Contre toute attente, Scream 4 est une bonne surprise. En fait, ce qui rend ce quatrième épisode des malheurs de Sidney Prescott à Woodsboro extrêmement touchant, c'est qu'il renvoie par sa facture aux années 90 et qu'il convoque des stars éteintes (Courtney Cox, Neve Campbell et David Arquette), le réalisateur (Wes Craven) et le scénariste d'origine (Kevin Williamson) pour un simple constat : aujourd'hui, ils sont dépassés par une génération 2.0 avide de reconnaissance, plus rapide et instinctive qu'eux. En 1996, à l'époque du premier Scream, des modes de communication comme Twitter et Facebook n'existaient pas. Et les ados ne faisaient pas de critiques sur leurs blogs, voulaient ressembler aux héros tourmentés de la série Dawson, se perdaient dans les video-club pour ressusciter de vieux films d'horreur oubliés en VHS. En quinze ans, tout a changé. Eux, non. Ils sont restés les mêmes. Ouvertement parodique, Scream 3 traduisait l'envie collective d'en finir mais, faute d'avoir réussi à se diversifier et à évoluer, toute l'équipe est condamnée à faire du surplace : les acteurs sont devenus aussi fantomatiques que leurs personnages.

En interview, Wes Craven l'avoue, non sans impuissance : «Dix ans ont passé entre Scream 3 et Scream 4. Et c'est incroyable de voir l'évolution du genre avec des films comme Saw et Hostel. Ces films visent la surenchère et l'écoeurement. Avec les Scream, je n'ai jamais eu pour objectif de faire des films typiquement pour ados. J'essayais juste de retranscrire le mieux possible les scripts, et de rester suffisamment ouvert. On pensait tous qu'on tournerait la page. Mais entre Scream 3 et Scream 4, Kevin et moi avons connu l'échec Cursed, une mauvaise expérience qui nous a beaucoup affectés. Des scénaristes se sont greffés sur le projet, ont volontairement cherché à faire un teen movie, et une bonne partie de ce que nous avions filmé à été détruit pour refaire ce que vous avez découvert. J'ai passé des mois et des mois de ma vie là-dessus pour aboutir à quelque chose qui n'est même pas de moi. Si j'ai accepté Scream 4, c'est parce que le genre a évolué plus vite qu'on le pensait. Rien de comparable à ce qui produisait au début des années soixante-dix, où nous pouvions aller jusqu'au bout de nos idées, sans contraintes, où nous filmions la plupart du temps de façon complètement illégale, avant de sortir le film sans autorisation. Aujourd'hui, c'est quelque chose qu'on ne pourrait plus faire.»
A la fin des années 90, Wes Craven s'amusait du scénario de Kevin Williamson. Il y voyait une petite provocation, se disant que l'ancienne génération de fans du genre serait un peu choquée de voir ce maître de l'angoisse cracher dans la soupe et que la nouvelle, qui ne connaissait pas encore les classiques, prendrait cet exercice comme un pur film d'horreur, les yeux révulsés par la séquence d'ouverture avec Drew Barrymore (aussi atroce que parodique). Les personnages de Scream étaient prisonniers des films d'horreur qu'ils regardaient de manière intempestive. Mais à force de se croire dans un film d'horreur, ils finissaient par en devenir les héros. Le paradoxe veut que le film ait majoritairement été compris au premier degré et relança massivement l'attraction du slasher développé à travers des déclinaisons teenage allant de Souviens-toi l'été dernier à Urban Legend. Craven avait déjà expérimenté ce système de mise en abyme où l'on ne savait plus faire la distinction entre la réalité et la fiction dans Freddy sort de la nuit : Wes jouait son propre rôle et Heather Langenkamp celle de l'actrice encore traumatisée par les premières Griffes de la nuit.
