Si on vous cite Karine Vanasse, ce nom ne vous dira certainement pas grand-chose sauf si vous vivait au Québec. Car Karine Vanasse n'est pas une inconnue pour nos amis de l'autre côté de l'Atlantique, c'est même la star du moment. Touche à tout de talent, elle risque fort de se faire une solide réputation en France avec son premier film dans notre pays Switch de Frédéric Schoendoerffer. Elle incarne, sous la plus de Jean-Christophe Grangé, une jeune femme qui rêve de vacances à Paris et qui trouve la solution miracle dans un échange d'appartement. Mais le rêve va rapidement tourné au cauchemar... Nous sommes partis à la rencontre de Karine Vanasse pour en savoir plus sur elle.
Excessif : 27 ans, une grande carrière déjà au Québec, mais on ne vous connaît pas en France, Karine Vanasse. Qui êtes-vous ?
Karine Vanasse : C'est une position assez confortable de ne pas être connue. Il n'y a pas d'attente, donc pas de déception... En fait j'ai commencé à l'âge de 12 ans au Québec, principalement dans des films, j'ai fait un peu de télé mais surtout du cinéma. A 20 ans, j'ai coproduit un long métrage qui s'appelle Polytechnique sur lequel on a travaillé pendant 5 ans avec le réalisateur Denis Villeneuve, un film qui est allé à Cannes. J'ai réservé toutes ses années à ce film et je n'ai donc pas eu le temps de me consacrer à d'autres marchés à l'époque. Quand le film est sorti, j'avais un peu l'impression qu'il était trop tard pour tenter ma chance aux Etats-Unis ou en France.
Il y avait une envie de venir travailler en France
Oui car c'est intéressant de voir comment on va nous percevoir quand on n'est pas connu et de voir les propositions. Dans le cas de Switch, on ne m'avait jamais proposé ça, et je pense qu'au Québec on n'aurait pensé à moi pour ce type de film. Le cinéma français, pour tout ce que ça représente aussi, m'attirait, pour le souci des personnages et des dialogues vraiment bien travaillés. Au Québec, on a aussi un cinéma qui nous permet de souvent travailler, nous sommes chanceux. Mais pour autant, le cinéma européen est vraiment intéressant. C'était un rêve de venir travailler en France. Switch, je l'ai pris comme une chance.
Et une renaissance pour le coup...
Oui et un souffle qu'on trouve quand un réalisateur vous fait confiance et qu'on sait que c'est basé seulement sur notre travail. Il n'y a pas d'intérêt pour un producteur de voir mon nom sur l'affiche. Ca donne un souffle nouveau. Mon copain, qui a découvert le film récemment en même temps que moi, me disait qu'il retrouvait l'espèce d'éclat et de luminosité qu'il y avait dans mes premiers films. Probablement, le fait de ne pas avoir la pression des critiques, de décevoir les gens, je pense que tout cela m'a allégée et m'a permis de faire le film comme si c'était mon tout premier.
Un premier film en France mais aussi un premier rôle.
Je ne comprends toujours pas en fait mais j'ai arrêté de me questionner... J'ai halluciné au départ. En même temps, un premier rôle qui me permettait aussi d'explorer différents états. Mon personnage, Sophie Malaterre, que l'on découvre au début du film est une fille toute émerveillée d'être à Paris, heureuse de penser, de croire que sa vie va connaître un renouveau et qui, finalement, va vivre le cauchemar. La voir se transformer et prendre son destin en main, c'est finalement un beau défi et une belle occasion pour moi aussi de montrer un type de jeu plus large.
C'est également un rôle physique. Vous êtes menue et plutôt sportive mais comment on appréhende ce type de jeu ?
C'est rare d'offrir un rôle comme celui là à une femme, je n'avais jamais eu à jouer cela non plus. En même temps que j'arrivais ailleurs, dans une ville inconnue, je découvrais des reflexes de jeu différents. Je suis assez sportive avec une génétique qui m'aide aussi avec des parents sportifs. J'étais assez en forme au départ. On s'est entraîné avec Alain Figlarz avant le tournage pour tout ce qui est chorégraphies et cascades. C'est bien aussi de voir ce qui ressort dans le jeu avec l'essoufflement et la fatigue physique. Quand j'étais fatiguée, ca servait forcément le désespoir de mon personnage.

Il y a une scène particulièrement physique, celle de la poursuite dans les maisons de banlieue. C'était aussi dangereux.
On n'y pensait pas trop en fait. On était un peu naïf. Le danger vient des cascades, surtout quand on tient à les faire soi-même, et de penser que parce qu'on fait du cinéma, tout va bien aller. Mais quand on tombe, c'est pour de vrai. On est allé jusqu'au bout. En revanche, à la fin du tournage de cette séquence qui a duré trois jours, il y avait un dernier plan à faire dans lequel je devais sauter une clôture derrière laquelle se trouvaient des framboisiers dans une pente. Je sentais que mes muscles étaient fatigués mais j'ai voulu la faire moi-même. Mais je me suis cassée la gueule et c'est la cascadeuse qui a dû prendre le relais. C'est le seul petit plan que je n'ai pas fait. Faire nous même les sauts, les cascades a permis à la caméra d'être au plus près des personnages et ça sert énormément.
Dans la scène de la fonderie, qui se déroule à la fin du film, qui correspond aussi aux derniers plans tournés, on sent quelque chose qui transpire de vous, une émotion, dans cette scène assez rude.
C'était la dernière journée de tournage, l'équipe était fatiguée... J'appréhendais de tourner cette scène de peur d'en faire trop. Il faut qu'on y croit à fond après tout ce qu'on a vécu avec ce personnage. C'est vraiment à ce moment que j'ai senti à quel point l'équipe était soudée autour des acteurs... J'ai rarement eu ce support là sur mes autres tournages.
Est-ce qu'il y a une différence entre la manière de tourner entre la France etleu Québec ?
Je n'ai pas encore vraiment d'expérience pour faire une comparaison. Pour moi Switch n'est pas vraiment un film typiquement français. Il y a tellement d'influences américaines dans la façon de tourner et de travailler aussi. Ce genre de films n'est pas américain non plus, c'est le genre du film qui demande... Finalement, les équipes travaillent de la même façon, c'est le réalisateur qui impose un style de travail. J'espère avoir la chance de comparer plus tard. Mais avoir juste tourner Switch , c'est un cadeau immense.
Karine Vanasse est à l'affiche de Switch de Frédéric Schoendoerffer, dans les salles le 6 juillet 2011.

