Steve Carell apparaît comme l'un des acteurs régnant en maître sur la " Nouvelle Vague Désopilante Américaine ". Retour sur une carrière essentiellement placée sous le signe du rire.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 13 mai 2010 à 00h01 ,
MAJ le 16 juin 2010 à 12h45 - 0 commentaire(s)

Steve Carell fait partie de ces acteurs et humoristes américains peu connus sur le territoire français. Qu'il se rassure, il est loin d'être le seul. Will Ferrell, Steve Martin, Tim Allen, Adam Sandler et Mike Myers en sont quelques exemples parmi les plus prestigieux. D'ailleurs, les critiques ne manquent pas de saluer certaines de leur prestations lorsqu'ils le méritent. De plus, la promotion accompagnant leur nouveau métrage ne nous épargne généralement guère. Ainsi, qui n'a jamais entendu parler de Tonnerre sous les Tropiques ? Les spectateurs l'ignorèrent pourtant. 500 000 entrées en France. On est loin des 100 millions de dollars récolté au box-office Américain.
Comment l'expliquer ? Les raisons sont multiples. La méconnaissance d'une culture. L'abondance de sorties chaque semaine en salles. Un public encore frileux. Les plus jeunes économisant pour des oeuvres essentiellement grands spectacles... Ceci étant, rien n'arrête Hollywood. La comédie demeure extrêmement rentable. Et si les mangeurs de grenouilles font encore la fine bouche envers ce genre de spectacles, le reste du Monde, lui, est en demande permanente. A ce sujet, Steve Carell apparaît même comme l'un des acteurs régnant en maître sur la « Nouvelle Vague Désopilante Américaine », son nom ayant une résonnance dans de très nombreux pays. 

Cette semaine, à l'occasion de son nouveau film, Crazy Night, retour sur une carrière principalement placée sous le signe du rire et de la déconne.

 

Crazy Night de Shawn Levy
 
Evan, un rôle à succès... Mais aussi à bide !

Après avoir été facteur, Steve Carell rejoint, au milieu des années 80, une troupe de théâtre spécialisée dans l'improvisation, la Second City. Il apprend alors les bases de son futur métier, tout en rencontrant la femme de sa vie, la comédienne Nancy Walls. Petit à petit, il obtient quelques rôles dans des séries télévisées (The Dana Carvey Show, Over The Top) avant de se faire remarquer lors d'émissions hautement prestigieuses, The Daily Show et The Saturday Night Live. Quant à son premier rôle cinématographique, il le doit au metteur en scène John Hughes, qui l'engage en 1991 sur le tournage de La P'tite Arnaqueuse.

Mais dès lors, les propositions ne se bousculent pas davantage. Steve Carell doit ainsi attendre l'année 2003 pour que public et critiques lui prêtent enfin attention. En effet, et à la surprise générale, Bruce Tout-Puissant le révèle définitivement aux yeux d'une majorité. Alors que Jim Carrey, héros principal du film, était censé obtenir tous les suffrages, Steve Carell, apparaissant sous les traits d'Evan Baxter, son rival, qui plus est secondaire au coeur-même de l'intrigue, se démarque littéralement grâce à deux/trois scènes on ne peut plus cocasses et une série de mimiques aujourd'hui culte. A l'arrivée, ce long métrage remporte un immense succès international (plus de 200 millions de dollars au seul box-office américain). Une suite fut donc très vite envisagée. Et à l'instar de Peter Sellers dans La Panthère Rose, Steve Carell se voit désormais attribuer le premier rôle, dans un nouvel opus catalogué comme étant la comédie la plus chère de tous les temps (140 millions de dollas). Hélas, malgré d'innombrables qualités dont une réelle performance de l'acteur, Evan Tout-Puissant se plante lamentablement, boudé de façon quasi générale (on estime la perte à 76 millions de dollars). Un échec particulièrement mystérieux, surtout aux Etats-Unis où Steve Carell triomphe de plus en plus. On est en 2007. Retour quelques années auparavant...
 