Dans les années 2000, il y a eu l'émergence de nouveaux monstres : ceux du splat-pack. Etymologiquement, un terme dérivé de "rat pack", employé dans les années 50 pour rassembler les stars les plus populaires (Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Joey Bishop et Peter Lawford). Dans la bouche de Alan Jones, journaliste américain, ce terme qualifiait une nouvelle vague de réalisateurs spécialisés dans l'horreur. En réalité, ce sont des enfants de Scream biberonnés aux films de genre des années 70 qui connaissent leurs John Carpenter et Tobe Hooper sur le bout des doigts. Parmi eux, Rob Zombie (The Devil's rejects), James Wan (Saw), Darren Lynn Bousman (Saw 2), Neil Marshall (The Descent), Greg McLean (Wolf Creek), Eli Roth (Hostel) ou encore Alexandre Aja. Ce dernier confesse sur le sujet: «La vérité, c'est qu'on appartient à une même mouvance mais qu'on ne se connaît pas. Il n'y a qu'Eli Roth qui fait le lien. J'ai croisé Rob Zombie et James Wan mais je ne suis ami qu'avec Eli. Cela étant, il est vrai qu'on partage tous le même esprit. Le splat-pack est vraiment une invention de journalistes, ce n'est pas un mouvement que nous avons sciemment crée. Mais nous nous sommes retrouvés aux quatre coins de la planète à faire chacun un film avec les mêmes intentions et avec la même radicalité dans la terreur qui avait disparu du cinéma américain avec Tobe Hopper, La dernière maison sur la gauche, Délivrance. On avait tous envie de tourner la page des années 90, une très mauvaise période pour le genre, afin de revenir vers quelque chose de plus âpre.»
Avant de préciser sur Wes Craven, producteur de La colline a des yeux : «Il ne faut pas se fier aux apparences : Wes Craven est beaucoup plus conservateur qu'on l'imagine. Il vient d'une famille drastique ; même s'il s'est affranchi depuis, il a quand même un passé qui remonte à la surface. Ça a été difficile d'expliquer mes choix, d'autant que je suis français. Par exemple, il m'a demandé pourquoi j'avais ostensiblement planté un drapeau américain. Et heureusement que lors des projections test, les spectateurs trouvaient ça marrant et donc approuvaient mes choix... Le sous-texte que l'on avait réussi à faire passer dans La colline a des yeux devait se retrouver dans Piranha 3D. A un moment donné, les producteurs ont commencé à me dire : «c'est pas bien, le mec déguisé en statue de la liberté qui se fait dévorer par les piranhas ! ». Moi, je leur répondais : «Mais, non, attendez, c'est super bien». Il y avait aussi une autre scène avec un obèse qui se fait dévorer. Mais j'ai dû retirer ces deux scènes pour la sortie en salles...»
En substance, Scream 4 s'amuse de la lutte entre les anciens et les nouveaux, les vétérans et les escrocs du cinéma de genre, comme des nouvelles modes (le documenteur, le torture-porn ou le post-modernisme) - qui ne sont pas si nouvelles que ça. Pascal Laugier, le réalisateur de Martyrs, analyse cette nouvelle propension avec beaucoup de lucidité : «J'ai un problème avec la nouvelle tendance du cinéma de genre à contenir en lui son propre discours. John Carpenter n'essayait pas de commenter, de montrer que l'horreur c'était important... Je n'ai pas besoin que l'on prouve absolument que le genre peut être profond, adulte et dialectique. J'y vois la conséquence directe du post-modernisme avec la récupération théorique de tout et en même temps de l'absence terrible d'innocence de nos temps. Ça reflète le cynisme. Alors, dans le cinéma de genre, on en a un peu fini avec les couillonnades post-Scream qui représentaient l'enterrement d'un genre auquel je crois. Grosso modo, Scream, de Wes Craven, c'est le mal, comme si on me disait que l'innocence est morte. Là, nous sommes en train de vivre le pendant intello de ça : le public s'est très vite lassé des ricaneurs. Aujourd'hui, on a les intellos poseurs du genre. Je pense que l'un des pires pièges dans lequel peut tomber le genre, c'est de devenir un phénomène de chapelle, de ghetto fait par les fans pour les fans, réservé à une niche. Ce que les Américains appellent la "target audience". Alors que pour moi, le genre doit continuer à vouloir s'extirper de son ghetto pour toucher d'autres gens et proposer des films intéressants. J'ai toujours vu le genre comme une forme d'expression personnelle. C'est pour ça que j'ai aimé Mario Bava ou Dario Argento : ça ne ressemblait à rien d'autre. Ces mecs avaient beau s'influencer les uns les autres et avaient beau puiser dans une imagerie qui existait avant eux, ils proposaient une nouvelle façon de voir et de penser. Si le genre se vide de sa substance pour ne devenir qu'une imagerie, on perd tout.»
