Le duo Coen n’est pas tout à fait un duo de cinéma comme les autres... Scénaristes, réalisateurs, producteurs... On ne sait jamais qui des deux porte quelle casquette et les rôles sont souvent aussi interchangeables que flous aux yeux du grand public. Un an après leur très médiocre mais populaire Burn After Reading, les deux frères reviennent avec une nouvelle comédie noire intitulée Serious Man. Très ancrée dans la communauté juive, jouant des codes attribués à cette dernière et faisant appel aux souvenirs d’enfance des frères, le film s’annonce, selon les premières retombées, comme étant l’un des meilleurs crus Coen de ces dix dernières années.


Les frères Coen ont réalisé Serious Man en un temps record. Premier tour de manivelle le 8 septembre 2008 pour un film fini et présenté dans plusieurs festivals exactement un an plus tard. Quarante-quatre jours de tournage, un budget maîtrisé et respecté pour un film qui n’a pas fait beaucoup de bruit... Si certains impatients l’attendaient au dernier festival de Cannes, il aura fallu attendre la Mostra de Venise pour avoir vent des premières impressions. Et les Coen se devaient d’être à la hauteur tant leur producteur, James Schamus, patron de Focus Features, louait les multiples qualités du métrage : « ce sera un coup d’éclat ». Effectivement, les frères ont fait fort en faisant l’unanimité. Critiques et public se sont enfin mis d’accord ! Hilarant pour certains, déconcertant pour d’autres, troublant pour les derniers, cette oeuvre quasi auto-biographique, mettant en relation les souvenirs d’enfance des frères avec leur étrange et délicate manière de se moquer de leur judaïté, est à mi-chemin entre la pure comédie et le règlement de comptes familial.

L’expression et le titre « A serious man », qui est l’adaptation que les Coen font du terme yiddisch « mensch » et qui décrit quelqu’un de bien, offrent au film une ironie de départ que les Coen ont voulu mettre en valeur. Un homme dit « sérieux », selon tout un chacun, serait en effet la garantie d’un homme équilibré et sain... un homme bien sous tous rapports derrière lequel se cachent le plus souvent les tares les plus insoupçonnables et des vices cachés. Les deux cinéastes, dont la filmographie entière s’applique à mettre en scène l’adage « l’habit ne fait pas le moine » et tente d’atteindre les abysses de personnages toujours plus incongrus, semblent se révéler maîtres dans l’art de retourner dans tous les sens les habitudes et les quotidiens pour révéler les véritables personnalités.
Ainsi, en jetant un regard à la fois surréaliste (la bande-annonce évoque des comédies tantôt burlesques tantôt Allen), sinistre et affectueux d’une communauté juive assez étouffante, les frères tentent de creuser ce qu’ils avaient entamé dans Barton Fink : développer ce personnage victime de nombreuses plaies s’abattant sur lui. Son combat n’est pas d’y échapper mais bien de les articuler, d’y mettre des mots et surtout d’être écouté. Sa souffrance sera-t-elle entendue par son entourage, ses amis ou les rabbins qui se prétendent détenteurs d’un savoir qu’il recherche ? La réponse dans Serious Man, dans nos salles le 20 janvier prochain...


L'histoire : Deux frères dont le premier (Stuhlbarg), professeur, verra sa vie tourner au cauchemar le jour où sa femme le jettera à la porte, lui, et son attardé […]
