Shanghai Grand, produit par Tsui Hark, est une fresque ambitieuse et intense, authentique surprise à celui qui le découvre. Datant de 1997, avec Andy Lau et Leslie Cheung en tête d'affiche, il était nécessaire d'effectuer un petit retour sur cet excellent film un peu trop méconnu.
SHANGHAI GRAND (1997)
Un film de Man Kit Poon
Produit par Tsui Hark
Avec Andy Lau, Leslie Cheung, Almen Wong
Durée : 1h31
Adaptation d’une série télévisée de la fin des années 70 avec Chow Yun-Fat (ici, Leslie Cheung) et Ray Lui (Andy Lau),
Shanghai Grand constitue l’un des meilleurs films produits par Tsui Hark. Passé une introduction oppressante et sanglante qui a le mérite de déconcerter, le résultat surprend d’abord par sa détermination à exploiter toute la densité d’une thématique archétypale : amour, amitié, trahison, action, adultère, vaudeville, gangsters, mafia, retrouvailles, flash-back. Pendant près d’une heure trente, la fiction, fractionnée en trois chapitres (comme une résonance aux 23 épisodes de la série d’origine), donne lieu à une véritable saga romanesque toute en nuances subliminales qui alterne les scènes de combats violentes et les parenthèses romantiques. Le changement de tonalité est impeccablement renforcé par une musique adéquate (Andy Lau a contribué à la bande-son).
Andy Lau dans SHANGHAI GRAND
SHANGHAI GRANDUne première rencontre brutale dans un train, l’ascension fulgurante d’un homme parti de rien, une histoire d’amour torturée aux sentiments contrariés, des regards échangés dans un halo de fumée, des personnages aux identités morcelées tiraillés des démons intérieurs (ce désir qui embrase les corps)… Comme dans les plus grandes fresques, il s’agit ici d’un maelström d’émotions. Pour retranscrire au mieux cet abîme, tout a été intelligemment travaillé : c’est impeccablement rythmé, alertement monté, très bien mis en scène. Stylisé et coloré à l’extrême (jeu soigné sur les ombres), l’ensemble bénéficie par ailleurs d’une belle photo et d’interprètes au diapason : Andy Lau, tout en désinvolture, assure face à la gravité retenue de feu Leslie Cheung, qui met en valeur son personnage avec une discrétion exemplaire.
Malgré un habile sens du dosage et des sentiments qui assure une certaine fluidité, l’ensemble montre quelques faiblesses dès lors qu’il s’attarde sur les détails et creuse en profondeur les personnages. Paradoxalement, il faut savoir s’arrêter à la surface et fermer les yeux sur les tentatives maladroites du cinéaste à vouloir insister lourdement sur des passages insignifiants. Par exemple, la scène du serpent, installée dans une ambiance chaude voire SM, apporte certes un climat sensuel qui n’est pas négligeable, mais elle ne fait que complexifier inutilement un récit qui ne manque pourtant pas de rebondissements. Ce n’est cependant qu’une afféterie excusable, témoigne de l’incapacité du cinéaste à retranscrire toute la substance d’une série gargantuesque qui aurait mérité un film plus conséquent. Cet écueil justifie quelques raccourcis psychologiques gênants pour la compréhension.
SHANGHAI GRAND
Andy Lau dans SHANGHAI GRANDPourtant, on n’est jamais perdu. Globalement,
Shanghai Grand s’avère une oeuvre plutôt positive et jubilatoire. Malgré une tension durable, la première partie est singulièrement la plus intense, regroupant une addition de séquences mémorables dont une baston avec une planche cloutée, enfoncée dans les endroits les moins désirables. La tonalité parodique est évidemment assumée et confère au spectacle un degré d’intérêt supplémentaire. L’amitié tourmentée des deux personnages, jusque là alambiquée par l’amour d’une même femme et la structure narrative éclatée, débouche sur un final d’une intensité rare. Les amateurs du genre ne doivent pas manquer ce film que les puristes considèrent d’ores et déjà comme un classique. Sans doute parce qu’il émane de ce canevas a priori conventionnel des traces de subversion roboratives.
Malheureusement
Shanghai Grand n'est pour le moment pas disponible en DVD en France. A moins que.
Retrouvez
Gunmen de Kirk Wong disponible cette semaine à la vente chez HK Vidéo :