert Frazer. Commence alors la valse des grands acteurs qui lui apporteront à chaque apparition à l'écran, leur personnalité et tout le talent de leur interprétation. Après William Russell, c'est ainsi Douglas Fairbanks qui devient en 1922 Robin des bois sous la direction d'Allan Dwan. Mais celui que l'on cite encore spontanément aujourd'hui, c'est ce diable d'Errol Flynn qui s'en empara en 1938 dans Les Aventures de Robin des bois.

 

 

Repris par Michael Curtiz, cette superbe fresque en technicolor trichrome fut à l'époque le film le plus cher de la Warner et imposera surtout au mépris de toute logique historique, le personnage et son histoire à l'écran. Entre panache et capes et d'épées, Robin des bois était né une deuxième fois et venait de trouver à l'écran, son incarnation la plus populaire et pas la moindre écrasante par la même. Car, nul ne parvint dès lors à faire véritablement oublier cette dernière. Il y eut bien Le Serment de Robin des bois de Terence Fischer en 1960 où Richard Greene repris le rôle qui l'avait couronné à la télévision anglaise ou bien La Rose et la Flèche de Richard Lester en 1976 où Sean Connery joua un Robin vieilli. Cependant, aucun de ces films ne renouvela véritablement la lecture du Robin des bois « né » avant-guerre.

 

Evidemment, il y eut des parodies comme l'improbable film italien Robin, flèche et karaté datant de 1980, Bandits, Bandits de Terry Gilliam sorti en 1981 ou la version chère à Mel Brooks (Sacré Robin des bois) vue en 1993. Mais aucune ne sut relire cette histoire et lui redonner un souffle jusqu'à l'arrivée d'un Kevin Reynolds si inspiré qu'il offrit à Kevin Costner, le troisième temps fort de sa carrière après Danse avec les loups et Les Incorruptibles.

 

Reste maintenant à savoir si l'excellent Russel Crowe dans la peau de Robin et le non moins éminent Ridley Scott sauront à leur tour renouveler l'imaginaire et l'histoire de ce rebelle qui de Walter Scott jusqu'à Errol Flynn, ont fait de notre archer, une figure légendaire.

 


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