Splice de Vincenzo Natali sort ce mercredi sur les écrans. Un film qui a demandé un long développement et où les effets spéciaux jouent pour beaucoup dans sa réussite.

Par Julien DUPUY - publié le 30 juin 2010 à 00h01
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Durant les presque dix années de développement nécessaires à la naissance de Splice, le film de Vincenzo Natali, une large partie fut logiquement consacrée au personnage central du film : Dren, aberration génétique que l'on suit de sa naissance, à sa maturité. Dès le départ, Natali a des idées claires quant au look du personnage : son monstre devra rester très proche de l'humain, afin de préserver une proximité avec les spectateurs apte à susciter une sensation de malaise. C'est en partant de ce principe, et armé d'une énorme librairie de références, qu'il conçoit plusieurs concepts. À ce stade, l'artiste peintre newyorkais Dan Ouelette est l'homme fort de ce processus, via sa compagnie Neurotica Divine. Malheureusement, même si son apport sera prépondérant dans le look de Dren, son crédit au générique ne sera pas à la hauteur de son investissement, a priori pour de sombres raisons de contrats et de rémunération.

 

Artwork du film Splice de Vincenzo Natali

L'autre homme fort de cette création, c'est Bob Munroe. Superviseur canadien des effets spéciaux, Munroe a contribué à fonder C.O.R.E, société méconnue du grand public, mais qui se fit remarquer par tous les professionnels avec les magnifiques insectes numériques de Mimic de Guillermo Del Toro. Si Munroe retrouvera par la suite Del Toro sur Blade 2, il noue surtout une relation professionnelle toute particulière avec Vincenzo Natali, en créant pour très peu d'argent les effets numériques de Cube, mais aussi en supervisant les effets spéciaux de ses deux films suivants, et en dirigeant la seconde équipe de Nothing.


Munroe a pourtant beau être à bord dès les prémices de Splice, Natali espère pouvoir réaliser la majeure partie de ses effets spéciaux à l'aide de maquillages prosthétiques et de marionnettes, qui seront « customisées » numériquement en postproduction. Les très contraignantes restrictions budgétaires du film (qui aura été tourné en moins de quarante jours, pour 20 millions d'euros de budget principalement absorbés dans les FX), poussent l'équipe à embaucher KNB, avec Howard Berger comme superviseur. Mais comme souvent avec cette société connue pour casser les prix au détriment de la qualité, les travaux réalisés sont jugés de trop piètre qualité pour figurer dans le montage final. C'est le cas notamment des gastéropodes phalliques Ginger et Fred, qui seront presque systématiquement remplacés par des images de synthèse réalisées par la compagnie française Mac Guff, sous l'égide de l'un des fidèles collaborateurs de Jan Kounen, Rodolphe Chabrier. Ce dernier aura d'ailleurs maille à partir avec la lumière très sombre et contrastée du chef opérateur Tetsuo Nagata (qui vient d'être sélectionné par Variety comme l'un des dix directeurs de la photographie à suivre). Car, cofinancé par Gaumont, Splice sollicite les talents des compagnies tricolores. Ainsi, Buf conçoit tous les plans de Dren nourrisson, tandis que la jeune société Chez Eddy se charge du long et complexe générique d'ouverture, faisant ainsi ses premiers pas dans le domaine du long métrage (Chez Eddy s'est depuis chargé des séquences animées de MicMac à Tire-Larigots).

 

Maquette du personnage de Dren dans la film Splice de Vincenzo Natali

Mais la part du lion des effets spéciaux concerne bien entendu les deux âges suivants de Dren : lorsque la créature est une fillette, puis une jeune adulte. Dans les deux cas, c'est C.O.R.E. qui se charge du CGI : enfant, le corps de Dren est constitué à 50 % d'effets numériques, adulte de 30 % seulement. Lors de ce dernier état, le personnage est interprétée par l'actrice française Delphine Chanèac : sur le plateau, elle porte un très léger maquillage, des lentilles sclérales lui recouvrant la totalité de la pupille (lentilles qui seront modifiées en post-production), des bas bleus et son annulaire et son auriculaire sont scotchés ensemble. L'actrice travaille également ses mouvements avec le chef cascadeur Plato Fountidakis (chorégraphe des combats sur Max Payne), se déplaçant notamment à l'aide de câbles pour accentuer l'étrangeté du personnage : Dren peut ainsi se percher comme un oiseau sur une corniche ou effectuer des sauts énormes.

 

Maquette du personnage de Dren dans la film Splice de Vincenzo Natali

 

En postproduction, C.O.R.E élargit la tête de Delphine Chanéac et ses yeux, se basant notamment sur les photos du mannequin australien Gemma Ward, dont le visage très atypique est devenu l'emblème du mouvement « baby doll ». Les doigts scotchés de la comédienne sont effacés, la queue est entièrement créée et animée via des images de synthèse, et sur tous les plans en pied, les jambes du personnage sont virtuelles. « Tout ce que Delphine ou la petite Abigail faisaient à l'écran, représentait une contrainte pour nos effets numériques, explique Bob Munroe. Lorsque leurs deux jambes s'entrechoquent par exemple, ou quand elles déplacent la robe, nous devions caler nos jambes virtuelles en fonction de ces mouvements. Mais les deux comédiennes n'avaient, bien entendu, qu'une seule articulation au niveau du genou, alors que Dren en a deux. Il a fallu par conséquent résoudre de vrais casse-têtes, tels que : comment sont les jambes de Dren lorsqu'elle se tient immobile, debout. Et comment sont-elles quand elle s'assoit ? »

 

Splice de Vincenzo Natali

 

Autre apport du numérique, bien plus subtil mais probablement encore plus passionnant : les talents du personnel de C.O.R.E va permettre à Vicenzo Natali d'assurer la continuité entre les deux comédiennes interprétant Dren. En effet, après le tournage des séquences de Dren fillette interprétée par Abigail Chu, Delphine Chanéac est invitée à une cession de capture de mouvements faciaux à Image Metrics, l'une des sociétés les plus au point dans ce domaine (il suffit de voir leur « Emily Project » pour s'en convaincre). En se basant sur le jeu de la fillette, Delphine Chanéac va réinterpréter toutes ces scènes, et la moitié supérieure de son visage sera ensuite intégré30e au faciès du monstre enfant.


Salué un peu partout dans le monde, le très beau travail de C.O.R.E. sur Splice est pourtant suivi d'un épilogue bien triste : la société canadienne, qui comptait 150 employés permanents, a en effet fermé ses portes à la fin de l'hiver dernier. Les temps sont durs pour les magiciens...


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