Outre avoir occupé le poste de quarantième président des Etats-Unis, Ronald Reagan était avant tout un acteur d'Hollywood comportant dans sa filmographie quelques pièces qui méritent que l'on se penche à nouveau sur sa carrière.
Né le 06 février 1911 à Tempico (Illinois) il fut garde de sécurité, chroniqueur sportif à Des Moines, comique de cabaret durant 2 semaines à Las Vegas (en 1934), et enfin se lance dans la carrière d’acteur en 1937. Il travaille aussi à la radio et à la télévision pour une soixantaine de shows et d’épisodes de séries diverses. Il devient président de la Screen Actors Guild de 1947 à 1952 en plein Maccarthysme et s’y distingue par un anti-communisme revendiqué et militant. Il y sera réélu en 1959-1960. Marié en premières noces à l’actrice Jane Wyman de 1940 à 1948, il épouse en secondes noces l’actrice Nancy Davies en 1952, devenant alors "Nancy Reagan". L’acteur William Holden est son témoin de mariage. Son dernier film (réalisé par Don Siegel) tourné en 1964, il est élu gouverneur de la Californie en 1966, et réélu en 1970, déjà alors l’état le plus riche des USA durant cette période. Au cours de l’exercice de ses mandats, on le surnomme affectueusement mais avec une certaine ironie :
Mr. Nine to Five car il arrive à son bureau à 9h00 le matin et le quitte à 17h00 avec ponctualité ! Membre du Parti Républicain, il est élu quarantième Président des USA (1981-1989) à la suite de Jimmy Carter, déconsidéré par l’humiliation spectaculaire subie à l’occasion de la prise d’otages de l’Ambassade américaine en Iran et les séquelles économiques du second choc pétrolier de 1979.

En 1981, un homme lui tire dessus à l’arme de poing : un de ses gardes du corps s’interpose à temps entre les balles et la cible. Reagan, blessé mais dont la vie n’est pas en danger, rendra régulièrement visite à son garde du corps devenu paraplégique à la suite de cet attentat. Il gagne la guerre froide en mettant à genoux financièrement l’U.R.S.S. grâce au projet de la Guerre des Etoiles qu’il persuade le Congrès de voter, lutte vigoureusement contre l’ultime expansion du communisme en Afghanistan (la C.I.A. forme et ravitaille les opposants à l’occupation soviétiques qu’on nomme les "combattants de la liberté "» musulmans… dont fait alors partie Oussama Ben Laden), au Nicaragua, à Grenade et ailleurs. Il mène un combat d’une ampleur inédite contre le trafic de drogue - dont son pays est le premier consommateur - en compagnie de Nancy, partie prenante vigoureuse à cette époque. Il soutient systématiquement l’action de ses subordonnés lorsqu’ils sont mis en cause et ne se laisse guère embarrasser par l’opposition : sa popularité en sort en général renforcée, même si elle est ternie sur la fin de son mandat par les coupes drastiques que son équipe impose aux budgets sociaux.

Bien des Américains et des commentateurs étrangers considèrent qu’il est le plus grand président des Etats-Unis depuis Truman et Eisenhower. Son itinéraire est moins linéaire qu’il n’y paraît : il était, dit-on, démocrate dans sa jeunesse et devient par la suite un républicain conservateur. On lui prête des liens avec Lew Wasserman de la M.C.A. qui en aurait eu lui-même avec le crime organisé. Mais une enquête officielle le blanchit. Mort à 93 ans le 05 juin 2004 après une longue et cruelle maladie qui lui a fait perdre la mémoire pendant près de 10 ans, on peut noter qu’il est pourtant le président américain ayant vécu le plus longtemps depuis la fondation de l’Amérique.
Sa carrière d’acteur est intéressante et réserve des suprises car il aura touché à presque tout avec une modestie et une bonne volonté remarquables et parfois récompensées. Les débuts sont évidemment assez quelconques mais Reagan trouve l’occasion de tourner, en second rôle comme en star, dans quelques films assez bons, voire très bons entre 1940 et 1964 et au moins deux chefs-d’œuvre (1950 et 1964) : le score n’est donc nullement déshonorant compte tenu des presque 60 films dans lesquels il est crédité. Il apparaît également sous forme de stock-shots dans de nombreux autres films (image et son ou son seulement) de fiction et dans un grand nombre de documentaires sociaux ou politiques, qu’ils soient cinématographiques ou télévisés. On a pu dire qu’il avait été plus charismatique comme président que comme acteur : ce n’est pas faux. Mais en revanche, il est injuste de parler de lui comme d’un acteur médiocre. Tous les films dans lesquels nous avons pu le voir prouvent le contraire : Reagan a bien joué ce qu’on lui donnait à jouer et s’est illustré honnêtement dans les genres hollywoodiens les plus divers, à l’exception notable du cinéma fantastique et de science-fiction puisque c’est un stock-shot – le discours est d’ailleurs très bien choisi et typique des talents d’orateur politique qu’il manifesta constamment - qui apparaît sur un écran de télévision au générique d’ouverture de l’intéressant
Alien Nation (Futur immédiat Los Angeles 1991] (USA 1988) de Graham Baker.
Filmographie chronologique sélective commentée:NB. : les films mentionnés sont tous américains. Aucun des films de fiction où Ronald Reagan apparaît comme Président dans un "stock-shot" tiré des informations télévisées ou d’une vidéo ou de films documentaires n’est évidemment mentionné.
