C'est la deuxième collaboration entre
Michael Mann et Elliot Goldenthal, 14 ans après
Heat. Quand on connaît le perfectionnisme du réalisateur et ses choix musicaux qui relèvent le plus souvent du génie (réécoutez les B.O de
Révélations ou Miami Vice par exemple), le score de
Public Enemies revêt forcément une importance majeure dans la dernière œuvre du cinéaste.
Public Enemies - Various artists, Elliot Goldenthal - Universal Music France - Decca Records - Sortie le 13 juillet
Le problème majeur de ce disque ne vient pas de la qualité intrinsèque des talents réunis pour l'occasion mais de l'alternance incessante entre chansons et partition originale. Au bout du compte, il est difficile d'apprécier le travail du compositeur avec une écoute continue.
S'ouvrant sur le
Ten Million Slaves d'Otis Taylor, le CD de
Public Enemies donne d'emblée le ton. Il libère une frénésie aux accents blues qui sied à merveille au mythe de John Dillinger, gangster au-dessus des lois, puisant son charisme sauvage et indomptable dans le libre arbitre absolu et ne sachant pas de quoi demain sera fait ("Don't know where, where they're going"). Plus tard, le musicien et sa guitare sèche seront encore de la partie avec
Nasty Letter (déjà utilisée dans le soundtrack de Shooter), de laquelle se dégage la même montée en puissance. Un temps échappée de l'univers eastwoodien, Diana Krall s'invite sur le titre phare de l'album,
Bye Bye Blackbird, qui nourrit la relation John Dillinger / Billie Fréchette et résonne dans un écho lors de la tragédie finale. Avant de devenir un spasme douloureux, le souvenir lointain d'un être cher, la chanson avait fait naître un amour inconditionnel, furieux et fusionnel. Tandis que Chicago Shake remue cette reconstitution parfaite de la ville de l'Illinois pendant les années 30 avec ses cuivres bien trempés, Billie Holiday joue les entremetteuses avec
Love Me Or Leave Me et
Am I Blue?. Que du beau monde.
On en arrive à la sublime partition d'Elliot Goldenthal. Son
Drive To Bohemia contient assez de richesses mélodiques en seulement une minute pour laisser à penser que le talent du compositeur est intacte. Hélas trop court. Il faudra s'en contenter. C'est son deuxième morceau qui retient le plus l'attention :
Billie’s Arrest. Débutant par un piano qui semble se morfondre dans la solitude et le déchirement, l'instrument est bien vite rattrapé par un ensemble de cordes qui emmèneront loin l'auditeur dans l'émotion. Magnifié par des arrangements solides et tempérés, le titre atteint une belle emphase. On en vient à croire que son travail s'est focalisé sur cette histoire d'amour, car la suite n'a d'yeux que pour les amants impossibles. De
Love In The Dunes à
Phone Call To Billie, le compositeur a peu de temps pour s'exprimer mais le fait à merveille. Son
Love Theme semble s'installer avec douceur avant d'être rattrapé par des textures douloureuses. On ne rigole pas plus dans
Plane To Chicago où Elliot Goldenthal réarrange son thème principal avec maestria, parvenant à lui injecter encore plus de lyrisme tout en lui offrant quelques cassures rythmiques qui annoncent un danger imminent. Au final, on retient de cette partition son goût pour un romantisme contrarié, un spleen sur l'amour impossible. Au son des mitraillettes, Elliot Goldenthal répond par un baiser amer.
1. Ten Million Slaves - Otis Taylor 4:08
2. Chicago Shake - The Bruce Fowler Big Band 3:08
3. Drive To Bohemia - Elliot Goldenthal 1:10
4. Love Me Or Leave Me - Billie Holiday 3:20
5. Billie’s Arrest - Elliot Goldenthal 2:19
6. Am I Blue? - Billie Holiday & Her Orchestra 2:50
7. Love In The Dunes - Elliot Goldenthal 1:48
8. Bye Bye Blackbird - Diana Krall 3:44
9. Phone Call To Billie - Elliot Goldenthal 1:42
10. Nasty Letter - Otis Taylor 5:04
11. Plane To Chicago - Elliot Goldenthal 3:22
12. Guide Me O Thou Great Jehovah - Indian Bottom Association Old Regular Baptists 1:35
13. Gold Coast Restaurant - Elliot Goldenthal 2:04
14. The Man I Love - Billie Holiday 3:05
15. JD Dies - Elliot Goldenthal 3:54
16. Dark Was The Night, Cold Was The Ground - Blind Willie Johnson 3:19