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L'ascension fulgurante d'un jeune comique

Tout d'abord, en 2005, il y a bien sûr la série The Office, dans laquelle il joue le personnage de Michael Scott, un patron méjugé par ses employés. La critique l'encense immédiatement, et le public suit très vite. En outre, le comédien se diversifie. La même année, il se laisse diriger par l'immense Woody Allen (Melinda et Melinda), puis il accepte de participer à l'adaptation d'une série télévisée, Ma Sorcière Bien-Aimée, avant de se lier d'amitié avec la « famille cinématographique » de Judd Apatow. Pour le meilleur. Ce dernier est en effet le producteur de Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy. Dans ce film, Steve Carell interprête Brick Tamland, aux côtés de Will Ferrell, Christina Applegate et Paul Rudd. Une fois de plus, ce n'est pas un grand succès (immérité au possible), notamment en France, mais Steve Carell possède maintenant un nom. Son importance est de taille, à tel point qu'il multiplie les activités. 40 ans, toujours puceau, réalisé par ce même Judd Apatow, toujours en 2005, lui donne enfin l'occasion d'accéder au rôle-titre. Et pour cause : il en est le coscénariste et le producteur exécutif. On a beau dire, ça aide. Steve Carell ne se prive donc pas et se réserve un personnage hors du commun, celui d'Andy Stitzer, 40 ans, et comme l'indique si bien le titre, toujours puceau. Jusqu'au jour où ses amis décident de l'aider, qu'il le veuille ou non. On peut reprocher au titre une lourdeur appuyée qui finalement ne sied vraiment pas au film. Drôle, certes, mais moins bête qu'il n'y paraît. Un an plus tard, c'est la consécration. Steve Carell brouille les pistes. A l'instar de son comparse Jim Carrey, l'acteur, ne désirant pas s'enfermer dans un seul et même genre, se lance dans une aventure plus mélodramatique qu'à l'accoutumé. Little Miss Sunshine lui offre ainsi son meilleur rôle, éblouissant, celui de Franck, universitaire aux tendances suicidaires. Un vrai succès, aussi inattendu que justifié.

Quelques doublages plus tard (Nos voisins les Hommes, Horton, sans oublier Moi, moche et méchant, bientôt sur nos écrans), Steve Carell s'en retourne vers la comédie pure et dure. Malheureusement, ses choix se montrent essentiellement « commerciaux », et donc, dénués de toute saveur. Comme bon nombre d'humoristes, l'acteur se doit d'avoir un « double » qui, dans l'ombre, puisse lui apporter la matière nécessaire dans l'élaboration de son génie. Tom Shadyac fut, à ses débuts, celui de Jim Carrey. Pour Steve Carell, il s'agit, à l'heure actuelle, de Judd Apatow. Sans lui, la qualité est moindre. Preuve en est avec cette adaptation de Max la menace par le mollasson Peter Segal (Y a-t'il un flic pour sauver Hollywood ?, La Famille Foldingue, Amour et amnésie...). L'acteur fait son possible pour donner un tant soit peu d'intéret à cette énième parodie d'espionnage, mais le coeur n'y est vraiment pas. L'âme de la série a totalement disparu et l'on assiste, impassible, au spectacle. Crazy Night permet aujourd'hui à Steve Carell de remonter la pente. Face à Tina Fey, il redouble d'énergie et devrait combler la plupart de ses inconditionnels. De quoi leur donner confiance quant à la sortie très prochaine (le 18 Août) de Dinner for Schmucks, le remake du célèbre Dîner de cons. Exit Jacques Villeret et Thierry Lhermitte. Place désormais à Steve Carell et Paul Rudd. Un duo prometteur...¨Par la suite, Carell ne manque pas de projets. Il n'a donc pas fini de nous surprendre, et au train où vont les choses, il deviendra sans nul doute une référence au sein de la comédie américaine, au même titre que Ben Stiller ou Jim Carrey. Allez, encore quelques marches à gravir, Steve...
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