MASTERS OF HORROR : LES MAITRES VS LES DISCIPLES
STUART GORDON / «MOINS GORE QU'AVANT»
«Si on compare Re-Animator que j'ai réalisé en 1985 et Stuck, l'un de mes derniers films qui date de 2007, on pense qu'ils ne sont pas réalisés par le même homme. Pour commencer, Re-Animator est plus gore. C'est d'ailleurs le film le plus gore que j'ai réalisé dans toute ma carrière. Des années plus tard, celui qui m'a redonné le goût du cinéma, c'est Dagon. J'ai eu la chance d'être impliqué dans ce projet initié par Filmax et la «Fantastic Factory». Je sentais en eux l'envie de créer un phénomène. Ils voulaient faire dans le cinéma espagnol ce que la Hammer avait fait pour le cinéma anglais. J'avais été mis en contact grâce à Brian Yuzna qui avait produit Re-Animator et connaissait bien mon travail. A l'origine, Dagon devait être le film que je devais réaliser après Re-Animator mais il n'aurait pas pu se faire sans Brian ni Filmax. En ce qui concerne ce cinéma fantastique espagnol, je reste fasciné par l'énergie de nouveaux talents de l'école Filmax dont sont issus Jaume Balaguero et Paco Plaza, les réalisateurs de [REC.].»
RUGGIERO DEODATO / «A L'EPOQUE DE CANNIBAL HOLOCAUST, JE DOIS AVOUER QUE LES CANNIBALES ETAIENT UNE EXCUSE BIDON POUR FILMER DES JOURNALISTES ARRIVISTES»
«Est-ce que le cinéma de genre aujourd'hui est réellement différent que celui des années 70 ? Je ne pense pas. La caméra subjective, que j'utilisais dans Cannibal Holocaust, ne correspond pas nécessairement à une facilité. C'est une technique redevenue à la mode qui consiste à faire naître l'effroi de manière extrêmement réaliste en se basant sur des peurs primales. Dans les années 70, les cannibales avaient le vent en poupe dans les productions italiennes. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont traumatisés par le 11 Septembre. A l'époque, j'avais repris cette idée de Gualtiero Jacopetti, qui avait réalisé les Mondo Cane. Ces films étaient proches des documentaires et j'ai essayé d'ajouter un scénario et des acteurs pour que l'on soit entre le documentaire et la fiction. Mais cette envie de paraître réaliste s'est retournée contre moi puisque l'on m'a obligé à prouver que les acteurs étaient toujours vivants. A l'époque, les censeurs n'avaient vu que la partie documentaire qui telle quelle ressemblait plus ou moins à un snuff movie. A la fin de la projection, ils faisaient la même tête que ceux qui regardaient le reportage dans le film (il rit). Je pense que cette technique de la caméra subjective parle essentiellement aux jeunes réalisateurs qui ne sont plus obligés d'appliquer les vieilles règles du champ/contre-champ ou de respecter des conventions cinématographiques. Ce qui est séduisant avec ce procédé libertaire, c'est qu'en prenant une caméra à la main, cela devient très facile de réaliser un film angoissant efficace. Là où à mon sens c'est plus compliqué, c'est dans la narration, car le talent vient finalement de l'écriture.»
