Loin d'être un film moralisateur et déprimant, Solutions locales pour un désordre global donne la parole à des spécialistes armés d'un bon sens sans faille et d'un solide sens de l'humour

Par Magali MENIN - publié le 06 avril 2010 à 12h32
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Solutions locales pour un désordre global : le titre du nouveau film de Coline Serreau interpelle. La tomate carrée qui trône sur l'affiche chargée de le promouvoir symbolise le dérèglement écologique contre lequel la cinéaste a choisi de se battre.
Loin d'être un film moralisateur et déprimant, Solutions locales pour un désordre global donne la parole à des spécialistes armés d'un bon sens sans faille et d'un solide sens de l'humour. L'occasion pour Coline Serreau de nous présenter, le temps d'un entretien, une vision de l'avenir résolument optimiste.  

 

Solutions locales pour un desordre global de Coline Serreau
 
Votre film présente une vision nouvelle des problèmes écologiques : au lieu de culpabiliser les populations, vous les présentez comme victimes. Pour quelles raisons ?  
Déculpabiliser les gens était pour moi la première chose à faire. La situation est extrêmement difficile pour la majorité. Les gens vivent comme ils peuvent avec des loyers exorbitants, ils ont peur de perdre leur travail. Ils font ce qu'ils peuvent pour survivre. Si on n'a même plus le plaisir de prendre un bain quand on rentre du boulot, où va-t-on ?  La population n'est pas responsable des problèmes écologiques. Elle a été « embringuée » dans un système d'exploitation et aujourd'hui elle en souffre. Mais moi je vous dis que non seulement on va s'en tirer mais je vous assure qu'on va s'en sortir très bien.
 
De quelle façon ?  
Il faut avant tout penser à se faire du bien. Le renouveau passe par des petits plaisirs égoïstes. On entend sans arrêt qu'on ne doit plus prendre de bain. Du coup au lieu de se détendre dans l'eau qui est un élément naturel, on achète plein de crèmes, de produits tous plus chimiques les uns que les autres et on est content parce que on se dit j'économise de l'eau. Sauf que tout ça c'est du pétrole, du plastique, du carton et je peux vous assurer que c'est bien plus néfaste pour la planète qu'un bain. Il faut revenir à des choses simples, ancestrales.
 
N'est ce pas revenir en arrière ?  
Non bien au contraire. Il y a plein de choses à inventer. Par exemple je pense que les femmes qui font des enfants doivent être aidées dans ce choix par une rémunération car c'est un service public de faire des enfants. Elles doivent avoir des horaires aménagés pour exercer dans les meilleures conditions leur fonction maternelle ou être également aidées si elles choisissent de rester à la maison. C'est le travail le plus noble qui soit mais il faut qua ça reste un plaisir. Certaines femmes ont envie d'être des mecs comme les autres et choisissent de ne pas devenir mères. C'est très bien aussi. Il n'y a là aucun retour en arrière, mais simplement l'envie de faire ce qui nous correspond le mieux, sans pression, sans discrimination. C'est ça l'avenir.


Justement la situation des femmes dans le monde est largement abordée dans votre film. Vous dites que ce sont les femmes qui détiennent les clés du renouveau écologique. Pourquoi ?  
La question des femmes est compliquée. Depuis la nuit des temps ce sont elles qui font tourner la société. Elles cultivent les champs, font pousser les enfants et préservent un savoir ancestral. Elles sont à la base d'un équilibre nécessaire.  Mais les hommes ont toujours eu un pouvoir symboliste, qui peu à peu a pris le dessus et l'équilibre a été rompu. Aujourd'hui le système patriarcal est parvenu à un tel degré de folie que l'on en est arrivé à des sociétés, où comme en Inde, on tue les petites filles car on considère que les femmes n'ont plus aucune valeur.
 
