Il y a des films que l'on oublie avec le temps et d'autres que l'on prendra toujours un réel plaisir à revoir. Des films que l'on retrouvera dans notre vidéothèque et qui nous feront sourire. Puis on les repasse dans notre vieux magnétoscope et deux heures s'écoulent sans que l'on s'en soit rendu compte. S.O.S. Fantômes est un de ceux que l'on rachètera dans tous les formats possibles et qui combleront nos longues journées d'hiver. Comment un film sans prétention est-il devenu une de nos références ?
25 ans déjà ! C'était en 1984. Le projet naît de l'imagination de Dan Aykroyd et de John Belushi au début des années 80. L'idée est de faire un film où une équipe de chasseurs de fantômes futuriste se déplacerait dans l'espace pour exterminer les revenants de l'univers. Mais à la mort de Belushi en 1982, le projet semble compromis. Aykroyd seul, c'est presque mission impossible. L'arrivée d'Harold Ramis, une connaissance de Aykroyd, vient sauver la donne. Par un choix judicieux, Aykroyd et Ramis décident de troquer l'espace intersidéral pour la ville sympathique de New York. Le tournage peut commencer et Bill Murray est engagé pour remplacer Belushi. Le tournage peut commencer.

Le principal atout de S.O.S Fantômes est de faire croire que toute l'histoire est plausible. L'époque est contemporaine, les personnages principaux sont présentés comme des profs de fac légèrement farfelus et un peu à la ramasse, mais qui ont des idées novatrices, et sont surtout ouverts à toutes sortes de croyances et de légendes. Malheureusement, leurs idées ne sont pas du goût du directeur de l'université qui les renvoie manu militari. Ainsi, les docteurs Peter Venkman (Bill Murray), Raymond Stantz (Dan Aykroyd) et Egon Spengler (Harold Ramis) se retrouvent au chômage. Ce qui est loin d'effrayer nos scientifiques du paranormal.
L'originalité de nos personnages tient au fait qu'ils ont chacun leurs spécificités et leurs différences. Ils fondent l'agence du paranormal : S.O.S. Fantôme. Si nous devions les classer par ordre de compétences, Spengler (Ramis) serait le plus spécialisé des trois. Aujourd'hui il serait apparenté au geek de l'ectoplasme, le scientifique de l'étrange, un collectionneur de spores et de mycoses, calculatrice vissée à la main, féru d'échantillons de fantômes. Il est la caution scientifique de l'équipe. Vient ensuite le docteur Raymond Stantz (Aykroyd). Il ne faut pas se fier à ses airs pataud et bourrus. Il croit vraiment aux revenants et ressemble davantage à un petit garçon qui rêvait étant enfant qu'un monstre était caché sous son lit. Il est le plus investi de la bande et est sans conteste le leader de S.O.S. Fantômes. Pour finir avec le trio de tête, le personnage le plus amusant : le docteur Peter Venkman (Murray). Il fait office de troubadour de l'humour, le ménestrel de la farce de S.O.S. Fantômes. Avant toute chose, c'est un scientifique mais très peu de choses laissent transparaître ses qualités professionnelles. C'est un cynique qui prend son travail comme une blague et qui est surtout pour lui une bonne occasion de séduire les femmes. Il donne également le contrepoint comique à l'aspect trop scientifique des deux autres. C'est le genre de type qui a toujours une bonne réplique à balancer : "Tu réfléchiras à deux fois avant d'engluer un type qui a un positronneur désintégrant !" Les profils des personnages sont posés. S'ajouteront des rôles secondaires et non des moindres : Sigourney Weaver, magnifique en Cerbère de la porte de Gozer, le dieu des Sumériens. Rick Moranis, complètement décalé en voisin lourd et Maître des clefs. Ernie Hudson, le dernier membre de l'équipe S.O.S. Fantômes et unique « black » du film. Il est peut-être le personnage le moins sympathique de l'histoire mais il sert aussi de support rationnel au scénario. Il le dit lui même lors de son embauche au sein de S.O.S. Fantômes : il est prêt à croire à tout pour un gros chèque qui aligne les zéros. Malgré cela, il se prendra au jeu.
Autre point intéressant, la violence est absente du film. Chaque scène censée faire peur est toujours contrebalancée par un trait d'humour dédramatisant la situation. Lorsque nos héros font leur première rencontre paranormale, c'est avec le spectre de la bibliothèque. Le spectateur croit réellement qu'ils ont un plan, mais les héros s'enfuient en courant et en criant. Le tout sur une musique New wave, signée Ray Parker Jr, qui rend la situation drôle. Lorsque Venkman se fait engluer par Slimer (le fantôme vert glouton qu'on nommera Bouffe-tout en français), Ray n'aura d'autre remarque que de dire qu'il est "génial" d'avoir un contact direct avec un revenant. Le Mal n'existe pas dans S.O.S. Fantômes. Ou alors c'est à grand coup de morale pro-américaine, de "je ne permettrai pas qu'on piétine une église dans ma ville" ou autre "on va lui montrer ce qu'on sait faire nous les Américains" que Venkman/Murray éludent les scènes qui auraient pu être traitées de façon tragique. S.O.S. Fantômes, c'est aussi les effets spéciaux qui aujourd'hui apparaissent « vintage » mais qui à l'époque nous faisaient ouvrir grand nos mirettes et nous extasier devant une valse de créatures tout droit échappées des enfers.
S.O.S. Fantômes est devenu, avec tous les concepts qu'il véhicule, un véritable puits de références cinématographiques. C'est aussi une époque où les personnages pouvaient fumer sans vergogne, faisaient des allusions au sexe, mais toujours dans les règles de l'art. Harold Ramis s'étant toujours dit en écrivant le script, qu'il ne faudrait pas que ses enfants aient peur en voyant le film ou qu'il y ait des passages choquant qui puissent les perturber. Nous ne sommes pas ici dans une mise en scène d'épouvante, mais bel et bien dans un film fantastique au ressort comique inépuisable. Nos héros roulent en corbillard et vivent dans une ancienne caserne de pompiers insalubre qui ressemble à une maison abandonnée. Le réalisateur Ivan Reitman n'a pas peur d'assumer ses choix de mise en scène et donne au film un réel apport qualitatif dans tout ce qui se repporte aux projections infantiles dans le futur. Visuellement, le film a certainement vieilli. L'histoire, elle, reste intemporelle. Faites vous-même le test avec vos enfants et voyez ce qu'il en ressort. Les gentils gagnent toujours et ne meurent jamais ! Les méchants sont toujours éliminés ! D'autant que c'est un fantasme de gosses que de devenir des héros, sauveurs de la ville et de traquer des entités chimériques...

Les points forts : une histoire simple et efficace permettant de croire à l'éventualité des faits qui nous sont contés par Ivan Reitman, Dan Aykryod, Harold Ramis et Bill Murray. Les points faibles : des incohérences linguistiques qui titilleront parfois les aiguilles de notre débilomêtre.
Que demander de plus à un film qui, étant gosse, nous a fait tant rêver ? Que demander à des acteurs qui se confondent dans leurs personnages ?
Finalement la vie était belle sous le cinéma américain des années 80.

L'histoire : Peter, Raymons et Egon effectuent des recherches sur la parapsychologie. Virés par le Doyen de la faculté, ils fondent une société destinée à chasser […]
