Par - publié le 09 janvier 2006 à 06h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h44 - 5 commentaire(s)
Avec La secrétaire, Maggie Gyllenhaal a eu le rôle de sa vie, un peu comme son frère Jake dans Donnie Darko. Aujourd’hui, Steven Shainberg, le réalisateur de ce film culte SM, a quasiment terminé son second long-métrage baptisé Fur. Avec ou sans Maggie ?



Steven Shainberg, fringant cinéaste qui aime à explorer tel un disciple de Todd Haynes les zones psy de femmes fâchées avec l’existence, s’est fait remarqué avec La Secrétaire, un premier long-métrage azimuté et intrigant qui faisait partie de cette catégorie d’œuvres trop rares qui démarraient normalement, bifurquaient dans des directions incontrôlées et dérapaient progressivement hors de nos conventions filmiques. Ce qui ne pouvait être que très réjouissant.



Souvenons-nous ensemble : en quelques bobines, La Secrétaire raconte les relations SM entre Lee et Peter, deux personnages barges et pourtant différents, qui ne prennent leur pied qu’en se faisant du mal. Certes, on ne compte plus les films où l’on aime se blesser pour montrer qu’on est amoureux. Ici, le contexte est différent puisqu’au départ, le film démarre comme une amusante satire du monde du travail (on pense par intermittences à la drôlerie de Choses Secrètes de Jean-Claude Brisseau et Stupeurs et Tremblements d’Alain Corneau) et aborde en profondeur des sujets brûlants (le joug et le stress de la famille, la folie) mis en valeur par des idées formelles débridées qui séduisent l’œil et l’esprit. Mais, au moment où ils s’y attendaient le moins, nos deux amis découvrent quelque chose qui va bouleverser leur train-train quotidien : les joies de la fessée. Ils sont tellement contents qu’ils en redemandent. Et leur plaisir devient le nôtre…


Le film semble trouver son rythme lorsqu’il met en scène cet épisode de la fessée où la jeune femme, à la fois déconcertée et excitée, découvre enfin ce qui la fait jouir intérieurement. En donnant des claques sur les fesses et/ou en aimant les recevoir, nos deux protagonistes, jusque-là en proie à des pulsions inavouables (à l’instar de Lee qui aime beaucoup triturer sa peau), vont ressentir des choses fortes qu’ils n’avaient jamais vécues auparavant. Cela devient un rituel plutôt drôle, mais M. Grey, délicieusement ambigu et énigmatique, continue de se prendre au jeu jusqu’à ce qu’il soit agacé par l’attitude de sa jolie secrétaire, qui semble en demander trop. C’est à partir de cet instant que paradoxalement le film gagne en intensité. Alors que multiplier les séquences trash de sadomasochisme physique aurait fini par être lassant, le film devient de plus en plus étrange lorsqu’il se met à fureter dans les sentiers peu fréquentés du sadomasochisme moral. L’humour, de moins en moins présent et de plus en plus dérangeant, tente de faire passer la pilule, mais cette descente aux enfers, où deux êtres sont condamnés à ne s’aimer que par une souffrance réciproque, prend une dimension tragique agréablement surprenante.



Ainsi, Mr Grey arrête de faire plaisir à Lee en simulant l’indifférence. Tout ça pour mieux la faire souffrir et pour que cette dernière lui prouve en retour la pureté de ses sentiments. Lorsqu’il se rend compte finalement qu’elle est réellement attachée à lui (en restant des nuits sur sa chaise avec une robe de mariée), il lui lave le corps, et cet instant de tendresse charnelle qui compense la brutalité et la rudesse des rapports initiaux atteint un degré de sensualité extrême. James Spader et Maggie Gyllenhaal traduisent avec une infinie sobriété le tohu-bohu intérieur de nos amants sadomaso. Lui, en patron cynique et complexe ; elle, en jeune femme soumise et heureuse. Cette histoire d’amour où l’érotisme le plus torride le dispute au romantisme le plus trash génère un délicieux maelström d’émotions : c’est à la fois drôle, provocateur, sulfureux, bouleversant et démesuré. En un mot, c’est magnifique.



Y a-t-il une vie après La secrétaire ?

Oui, il y a une vie après La secrétaire. Et ce ne sera pas le prochain film que Jake et Maggie Gyllenhaal fantasment de faire ensemble (lire l'interview de Jake Gyllenhaal sur le site). La preuve, ce sera Fur, une biographie de la photographe Diane Arbus, dont le premier rôle éponyme sera endossé par la divine Nicole Kidman (à l’origine, ce devait être Samantha Morton) qui, en sus du remake de L’invasion des profanateurs de sépultures de Oliver Hirschbiegel (La chute), continue d'affirmer sa volonté de travailler avec des cinéastes indépendants et doués. Pour info supplémentaire, Diane Arbus était connue pour ses photos dérangeantes et étranges et mit fin à ses jours en 1971. Après son suicide, elle devint la première femme photographe dont le travail fut exposé à la Biennale de Venise. Cela renforce la prédilection du cinéaste pour les personnages féminins en proie à la terrible impossibilité de se mouler dans le conformisme. Au casting, on retrouvera également Robert Downey Jr. (dont le come-back jouissif dans l'excellent Kiss Kiss Bang Bang n'a échappé à personne), et Ty Burrell (L’armée des morts). Le tournage est fini et le film, actuellement en post-production, est annoncé pour octobre prochain aux States. Peut-être que le film sera achevé à temps pour être présenté au prochain festival de Cannes. On croise les doigts.


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