Que proposez-vous ?
Il ne s'agit ni de monter les hommes contre les femmes, ni l'inverse, il faut simplement que les femmes prennent la moitié du pouvoir qui leur revient afin de retrouver cet équilibre. La force de vie des femmes doit être contrebalancée par celle des hommes, cela doit devenir naturel et évident pour tout le monde. Le renouveau écologique qu'est ce que c'est ? C'est parvenir à un équilibre général.


Solutions locales pour un desordre global de Coline Serreau
 
L'équilibre général c'est le but ultime de tout homme, pourquoi ne parvient-on pas à le trouver ? 
Parce qu'on nous en empêche. Aujourd'hui par exemple l'agriculture écologique est volontairement entravée. On nous fait croire que le bio c'est cher, mais en réalité ça ne coûte presque rien puisque ça pousse tout seul. En revanche, les engrais et les pesticides ça coûte des fortunes mais ça fait tourner l'économie alors on ferme les yeux. Le PIB n'est actuellement fondé que sur des valeurs monétaires. L'air pur ce n'est pas dans le PIB, l'eau propre non plus. Le calcul de la richesse est complètement « taré ». Il faut remettre toutes les valeurs à l'endroit pour enfin parvenir à un équilibre.  
 
Que pensez- vous des initiatives du type une heure pour la planète, ou de la semaine du développement durable ?
C'est une mascarade totale. Les pouvoirs publics sentent que les gens en ont marre du système d'exploitation actuel alors on donne l'illusion de faire quelques chose. Les solutions ne viendront jamais des pouvoirs publics car nos solutions à nous les appauvriront considérablement.
 
Tous ces petits gestes ont quand même un impact, vous ne pouvez pas le nier... 
Changer les ampoules c'est pas mal, trier ses poubelles c'est bien aussi mais si on continue à empoisonner la terre comme on le fait actuellement ça ne sert à rien.
 
Qu'est ce, qui selon vous, est utile et faisable immédiatement ?  
Depuis que je suis en promo pour le film je découvre plein de gens qui se regroupent pour agir ensemble, c'est génial. A Strasbourg j'ai rencontré des agriculteurs qui ont décidé de faire un conservatoire de toutes les semences locales. Ils ont raison, ils agissent à leur niveau. Personne ne peut les empêcher de faire çà.
 
On entend souvent dire que l'écologie est une affaire de jeunes. Or votre film met en valeur les personnes âgées. Pour quelles raisons ?  
On a rompu le lien qui existait entre les jeunes et les vieux. Les nouvelles générations ne peuvent pas s'en sortir seule. On a encensé les jeunes en leur disant que tout reposait sur eux. On leur met une pression énorme pour au final les exploiter sans même être capable de leur donner un vrai boulot. En théorie on dit aux jeunes qu'ils sont des rois, mais dans la vie on les traite comme des esclaves. Ce qui est important c'est que les jeunes ont un désir d'apprendre auprès des plus anciens. Ils ont besoin d'être épaulés. Et la bonne nouvelle c'est que les vieux ne sont pas morts  et qu'on va pouvoir recréer tous ces liens et apprendre à aller mieux tous ensemble.
 
Qu'espérez-vous de votre film ? Qu'il réveille les consciences ?  
Mon film n'a pas fait et ne fera pas naître de mouvement. Il n'est qu'un parmi les autres. Solutions locales... est juste une étincelle mais les envies  de changement étaient là avant et elles perdureront bien après le film. Je n'y suis pour rien.
 
Beaucoup de personnes se demandent ce qu'on peut faire pour aider la planète ? Avez-vous des conseils ?  
Je n'ai aucun conseil à donner. La seule chose que je peux dire c'est qu'avant d'aider la planète, il faut s'aider soi. La générosité envers les autres c'est bien, mais il faut avant tout être généreux envers soi- même. Les AMAP (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, ndlr) sont une des réponses, pas la seule.
Il faut avant tout chercher à se faire du bien, se dire au lieu de manger des trucs pourris, si je décidais de faire du bien à mon corps. Tout part de là. Après, les solutions viendront, forcément. 


 
Propos recueillis par Magali MENIN


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