QUENTIN DUPIEUX / «DANS LES ANNEES 70, LES INTERDICTIONS ETAIENT ASSEZ LIGHT, DONC LES FILMS GORE PASSAIENT PLUS FACILEMENT QU'AUJOURD'HUI. »
«Avec Duel, Spielberg a fait un pur chef-d'œuvre en réussissant à créer une terreur avec un objet «normal». Ce n'est pas un extra-terrestre ni un monstre ni un psychopathe, c'est juste un camion. Dans Steak, il y avait déjà une tension latente de film d'horreur. Sans doute parce que j'aime ce genre et que c'est toujours en moi. Mais je sais pertinemment que je détesterais réaliser un film d'horreur. Je pense que les vrais films du genre sont derrière nous. Il y avait un peu de naiveté. Aujourd'hui, les films d'horreur sont cyniques: ils ont conscience des codes. J'adore Scream, mais ça a relancé le film d'horreur autant que ça l'a tué. Tous les films qui ont suivi misent sur les clins d'œil. Les nouveaux Massacre à la tronçonneuse sont à des années lumière de la vraie angoisse. Les comédiens sont bien coiffés, ça n'a plus aucun intérêt. Et si on proposait aujourd'hui une image crade, ce serait un effet de style. Bref, c'est devenu un genre à la con.
Moi, je suis Massacre à la tronçonneuse ou rien. Ce film a marqué mon adolescence, j'en rêvais... Je me souviens que, dans un vieux numéro de Mad Movies, un mec avait passé une annonce où, pour 300 francs, il proposait d'envoyer le gant de Freddy avec de vrais couteaux. Evidemment, je l'ai contacté... Ado, j'avais une carte de vidéo club et j'allais louer des trucs et je me faisais flipper. J'avais un ou deux copains avec qui je partageais cette passion. C'est tellement basique d'aimer ça à 15 ans que ce n'est pas intéressant, mais oui, je viens de là. Dans tous les films qui ont une dimension fantastique comme Freddy ou Halloween : La nuit des masques, tu te rends compte que les effets spéciaux sont cheap, même si t'as les boules... Le fait que le tueur ne meurt jamais a quelque chose d'inoffensif. Pour le spectateur, c'est comme un train-fantôme.»
ROB ZOMBIE / «DANS LES ANNEES 70, LES REALISATEURS AVAIENT LES COUILLES DE REALISER CE QU'ILS VOULAIENT SANS SE SOUCIER DE QUESTIONS MORALES »
«Même si cela ne se voit pas nécessairement dans mes films, je suis toujours influencé par les films d'horreur gothiques des années 30. La fiancée de Frankenstein, de James Whale, est l'un de mes favoris. Autrement, j'adore les films dégueulasses des années 70. Dans un autre genre, Halloween, de John Carpenter, appartient à ces films avec lesquels j'ai grandi. Dans Scream, j'adore l'idée que des personnages qui participent à un film d'horreur soient eux-mêmes en train de regarder un film d'horreur. Sans doute parce que j'ai découvert ces films en les regardant, gamin, à la télévision et qu'ils permettaient de stimuler mon imagination. Un peu comme Poltergeist de Tobe Hooper où une enfant est absorbée par une télévision. Je suis un grand fan des survival des années 70, ne serait-ce que pour leurs outrances ou même leurs imperfections, comme j'aime les films de Romero. J'ai la nostalgie des seventies pour la musique que je trouve plus riche et la clarté des intrigues où tout était beaucoup plus simple et efficace.»
