Les requins tueurs et les krakens titanesques, les objets extra-terrestres et les navires hantés... Qui a dit que la mer était belle?

Par Geoffrey CRETE - publié le 15 février 2011 à 15h44
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Masse sombre et impénétrable, longtemps restée insondable et encore aujourd'hui emplie de secrets inaccessibles, l'océan est à l'image de l'espace le lieu de toutes les terreurs inavouables et infigurables. Depuis la sortie estivale des Dents de la mer, l'océan est devenu un endroit redouté, un tombeau gigantesque dont la surface cache la face du cauchemar. Avant 1975, peu de gens plaçaient leur phobie dans l'océan. Mais le succès colossal du futur classique de Steven Spielberg, premier blockbuster avéré, transforme l'océan et la plage en lieux de terreur. Si le mythe de stations balnéaires désertées semble légèrement abusé, il est plus qu'évident que les blagues à base de faux ailerons de requin se soient répétées. Et en quelques mois, l'inconscient collectif est traumatisé pour des générations.

 

Affiche Piranha 1978 

Monstres et Compagnie


Comme tout succès respecté et admiré, Les Dents de la Mer sera à l'origine d'une flopée de films qui exploreront le même terrain anxiogène. Figurer l'horreur par le monstre, aussi fantastique qu'il soit, est une manière concrète de marquer le spectateur, et force est de constater que mobiliser un élément du réel pour le faire glisser vers l'anormal - un requin géant et revanchard reste avant tout un requin - fonctionne à merveille. Dans une démarche de pastiche qui finira par le définir, Joe Dante s'amusera avec des poissons carnivores et génétiquement modifiés par le gouvernement américain dans Piranha (1978) où il orchestre un bain de sang jubilatoire. Cette direction relativement réaliste du cauchemar aquatique s'accrochera à des figures bien précises, si bien qu'encore aujourd'hui, Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010) ou Open Water (Chris Kentis, 2003) rencontrent le public tandis que des dizaines de séries Z ne cessent d'inonder le marché du DVD, métamorphosant les requins, les piranhas, et autres objets énigmatiques des abysses en entités démesurées et maléfiques. Porté par l'impact du livre de Jules Verne 20 000 lieux sous les mers, le calmar - et rapidement, tout ce qui y ressemble de près ou de loin - devient lui aussi un animal titanesque, qui quitte occasionnellement son habitat lointain pour semer la terreur en mer. Il forme ainsi un lien étroit avec un bestiaire fantastique, dominé par le kraken des légendes scandinaves qui, ces dernières années, renversait quelques navires dans Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit (Gore Verbinski, 2005), tentait de dévorer Andromède dans Le Choc des Titans (Desmond Davis, 1981 & Louis Leterrier, 2010), prenait un grippe un paquebot de luxe et Famke Janssen dans Un cri dans l'océan (Stephen Sommers, 1997), et manquait d'arrêter la Communauté de L'Anneau à l'entrée des Mines de la Moria dans Le Seigneur des Anneaux (Peter Jackson, 2001). Depuis la nuit des temps, l'océan est un mystère dont les profondeurs colossales éveillent la curiosité et donc, la crainte. Dans un cinéma de genre habitué à creuser les failles sensorielles de notre monde - l'obscurité, le ciel, la terre - l'océan devient un moteur scénaritisque inépuisable.

 

Le choc des titans 

Science et fiction


Ce n'est pas un hasard si Abyss (James Cameron, 1989) s'ouvre sur la citation de Nietzsche « Quand tu regardes au fond de l'abysse, l'abysse aussi regarde au fond de toi ». Comme les étoiles, le fond des océans fascine, interroge, terrorise. La science-fiction haut de gamme, qu'elle se situe sur Solaris ou dans les Abyss, projette sur une zone d'ombre les peurs, les fantasmes, et les faiblesses de l'Homme. Obsédé par l'Ailleurs et l'Autre, James Cameron explore les tréfonds des Abyss en 1989 avec une équipe de forage partie à la recherche d'une épave de sous-marin. En cours de d'exploration, une espèce extra-terrestre vient à leur rencontre et esquisse le danger du nucléaire pour l'humanité. Plus portée sur la philosophie que la politique, Sphère (Barry Levinson, 1998) suit un groupe de scientifiques envoyés au fond de l'océan pour explorer une carcasse enfouie sous le corail. En y pénétrant, ils réalisent qu'il s'agit d'un vaisseau spatial étrangement familier, et surtout, ils découvrent une gigantesque sphère parfaite et brillante, de toute évidence d'origine extra-terrestre. Tandis qu'une tempête les piège dans la base sous-marine, ils réalisent qua la sphère matérialise leurs pensées, et ce sont forcément les pires idées qui leur viennent à l'esprit. Des méduses meurtrières au calmar géant en passant par un incendie, l'habitat devient un lieu cauchemardesque, preuve que l'humain n'est pas encore prêt pour certaines avancées technologiques. En outre, les fantômes et autres navires hantés offrent quelques expériences amusantes moins sérieuses, comme La vaisseau de l'angoisse (Steve Beck, 2003) où l'équipage décimé d'un paquebot persécute quiconque s'y aventure.

 

abyss_9 

 

L'enfer n'est pas les autres


L'isolation est un motif systématique des films se déroulant sur ou sous l'eau, et comme un miroir violent et inévitable, devient le prétexte à sonder l'esprit souvent tourmenté des personnages. Abîmes (David Twohy, 2001) plonge un sous-marin américain dans une angoisse à la frontière du fantastique et, tandis que la Second Guerre Mondiale fait rage derrière les parois métalliques, une poignée de soldats commence à perdre la tête, confrontés à la culpabilité d'un tir ami. Sorti directement en DVD, Triangle (Christopher Smith, 2009) suit un groupe d'amis partis en mer qui atterrissent en plein milieu d'une tempête, et rencontrent un gigantesque paquebot désert. Embarquée dans une série de boucles temporelles où les évènements se répètent sans cesse, l'héroïne dépressive et fébrile sombre peu à peu dans une psychose meurtrière, piégée face à ses reflets et ses propres fautes de mère. Théâtre morbide, l'océan devient un purgatoire où le Jugement Dernier n'épargne rien ni personne. A tel point que dans Fog (John Carpenter, 1979), le brouillard hanté apparaît au large, chargé de punir les coupables du génocide indien lors d'une nuit mémorable. Symbole chargé de sens dans nombre de religion, l'eau est détournée pour accomplir un devoir de justice sanguinaire. Et même en absence d'élément surnaturel, la mer installe rapidement un climat d'exil affranchi des garde-fous de la société. Premier film de Roman Polanski, Le couteau dans l'eau (1962) s'intéresse à un couple aisé qui invite un jeune auto-stoppeur à embarquer sur leur bateau pour quelques jours. Rapidement, le mari et le jeune homme entrent en conflit, jusqu'à ce qu'une bagarre éclate et que le premier jette le second à l'eau. Dans Calme Blanc (Philip Noyce, 1989), un couple en deuil s'isole sur un voilier et vient au secours d'un homme sur une épave, découvrant peu à peu que celui-ci est un dangereux psychopathe. Dans les deux cas, deux hommes et une femme se retrouvent isolés au milieu d'un désert, et les pulsions les plus tordues prennent le dessus. De quoi sérieusement s'interroger sur les prochaines vacances entre amis.

 

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