Love Is On the Air [inédit] 1937 de Nick Grinde (son premier film, dirigé par un spécialiste du « serial » ayant plusieurs fois flirté avec le fantastique)
Hollywood Hotel 1937 de Busby Berkeley (à 26 ans, il est… une voix à la radio dans ce film dirigé par le réalisateur-chorégraphe qui est alors le roi de la comédie musicale)
The Amazing Dr. Clitterhouse [Le mystérieux Dr. Clitterhouse] 1938 d’Anatole Litvak (un des films les plus médiocres de ce cinéaste capable d’excellentes choses par ailleurs : Reagan y est à nouveau une voix à la radio)
Dark Victory [Victoire sur la nuit] 1939 d’Edmund Goulding (mélodrame avec Bette Davies aveugle, George Brent, Humphrey Bogart : un peu oublié aujourd’hui au profit d’œuvres de Goulding bien plus passionnantes comme The Razor’s Edge [Le fil du rasoir] (USA 1946) d’après l’œuvre littéraire homonyme de Somerset Maugham)
Hell’s Kitchen [inédit] 1939 de Lewis Seiler (drame social se déroulant dans une maison de redressement pour délinquants juvéniles dont on dénonce le régime) The Angels Wash Their Faces [inédit] (1939) de Ray Enright, réalisateur estimable dans ses meilleurs jours, mal distribué chez nous, avec qui il collabore souvent à l’époque dans des films dramatiques, policiers, comiques, des westerns…
Santa Fe Trail [La piste de Sante Fé] 1940 de Michael Curtiz (second rôle du général Custer dans cet excellent western dont Errol Flynn et Oliva de Havilland sont les vedettes : on peut considérer que ce film est le premier film classique important de sa filmographie)
Desperate Journey [Sabotage à Berlin] 1942 de Raoul Walsh (film de guerre patriotique mineur (à tous points de vue) dans la filmographie du grand Walsh mais mené à vive allure et avec l’énergie habituelle du cinéaste : aux côtés d’Errol Flynn qui est la vedette)
Night Unto Night [inédit] 1949 de Don Siegel (drame psychologique : on le mentionne par curiosité car c’est l’un des rares films de Siegel inédits en France et que Reagan y joue aux côtés de la belle Viveca Lindfors, future épouse de Siegel, et du grand acteur Broderick Crawford)
Storm Warning 1950 de Stuart Heisler (film policier très impressionnant et rare dans lequel l’actrice Ginger Rogers, témoin fortuite d’un meurtre raciste en rendant visite à sa sœur Doris Day, découvre que son beau-frère est un membre du « Ku-Klux-Klan » qui domine la ville dans laquelle elle habite : seul Reagan – rôle d’un policier - lui vient en aide au cours d’une traque terrifiante menée quasiment en temps réel, dans une action en grande partie nocturne, au montage haletant, à la photo plongée dans des ténèbres parfois expressionnistes)
Bedtime For Bonzo [inédit] 1951 de Frederick de Cordova (une curiosité : Reagan interprète en vedette le rôle d’un zoologue tentant d’apprendre à un chimpanzé la différence entre le bien et le mal)
Hong Kong [inédit] 1952 de Lewis R. Foster (film policier rare et assez beau plastiquement - que nous avons pu voir sur T.C.M. – dans la mesure où Hong Kong y est reconstitué en studio. Avec la jolie Rhonda Fleming et… Nigel Bruce)
Tropic Zone [inédit] 1953 de Lewis R. Foster (film d’aventure exotique avec, à nouveau, la charmante Rhonda Fleming)
Law and Order [Quand la poudre parle] 1953 de Nathan Juran (bon western classique dont Reagan tient la vedette, réalisé par un cinéaste connu des amateurs de fantastique à l’écran)
Prisoner of War [inédit] 1954 d’Andrew Marton (film de guerre sur un camp de prisonniers américains pendant la guerre de Corée par un réalisateur aussi connu des amateurs de cinéma de science-fiction, par ailleurs grand réalisateur de seconde équipe)
Cattle Queen of Montana [La reine de la prairie] 1954 d’Allan Dwan (vedette dans un bon western classique réalisé par un des vétérans du cinéma américain, avec Barbara Stanwick dans un rôle qui préfigure un peu celui qu’elle tiendra dans le western de Samuel Fuller de 1957)
Tennessee’s Partner [Le mariage est pour demain] 1955 d’Allan Dwan (en dépit de son titre français optimiste, un western de Dwan classique et parfois violent. Reagan s’y fait d’ailleurs tuer d’une balle dans le dos. Réplique célèbre (que nous citons de mémoire) dans la v.f. d’époque, du shérif agonisant : « - Ces gars-là, mon petit, faut jamais leur tourner le dos ! » - en vedette avec Rhonda Fleming et l’acteur fétiche de Dwan à cette époque : John Payne)
Hellcats of the Navy [Commando dans la mer du Japon] 1957 de Nathan Juran (film de guerre difficile à voir mais qui doit être correct plastiquement, étant donné le nom de son réalisateur. Le film a l’intérêt historique de réunir à l’écran Nancy Reagan et Ronald, mariés 5 ans plutôt et d’avoir un aspect un peu autobiographique en ce qui concerne leur histoire amoureuse, selon leurs biographes)
The Young Doctors [Les blouses blanches] (USA 1961) de Phil Karlson (film oublié de ce grand cinéaste de la violence et du film noir. Reagan n’y interprète que… la voix-off du narrateur !)
The Killers [À bout portant] (USA 1964) de Don Siegel (son dernier rôle dans cette célèbre variation du roman d’Hemingway et du film noir de Robert Siodmak de 1946. Il interprète le gangster dont Angie Dickinson est la maîtresse)