GEORGE A. ROMERO / «AUJOURD'HUI, ON A PLUS DE RESPECT POUR MON TRAVAIL »
« Entre Day of the dead et Land of the dead, j'ai fait trois films dont Monkey Shine. Avec mon associé, on a longtemps cherché des gens qui ont voulu investir dans ce quatrième épisode. J'ai postulé auprès de New Line, de MGM, de Fox qui m'ont rejeté. Ils voulaient faire certains deals pour que je leur fasse des films avant de m'offrir les pleins pouvoirs et j'ai longtemps travaillé moi-même sur La momie et Resident evil dont j'ai signé des scripts. Malheureusement, Hollywood n'a pas jugé mon travail intéressant et a préféré faire les versions que vous connaissez. J'ai eu de grosses frustrations, et c'était humainement très dur. J'en ai eu marre et je me suis un peu retourné vers la France pour faire Bruiser. Canal + a cru en moi et m'a permis de faire mon film, c'est un peu mon "Escape from L.A", pour citer John Carpenter. J'ai passé toutes ces années à peaufiner mon script et j'avais quelque chose de vraiment définitif en 2000-2001. Aujourd'hui, on a plus de respect pour mon travail qu'il y a vingt ans et on comprend mieux l'ironie glissée dans les films d'horreur»
LOUIS LETERRIER / « JE PREFERERAIS TOUJOURS FRANKENSTEIN A SAW »
« Je préférerais toujours un bon vieux Frankenstein à Saw par exemple. Enfin, Saw premier du nom, je ne critique pas, je trouve ça vraiment bien. Mais Saw 7, ce n'est pas possible. J'ai tourné à Toronto donc je connais un peu les mecs qui sont derrière cette industrie. Ils en tournent un par an. Ça ressemble un peu à la sitcom Plus belle la vie. Ils appartiennent tous à la même équipe et se distribuent les fonctions. Celui qui a été le chef-opérateur sur Saw 4 devient le producteur sur Saw 5. Le film qui m'a mis une claque lorsque j'étais petit, c'est Evil Dead 2, de Sam Raimi. Je peux dire, sans problème, que c'est le film qui m'a donné envie de faire du cinéma. C'était drôle et pas prétentieux pour un sou. Un film que des gens comme vous et moi auraient pu réaliser ensemble. »
ELI ROTH / « TOUT, SAUF FUNNY GAMES !»
J'ai découvert Alien quand j'avais 9 ans et c'est en voyant ce film que j'ai su ce que je voulais faire. J'ai toujours désiré faire des films d'horreur avec du cul. Je me souviens que très jeune, je voulais déjà être un producteur pour mes futurs films et pourquoi pas ceux de Ridley Scott (il rit). J'ai grandi à Boston, loin d'Hollywood et j'ai commencé en faisant plein de films amateurs avec mes potes. C'était ma seule ambition dans la vie. Je devais être le seul gamin de 9 ans à connaître par cœur les noms des réalisateurs. Je connaissais déjà Tobe Hooper, Kubrick, Spielberg. A l'époque, tout le monde se foutait royalement de savoir qui avait réalisé quoi. C'était un film, point barre. Chez moi, cette déification des réalisateurs tournait à la folie. Ma plus grande influence reste Sam Raimi avec Evil Dead. Je me souviens avoir lu qu'il avait 21 ans quand il l'avait réalisé. J'étais jaloux à l'époque et je voulais relever le même défi. C'était la même idée avec Cabin Fever : mettre des amis dans la forêt et faire un film à petit budget. Mais à 22 ans, je me suis rendu compte que c'était très dur de trouver des gens qui acceptent d'investir de l'argent dans votre projet. Cela m'a pris six ans pour réunir l'argent nécessaire pour Cabin Fever. Pour moi, l'influence, c'est vraiment le old's school, plus que les poseurs d'aujourd'hui ou même ceux qui crachent dans le genre avec cynisme. Funny Games, de Michael Haneke est un film que je hais à un point que vous n'imaginez pas. Si c'est pour voir un film avec une vraie réflexion sur le serial-killer, autant voir Henry, portrait d'un tueur en série... »
LUCKY MC KEE / «MES INFLUENCES ? FRANKENSTEIN, POLANSKI ET NIRVANA»
«A l'époque de May, je me suis basé sur ma propre expérience et mes sentiments. J'ai écrit le script lorsque j'étais à la fac et j'étais fasciné par Frankenstein de Mary Shelley. Elle a écrit le livre lorsqu'elle avait 18 ans et elle a décrit ce que l'on ressent à cet âge-là : l'impression d'être un monstre, différent, anormal... C'est là qu'elle puise sa grande force. La meilleure partie du livre, c'est quand elle décrit la créature sous un jour pathétique, la triste expérience du personnage avec le monde extérieur et combien il est difficile pour lui de s'y adapter. Dans le fond, il est clair qu'il y a un parallèle entre May et la créature. Ce qu'ils recherchent tous les deux, c'est un ami qui puisse les comprendre. Je trouve cette solitude et cette détresse très émouvantes. C'est évidemment une référence pour ceux qui aiment le cinéma fantastique. Il faut ajouter Nirvana en musique et Roman Polanski au cinéma pour obtenir l'essence de mon premier film. Par la suite, les choses se sont compliquées : je n'ai pas fait ce que je voulais sur The Woods, j'ai abandonné le tournage de Red en cours de route - même si on reconnaît mes plans - et j'ai fait une bonne dépression.»
