Alors que la musique de film apparaît toujours comme une sorte d'entité artistique marginale, Scorama remet le son et les pendules à l'heure. A l'heure d'écouter. Ressentir un climax visuel autant qu'un crescendo sonore. A l'heure de vibrer pour les partitions qui nourrissent l'image, lui donne le caractère dont elle manque parfois.
Scorama, c'est le goût de la dissonance maîtrisée et de la mélodie naissante, c'est la musique en 24 photos seconde. Du synthétique solarien aux orchestrations hornerienne, Scorama propose, dispose, impose, de rendre un hommage appuyé à la musique de films internationale.
Reviews, interviews, dossiers: la bande originale sera livrée au prisme de la passion pour libérer au final une énergie salvatrice. Nécessaire.
Mais que vaut un disque à l'écoute seul, lorsqu'il est libéré de ses chaînes pelli(tenta)culaires?
Un an tout juste après sa sortie,
Truands apparaît comme un film français médiocre, hué par la critique et boudé à raison par le public. Polar prétentieux sous influence, métrage boursoufflé par une violence qui ne fait jamais avancer les faibles efforts dramaturgiques,
Truands se dévoile aujourd'hui par sa partition crépusculaire.
Au delà de l'imagerie réaliste du film, de son aspect documentarisant et froid, il y a une distanciation nécessaire qui doit s'opérer. C'est ce que permet Bruno Coulais et sa bande originale. Elle réhabilite ses truands en cuir noir en leur adjugeant une majesté qui manque cruellement au long-métrage.
Truands - Bruno Coulais41mn23 - NaïveOn a jamais pu oublier la voix blessée de Marianne Faithfull sur
La Cité Des Enfants Perdus (ni la musique d'Angelo Badalamenti par ailleurs), et la très grande dame du rock britannique ouvre la bal avec
A Lean And Hungry Look (2mn54). Les premières nappes synthétiques posées, les premiers battements rythmiques métalliques frappés, Faithfull balance son vocal griffé avec un "One last cigaret" des plus congrus. Avant que la rythmique s'emballe, on est déjà happé par l'esprit de mélodie écorchée qui se termine dans un dernier souffle. Bruno Coulias déroule ensuite une complainte construite dans des aller retours de cordes angoissants (
Générique de Début - 5mn32) et dont la durée conséquente permet d'apprécier toute la construction et la recherche, notamment sur les cassages rythmiques et l'amplification graduelle des basses.
Le compositeur n'a pas son pareil pour installer une ambiance moite. Il s'octroie même un début de thème qui sera repris dans
Vers La Lumière (2mn57) avec ses allures de piano simpliste qu'on devine bientôt pourri par les agissements violents des protagonistes. Quoique répétitifs, les arrangements de la thématique principale lorgne de plus en plus vers une surface sonore emplie d'espoir, traversée par des ombres planantes (
L'Attente Au parking - 1mn54) ou un jazz paillette (
La Photo De Mariage - 1mn02). Bruno Coulais réussit là où Frédéric Schoendoerffer a échoué: créer de l'empathie pour ces hommes ténébreux. Si les dialogues s'étaient un tant soit peu inspirés de la partition... Celle-ci évite tout le ridicule d'un Philippe Caubère au cabotinage exécrable ou la gratuité d'effets sonores traumatisants l'oreille. Le son d'un Eric Serra retentit même à travers
les Bons Du Trésor (1mn43), fable mouvante où les basses et une guitare saturant font l'essentiel du travail. Dissonance, brisures glaçantes dans les aigus: Bruno Coulais use de stéréotypes de composition pour mieux fragmenter son récit sonore. Un disque talentueux et un vrai respect des cinéphiles...