Sweeney Todd, un barbier injustement envoyé en prison dont la vie de famille a été détruite, jure de se venger à sa sortie. De retour en ville pour rouvrir sa boutique, il devient le "Demon Barber of Fleet Street" qui "rase la gorge des gentilshommes dont on n'en entend plus parler après".VINCENT MARTINI : 8/10
Nous venons tout juste de voir
Sweeney Todd de Tim Burton et n'y allons pas par quatre chemins, c'est une surprise inattendue pour l'auteur de ces lignes. Après
Big Fish et
Charlie et la Chocolaterie, je croyais l'auteur Burton enfoui dans la guimauverie dégoulinante et la "normalité" sclérosante (malgré un
Corpse Bride intéressant). Que nenni ! Avec le Barbier de Fleet Street, le réalisateur retrouve ses meilleures inspirations, celles que l'on croyait disparues à jamais.
La mise en image nous recréé un Londres sale et enivrant, aux couleurs désaturées (nous rappelant
Sleepy Hollow), où la crasse s'invite à chaque coin de rue. Il n'y a pas de place pour la mièvrerie burtonienne détestable post-2000, la seule véritable note d'espoir prenant les traits d'un jeune marin juvénile en quête du grand amour. De l'autre côté, l'oeuvre est portée par un Johnny Depp au diapason dans ce rôle de barbier vengeur, passionné et romantique en diable. A ses côtés, Helena Bonham Carter habite un personnage tout en nuances, idéale Lady Gothic ambivalente dans l'univers de Burton, elle incarne une femme secrètement amoureuse de Benjamin et prête à tout pour obtenir ses attentions.
Le film prend la forme d'une comédie musicale saignante, et les prestations vocales des acteurs principaux sont remarquables et diablement justes. Comme je le signalais déjà, nous n'avons pas vu Burton ainsi depuis ...
Sleepy Hollow ? L'histoire n'est pas en reste et réserve de jolis rebondissements qui nous rappellent ô combien Mr Burton est un amoureux fou d'univers forts, des personnages "différents" et de cinéma.
Tim Burton trouve ici une bien belle oeuvre lui permettant de combiner tragédie folle et amour jusqu'au-boutiste dans un somptueux opéra gothique respirant le sang et la fureur. Rendez-vous fin janvier dans les salles pour ce sombre voyage dans les rues de Fleet Street.
ROMAIN LE VERN: 8/10
On comprend mieux – après l’avoir visionné – pourquoi
Sweeney Todd, le nouveau film de Tim Burton, adaptation d’une comédie musicale de Broadway, ne sort pas pendant les fêtes de Noel. Tel quel, c’est l’antithèse d’un conte de fées – on pourrait presque dire l’antithèse de
Charlie et la chocolaterie s’il n’y avait pas eu ce degré de perversité latente – avec des personnages discutables, des codes dadais qui passent à la moulinette gore, des parenthèses musicales parodiques et une «unhappy end» de rigueur. Il faut se réjouir d’une telle prise de risque dans le cinéma de Burton qui commençait – du moins, à mon sens – à emprunter un chemin plus confortable et moins séduisant. Burton & Depp fonctionnent de concert comme Tod Browning et Lon Chaney en leur temps en proposant à chaque variation fantastique une capacité à puiser de nouveaux registres. Ils sont en constante évolution et continuent de surprendre. Le personnage de Benjamin Barker renvoie par la présence de Depp à
Edward aux mains d’argent (le rasoir au bout des doigts) et
From Hell (l’univers ténébreux de Jack l’éventreur) en troquant le caractère farfelu du personnage qu’il incarnait dans
Sleepy Hollow pour celui du vengeur déterminé.
Mais la vraie bonne surprise de ce
Oldboy gothique vient de Burton cinéaste que l’on prenait depuis quelques temps pour un papa gaga assagi et qui après le remake bordélique de
La planète des singes, l’introspection mélancolique de
Big Fish, le cacao numérique de
Charlie et la chocolaterie et l’animation chic des
Noces funèbres, revient de manière radicale à ses premières amours. A cette puissance dark et freak qui l’animait à ses débuts. Ainsi, sous l’apparente simplicité des dialogues et des situations, ce conte amoral sur l’amour fou ne joue pas avec les affects de ses personnages (vengeance secrète qui bousille la raison, égoïsme destructeur, ce genre) et rivalise d’idées plutôt folles (on en parlera plus longuement dans la critique). Comme rien n’est parfait, l’ensemble est un tantinet plombé par deux trois longueurs et un léger manque de densité dramatique (la disparition de Sacha Baron Cohen contrarie le rythme). Mais à aucun moment ça ne manque d’émotion ou d’occasion de s’émerveiller. La preuve: le final – qu’il serait coupable de révéler – est un sommet de beauté désespérée. Après avoir rendu les morts plus marrants que les vivants dans
Les noces funèbres, Burton orchestre une farce tragique et grotesque de haute tenue. Peut-être même son film le plus désenchanté depuis
Edward aux mains d’argent. Dans son genre, loin (très loin) d’être un événement mineur.