Par Kévin Dutot - publié le 27 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 27 octobre 2009 à 10h33 - 0 commentaire(s)

Le duo Coen n’est pas tout à fait un duo de cinéma comme les autres... Scénaristes, réalisateurs, producteurs... On ne sait jamais qui des deux porte quelle casquette et les rôles sont souvent aussi interchangeables que flous aux yeux du grand public. Un an après leur très médiocre mais populaire Burn After Reading, les deux frères reviennent avec une nouvelle comédie noire intitulée Serious Man. Très ancrée dans la communauté juive, jouant des codes attribués à cette dernière et faisant appel aux souvenirs d’enfance des frères, le film s’annonce, selon les premières retombées, comme étant l’un des meilleurs crus Coen de ces dix dernières années.

 


Après une affiche remplie de stars pour Burn After Reading, les frères ont cette fois-ci constitué un casting modeste et quasi-anonyme... Si les noms de Michael Stuhlbarg ou Sari Wagner Lennick ne vous disent rien, c’est normal. Tandis que Richard Kind, second couteau télévisuel assez réputé, n’est pas à proprement parler un comédien bankable. Bref, Ethan et Joel optent pour la discrétion. Et si l’on suit l’orde des choses (un bon film sur deux depuis Intolérable Cruauté), il semblerait que nous ayons affaire à un résultat bien plus indiscret qu’il n’y paraît... Quand les Coen fappent dans la fourmillière, ca fait mal.

Le film se déroule en 1967, dans la petite banlieue tranquille de St Louis Park, dans le Minnesota... Larry Gopnik, un professeur de physique à l’université, possède une petite vie sans grand intêret dans un quartier de classe moyenne où se regroupe une forte communauté juive. Une crise existentielle vient chambouler son quotidien lorsque sa femme Judith lui annonce qu’elle souhaite le quitter pour son collègue, Sy Ableman. Mais cet incident va de pair avec la décision de son frère, inapte à vivre en société, d’élire domicile chez lui... Sa raison de vivre lui semble de plus en plus floue, d’autant que son fils Danny lui vole de l’argent pour s’acheter de la marijuana, que sa fille Sarah est prête à tout (et à trop) pour se faire refaire le nez, qu’un de ses étudiants coréen tente de le corrompre pour obtenir de meilleurs résultats tout en l’accusant de diffamation et qu’une voisine n’arrête pas de l’embêter en se dorant la pilule, nue. Larry va alors faire appel à trois rabbins afin de résoudre ses problèmes et pour devenir, enfin, un homme dévoué et « sérieux ». De ceux qu’on admire lorsqu’ils passent dans la rue.



Les frères Coen ont réalisé Serious Man en un temps record. Premier tour de manivelle le 8 septembre 2008 pour un film fini et présenté dans plusieurs festivals exactement un an plus tard. Quarante-quatre jours de tournage, un budget maîtrisé et respecté pour un film qui n’a pas fait beaucoup de bruit... Si certains impatients l’attendaient au dernier festival de Cannes, il aura fallu attendre la Mostra de Venise pour avoir vent des premières impressions. Et les Coen se devaient d’être à la hauteur tant leur producteur, James Schamus, patron de Focus Features, louait les multiples qualités du métrage : « ce sera un coup d’éclat ». Effectivement, les frères ont fait fort en faisant l’unanimité. Critiques et public se sont enfin mis d’accord ! Hilarant pour certains, déconcertant pour d’autres, troublant pour les derniers, cette oeuvre quasi auto-biographique, mettant en relation les souvenirs d’enfance des frères avec leur étrange et délicate manière de se moquer de leur judaïté, est à mi-chemin entre la pure comédie et le règlement de comptes familial.

 


L’expression et le titre « A serious man », qui est l’adaptation que les Coen font du terme yiddisch « mensch » et qui décrit quelqu’un de bien, offrent au film une ironie de départ que les Coen ont voulu mettre en valeur. Un homme dit « sérieux », selon tout un chacun, serait en effet la garantie d’un homme équilibré et sain... un homme bien sous tous rapports derrière lequel se cachent le plus souvent les tares les plus insoupçonnables et des vices cachés. Les deux cinéastes, dont la filmographie entière s’applique à mettre en scène l’adage « l’habit ne fait pas le moine » et tente d’atteindre les abysses de personnages toujours plus incongrus, semblent se révéler maîtres dans l’art de retourner dans tous les sens les habitudes et les quotidiens pour révéler les véritables personnalités.

Ainsi, en jetant un regard à la fois surréaliste (la bande-annonce évoque des comédies tantôt burlesques tantôt Allen), sinistre et affectueux d’une communauté juive assez étouffante, les frères tentent de creuser ce qu’ils avaient entamé dans Barton Fink : développer ce personnage victime de nombreuses plaies s’abattant sur lui. Son combat n’est pas d’y échapper mais bien de les articuler, d’y mettre des mots et surtout d’être écouté. Sa souffrance sera-t-elle entendue par son entourage, ses amis ou les rabbins qui se prétendent détenteurs d’un savoir qu’il recherche ? La réponse dans Serious Man, dans nos salles le 20 janvier prochain...

 


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