Par - publié le 04 avril 2008 à 16h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h02 - 2 commentaire(s)
DESORMAIS, RETROUVEZ SCORAMA TOUS LES LUNDIS POUR COMMENCER LA SEMAINE EN MUSIQUE...

Alors que la musique de film apparaît toujours comme une sorte d'entité artistique marginale, Scorama remet le son et les pendules à l'heure. A l'heure d'écouter. Ressentir un climax visuel autant qu'un crescendo sonore. A l'heure de vibrer pour les partitions qui nourrissent l'image, lui donne le caractère dont elle manque parfois.
Scorama, c'est le goût de la dissonance maîtrisée et de la mélodie naissante, c'est la musique en 24 photos seconde. Du synthétique solarien aux orchestrations hornerienne, Scorama propose, dispose, impose, de rendre un hommage appuyé à la musique de films internationale.
Reviews, interviews, dossiers: la bande originale sera livrée au prisme de la passion pour libérer au final une énergie salvatrice. Nécessaire.
Mais que vaut un disque à l'écoute seul, lorsqu'il est libéré de ses chaînes pelli(tenta)culaires?

Retrouvez dès à présent les dernières sorties des Motion Picture Soundtracks de tous horizons:

Dexter - Compilation / Daniel Licht
Milan

C'est avec un plaisir non dissimulé que l'on retrouve le thème principale de cette série (Dexter Main Title - 1mn41) qui a bouleversé la télévision américaine l'année dernière en même temps que la frontière entre le Bien et le Mal. L'album est traversé par les démons intérieurs de Dexter dans de courts extraits où la voix off hypnotique de Michael C. Hall emplit l'espace sonore et donne une tonalité unique à la Miami, sphère du meurtre, du péché et de la rédemption (Tonight's The Night. La ville est au centre de la BO puisque les sonorités latines sont très présentes. Du funky Urupuan Breaks (2mn23) à la touche salsa de Flores Para Ti, la musique de Dexter créé un contraste saisissant avec les horreurs perpétrées et les secrets obscures enfouis en chaque personnage. Miami donne le rythme et au-delà des voitures luisantes, des corps sculpturales et des bonnes manières, se cache le vice et le goût du sang. Born Free (2mn27) ouvre la cage des monstres à visage humain et participe au même effet contrastant si cher à Stanley Kubrick (voir par exemple Dr Folamour). La deuxième partie du Cd est une sélection des meilleurs morceaux originaux de Daniel Licht. Tout en gardant des rythmes latinos, le mystère s'épaissit et la série pare de nouveaux contours, beaucoup plus sombres, voir mélancolique (I Can't Kill - 2mn23) . La violence est devenue frontale. L'album de Dexter, indispensable, est à l'image de la série: un alliage de perfection dans sa cohérence visuelle et des ambiances clair/obscure où la vie et la mort ne cessent de se regarder.


Nocturna, La Nuit Magique - Nicolas Errera
Milan

Nicolas Errera est le compositeur de Quelqu'un De Bien et Le Papillon, deux films qui lui permettait de s'exprimer dans des contextes de réalité froide mêlée à la douceur humaine. Nous n'avions pas de nouvelles depuis deux ans, jusqu'à Nocturna, film d'animation espagnol réalisé par Victor Maldonado et Adrià Garcia. D'emblée, on est séduit par les sonorités cristallines qui s'échappent du monde de la nuit (Prologue - 0mn15). Il est question ici de l'obscurité, d'un univers parallèle qui s'éveille quand tout le monde dort. Nocturna (1mn43) joue sur un ensemble de cordes d'où s'échappent des flûtes qui donnent une texture fantastique à ce conte pour enfants. La mélodie remporte immédiatement l'adhésion avec une accroche savoureuse. Le thème principal (Bike & Tim - 2mn30) se cristallise sous formes de cassures rythmiques très réussies où surnage un suspens qui prend peu à peu forme. Vu la durée assez courtes des pistes, il permet à l'auteur de s'émanciper quelque peu dans une longueur de tons plus imposante. Si Nicolas Errera joue de sa musique pour définir l'univers de Nocturna, celle-ci batifole souvent avec une construction sonore qui s'intègre parfaitement à la partition (The Shutter's Orchestra - 1mn18). La noirceur est également de mise avec des violons d'une sobriété impeccable (Desolation - 1mn23) pour un pur instant de poésie lunaire. Les cuivres sont ensuite de sortie pour une cascade d'effets sonores un peu attendue, mais toujours efficace (Shadow Attack - 1mn24). En somme, la partition de Nocturna parvient à s'affranchir suffisamment des codes pour garder une vraie personnalité, mais joue tout de même sur des instants qui permettront aux mélomanes de se raccrocher immédiatement à ce film par ailleurs emballant.



Le Premier Cri - Armand Amar
Naïve

Armand Amar avait déjà excellé avec ses partition de Va, Vis Et Deviens et chez Costa Gavras (Amen et Le Couperet). Le Premier Cri est peut-être sa meilleure bande originale! Alliant le charme des sonorités orientales à la répétition de nappes orchestrales majestueuses, on pourrait croire que le grand Phillip Glass est de la partie. Armand Amar se détache pourtant de ces palettes minimalistes pour livrer une conception belle et fragile de la naissance d'un enfant. Belle et fragile comme la voix de Sinéad O'Connor sur la premier morceau, A New Born Child (3mn29). Le Cd libère d'entrée une sensibilité qui s'échappe de toute naïveté. La musique qui sublimait déjà les images, prend ici un souffle nouveau à l'écoute seule. Le Premier Cri, c'est tout d'abord la voix des femmes. Sur Sunita, les chants de Sharmila Roy sont sublimés par l'orchestration du compositeur qui construit des arrières plans sonores d'une délicatesse infinie. Tous les horizons sonores sont représentés, toutes les frontières musicales sont traversées: de Kokoya (2mn22) à Mané (3mn08), en passant par Yukiko (1mn19), les voix féminines sont à l'honneur. Le musicien symbolise la naissance d'un enfant par le chant maternel. Un cohérence totale pour une réussite exemplaire. L'auditeur ne peut que se laisser porter par cette vague émotionnelle. L'un des dix meilleurs albums de l'année.


La Vie Intérieure de Martin Frost - Laurent Petitgand
Naïve

Laurent Petitgrand, c'est tout d'abord sept films avec Wim Wenders (dont Tokyo Gâ et Les Ailes Du Désir). C'est ensuite la partition du nouveau Paul Auster, La Vie Intérieur de Martin Frost, un drame fantastique peu convaincant. Le compositeur (également musicien, saxophone alto et guitare) explore les sentiments ambivalents de deux personnages pris dans une tourmente évasive. Le piano est le premier à l'oeuvre, puis viennent les cordes et les cuivres pour un ensemble très sobre et dénué d'effets lacrymaux. Laurent Petitgand est un habile faiseur et son orchestration parvient à trouver un bel équilibre nuancé, entre folie douce et comédie romantique (The Shape Of Stories - 2mn26). L'ensemble, assez répétitif, ne parvient jamais véritablement à décoller. Un album mineur dans la grande carrière du compositeur. On se consolera peut-être avec ses prochains projets musicaux...


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