JONATHAN LEVINE / «J'AI MONTRE I SPIT ON YOUR GRAVE A MON EQUIPE !»
«Le scénario de Tous les garçons aiment Mandy Lane était celui d'un pote que je connais depuis le lycée. Comme c'était un film à petit budget, il recherchait juste un réalisateur qu'il ne serait pas obligé de payer trop cher et qui puisse apporter un univers. On a tous collaboré ensemble, jusque dans les modifications du scénario. J'ai montré à l'équipe des films que je jugeais essentiels comme ceux de Larry Clark ou encore I spit on your grave. En réalisant Mandy Lane, je pensais à Donnie Darko, Virgin Suicides ou même Friday Night Lights. On m'a toujours appris, lors de mes études de cinéma, qu'il ne fallait pas montrer des films qui nous servent d'influences aux acteurs. Parce qu'ils seraient tentés de copier ce qu'ils voient et que ça perdait toute spontanéité. Quand j'étais ado, j'ai beaucoup regardé de films d'horreur. Beaucoup. J'en consommais à longueur de temps. Tous les Wes Craven, Carpenter, en même temps des films totalement dégénérés datant des années 70. Je les aimais comme cinéphile mais lorsque j'ai eu envie de devenir réalisateur, je n'ai jamais eu l'intention de réaliser des films d'horreur. Jamais. A l'époque, j'avais des prétentions. Je voulais faire des films comme ceux d'Antonioni, Godard. Avec le recul, je me rends compte que le film d'horreur est un excellent tremplin pour savoir ce que vous voulez faire par la suite. L'horreur permet de partir en vrille très rapidement, et les fans du genre acceptent le fait que l'on parte en vrille et que l'on s'amuse avec les personnages. Beaucoup de cinéastes qui n'ont rien à voir avec le genre ont commencé en faisant des films d'horreur. C'est aussi ça qui m'a stimulé.»
PASCAL LAUGIER / « J'AI TOUJOURS EU LA FASCINATION DE L'ART »
«Je suis fasciné par les mondo originels Italiens de Gualtiero Jacopetti comme Mondo Cane ou Les négriers. C'étaient des films de cinéastes tournés en pellicule, aux résultats incroyables, avec une photographie démentielle. Evidemment, c'est du cinéma douteux étant donné que c'est de l'exploitation. Mais encore une fois, aujourd'hui, avec la distance, ce sont des objets abstraits de cinéma passionnants à regarder. J'ai tout revu dans le coffret Blue Underground sorti par Lustig en zone 1. Du cinéma vraiment particulier. Après, les dérivations, ça ne m'a jamais intéressé. Je trouve ça crapoteux et moche. En revanche, un film qui m'a laissé ce goût dans la bouche tout en me proposant du cinéma, c'est Schizophrenia, de Gerald Kargl. Je n'oublie jamais, lorsque je regarde un film, que c'est une entreprise de construction avec un cadreur, un chef-opérateur, des acteurs et ça donne à voir quelque chose d'autre. J'ai la fascination de l'art, je me demande toujours comment on peut faire ça.»
DARIO ARGENTO / «CE N'EST PLUS COMME IL Y A 20 ANS !»
« Il faut prendre en compte l'évolution du cinéma. Ce n'est plus comme il y a 20 ans. A l'époque, tout le monde allait au cinéma sans vraiment connaître le sujet. Aujourd'hui, les gens sont au courant et mes premiers films ne m'appartiennent plus. Ils appartiennent aux fans qui les connaissent mieux que moi. Désormais, lorsque je réalise des films, je me bats avec ironie. J'adore les producteurs qui prétendent me donner une liberté totale alors qu'ils n'essayent que de me conditionner et de surveiller mon travail. Et c'est de pire en pire : on est fliqués en permanence. Aujourd'hui, faire un film d'horreur a bien changé. »
Propos recueillis par Romain Le Vern

