Par Kevin Dutot - publié le 17 avril 2008 à 16h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h18 - 0 commentaire(s)
Cette semaine sort dans nos salles une bien belle aventure cinématographique pour adolescents et grands enfants avec tout ce qu’il faut d’éléments pour fournir un divertissement de grande envergure aux aspects onirique et magique... Réalisé par Mark Waters et ayant pour tête d’affiche le jeune Freddie Highmore (décidément très demandé) ainsi que Sarah Bolger et Mary Louise Parker (Miss Weeds !), ce long-métrage fantasmagorique est l’adaptation sur grand écran d’une série d’ouvrages destinés aux plus jeunes et publiés depuis 2003 : Spiderwick ! Ecrits par Tony Diterlizzi et Holly Black, Les Chroniques de Spiderwick raconte les mésaventures des enfants Grace, deux jumeaux et une soeur, qui emménagent dans le manoir d’une vieille tante désormais placée dans une maison de retraite. Decryptage d’un univers imaginaire qui observe le monde de l’enfance avec les yeux de l’innocence...


Entre mai 2003 et septembre 2004, cinq tomes de Spiderwick paraissent aux Etats-Unis. A l’instar des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, les ouvrages rencontrent un succès phénoménal et se vendent par centaines de milliers d’exemplaires à travers le monde. Très rapidement, l’univers Spiderwick s’empare des cinq continents et devient un phénomène de société dans les copurs d’école. Véritable concurrent à Harry Potter, cet ensemble de livres est donc logiquement très vite racheté par la Paramount qui, en accord avec Nickelodeon Movies, se chargera de l’adaptation cinématographique. Afin de respecter l’univers à la fois sombre et onirique de Spiderwick, les producteurs ont eu la bonne idée de rendre hommage à l’aspect énigmatique du récit, s’inscrivant dans une temporalité inconnue et un espace anonyme. Spiderwick est une entité complète, un ensemble d’ouvrages conçus pour créer un mythe autour d’une maison, d’une famille et des bois qui l’entourent. En concentrant son action sur trois personnages (Simon, Mallory et Grace), les livres privilégient une approche simple du conte et préfèrent développer une morale humaine et fascinante sur le passage à l’âge adulte. Car au-delà du bestiaire imaginé pour l’occasion, Les chroniques de Spiderwick est avant tout une réfléxion accessible sur la séparation familiale, l’absence de repères et la prise de responsabilité. Et de cette introduction quasi philosophique découle alors un pays chimérique à la fois défouloir pour jeunes esprits rebelles et lieu d’exorcisme pour vieux démons...


La force des ouvrages réside en effet dans leurs capacités à ne pas développer inutilement un monde incroyable où chaque élément viendrait détrôner en beauté et splendeur l’élément précédent. Rien de gratuit ici, tout est dans l’exploration de l’enfance, de l’innocence perdue à travers le jeu, le danger et la prise de risque. A la manière d’une course au trésor maléfique où les obstacles deviendraient à chaque fois une nouvelle prise de conscience pour l’enfant, Les chroniques de Spiderwick constitue un excellent exutoire pour adolescents et esprits révoltés de jeune âge. Ainsi, en cinq tomes, nous rencontrons différents gnômes, fées, trolls, goblins représentants toutes les peurs mais également les rêves de notre enfance.


Petit à petit, l’histoire de Spiderwick se constitue autour d’un seul et unique livre de référence : Le Guide Arthur Spiderwick du monde merveilleux qui vous entoure. Rédigé par un grand oncle persuadé qu’un monde incroyable peuple les forêts aux alentours, ce recueil est avant tout, et son titre l’indique, le déclencheur d’une vision plus large et témoigne de la volonté des auteurs de Spiderwick à pousser le lecteur à ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure. Tel un guide de survie dans le monde réel à travers des créations de l’esprit plus fantastiques, cet ouvrage constitue une sorte de bible dans laquelle il est important de puiser conseils et références. Néanmoins, loin de toute morale chrétienne ou lourdingue, le livre évoque l'absence de repères et la création de nouveaux mais également la distance prise par rapport à un modèle imposé. Ici, le modèle parental. Détruisant de toutes pièces la figure paternelle, maltraitée et absente, ainsi que la figure maternelle, ignorante et bornée, il est étonnant de voir que ces livres pour enfants puisent leur force dans le refus de l’autorité. Et de manière assez intelligente, le film file la symbolique et exploite avec assez de panache cette dimension assez étonnante pour une oeuvre calibrée « famille ».


Dans le film, Freddie Highmore interprète avec justesse les rôles des jumeaux et est donc accompagné de sa soeur pour mettre un terme au terrible rêgne de l'ogre Mulgarath qui terrrorise la forêt. Ce dernier, qui prend une forme différente à chaque apparition, est une projection de plusieurs peurs enfantines et symbolise intelligemment l'absence d'un père irresponsable et concrétise la lutte du bien contre le mal à l'âge de l'adolescence. Car Spiderwick, le film, ne brasse pas que de l'air et se permet un discours modeste mais habile sur les déchirures familiales et le passage à l'âge adulte. Mais ce de manière moins complexe que dans les livres. A l'instar de la Vue qui permet de voir les créatures maléfiques qui nous entourent et que l'on pourrait apparenter à la perte de l'innocence, les éléments fantastiques du film servent constamment un propos, une réflexion étonnante sur l'enfance mais perdent légerement au change entre le livre et le film.


Cependant, si l’on peut remarquer une légère différence dans le traitement des éléments dramatiques entre le long-métrage et les ouvrages, les grands thèmes explorés restent les mêmes et Mark Waters, aidé de ses scénaristes, a eu la bonne idée de ne pas dénaturer le propos. Le tout, à première vue, reste d’une simplicité exemplaire et d’une fluidité impeccable mais lorsque l’on se penche un peu plus sur le fond, on découvre alors que cet univers entier semble être une pure création d’un esprit tordu et très inventif. Les Chroniques de Spiderwick, au final, semble se rapprocher des oeuvres les plus fantasmagoriques que l’on a pu connaître dans l’univers littéraire (Alice au pays des merveilles pour ne citer que lui...) et peut donc s’apparenter à ses oeuvres ambigues teintées d’allusions étranges et singulières à une vision de la vie décalée. L’imaginaire au service de l’enfance la plus débridée, le cinéma et la littérature nous ont rarement offert des récits aussi beaux lorsqu’il s’agissait de ces deux données confontées, complémentaires et extraordinairement romanesques...
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