Interview du réalisateur Frédéric Schoendoerffer à l'occasion de la sortie le 6 juillet 2011 de son film Switch.

Par - publié le 05 juillet 2011 à 19h30 ,
MAJ le 05 juillet 2011 à 19h33 - 0 commentaire(s)

Le réalisateur Frédéric Schoendoerffer  sort mercredi Switch son quatrième film pour lequel il a collaboré avec l'auteur Jean-Christophe Grangé. L'occasion pour les deux hommes de mettre en commun leurs univers et de concrétiser un désir aussi vieux que leur amitié de dix ans. Le résultat est un polar nerveux avec Eric Cantona et la révélation Karine Vanasse.Switch de Frédéric Schoendoerffer
Excessif : On passe un moment assez tendu en regardant Switch qui se déroule dans ce Paris déserté le 15 août. Racontez-nous la génèse de Switch avec Jean-Christophe Grangé ?

Frédéric Schoendoerffer : Switch c'est vraiment l'histoire d'une amitié entre Jean-Christophe et moi, cela fait onze ans qu'on se connaît. Onze ans que j'aime ses livres et qu'il aime mes films. Onze ans que nous avons envie de travailler ensemble et onze ans que ça n'arrive pas. Parfois, on a frôlé mais à chaque fois les projets n'ont pas abouti. Il y a deux ans, je venais de finir Braquo, j'ai été voir Jean-Christophe en lui disant « Ecoute, c'est quand même incroyable, on en a envie tous les deux, ça n'arrive pas, retroussons nos petites manches et faisons ça. Après tout on n'a besoin de personne ». Il avait l'air intéressé, il m'a rappelé le lendemain en me disant qu'il avait une idée, cette histoire d'appartement qui tournerait mal avec une héroïne. On a commencé à écrire le scénario en n'en parlant à personne, comme ça, si on n'y arrivait pas, personne ne serait au courant, il n'y aurait pas de déception mais on a été au bout. Switch est né d'une amitié artistique et d'une volonté de travailler ensemble. C'est arrivé à un moment où entre Jean-Christophe et ses livres et moi avec mes films, il n'y avait pas d'histoires d'égo, juste l'envie de s'associer. Cela a été extrêmement harmonieux.


Il n'y avait pas une envie, un peu facile, d'adapter un de ses livres ?

Nous avions envie de partir sur une histoire originale parce que les livres de Jean-Christophe sont foisonnants avec 600 pages, ce qui est  toujours difficile de réduire en 100 pages. On a pris le problème inverse avec uniquement 100 pages. On s'est amusé. Il y avait cette idée que si on s'associait c'était pour additionner, si tant est que nous en ayons, nos qualités et non pour les retrancher. L'écriture du scénario a duré huit mois et c'était une période de grande excitation artistique et de grande confiance. C'était très plaisant.
 

Même si on reste dans le polar et le thriller, c'est un film différent de ce que vous aviez pu proposer auparavant.


C'est bien de changer aussi. On ne peut pas indéfiniment refaire la même chose. En s'associant avec Jean-Christophe, j'amenais mon univers et lui le sien aussi. C'était aussi ça qui était excitant. Il amène son espèce de talent pour l'arche narrative et le côté palpitant que l'on retrouve dans ses romans.
 

Vous êtes parmi ceux qui aiment préparer un maximum un film avant son tournage...

C'est pour gagner du temps une fois que le tournage commence. Les cascades, les poursuites sont des choses qui se préparent, l'improvisation n'y a aucune place. Ca peut devenir dangereux d'improviser, les gens peuvent se blesser. C'est à la fois un travail minutieux mais amusant à faire, c'est comme un Lego ou un Meccano. Pour optimiser le temps de tournage, il faut arriver sur le plateau très préparé.
Switch de Frédéric Schoendoerffer

Il y a cette scène de poursuite dans les pavillons de banlieue qui impressionne. Comment l'avez-vous préparée et comment avez-vous donné ce rendu très réaliste ?

C'était la séquence la plus difficile à faire et qui a demandé une très grande préparation. Quinze jours avant le début du tournage, je suis allé sur le décor avec deux cascadeurs, un homme et une femme pour faire Eric Cantona et Karine Vanasse, le chef opérateur et nous avons tourné toute la poursuite. Nous avons fait un montage et avons visionné la séquence pour voir ce qui marchait ou pas, ce qu'il fallait muscler. Quand le moment de tourner est arrivé, j'avais déjà un brouillon. Je n'avais pas envie de faire une poursuite qui dure trente secondes. Celle là dure quatre minutes, et quatre minutes, c'est long. Je voulais vraiment que ce soit copieux, comme quand on va manger au restaurant. Ensuite c'est du travail avec l'opérateur, les cadreurs, les acteurs qui ont donné un sentiment de réalité à cette poursuite, ils ne sont jamais doublés, c'est tout le temps eux que vous voyez.
 

Vous faites un pari incroyable en choisissant pour le rôle principal Karine Vanasse, actrice québécoise inconnue en France. Cela n'a pas dû être simple de l'imposer aux producteurs ?

Ce qui a facilité les choses, c'est que cette fille a un talent fou et que j'avais Eric Cantona. Comme beaucoup, je ne la connaissais pas mais je voulais une actrice canadienne pour jouer cette héroïne canadienne. J'aurais pu choisir une comédienne française, car on sait très bien qu'au cinéma tout est faux mais j'avais vraiment envie d'ancrer l'histoire dans la réalité. Je ne connais pas le cinéma canadien et c'est un producteur qui m'a donné une liste de trois noms. J'ai ensuite été sur internet et en voyant des photos de Karine, je me suis rendu compte qu'elle correspondait exactement au personnage. En découvrant son CV, je m'aperçois que c'est une jeune femme qui travaille depuis qu'elle a treize ans qui est extrêmement talentueuse et douée. Elle donne de l'ampleur au personnage, elle rend l'histoire encore plus intéressante, beaucoup plus touchante... Il y a un sentiment de proximité avec elle, une proximité que je trouvais remarquable. Karine est une personne qui m'a beaucoup épaté. Ce n'est pas mon premier film, j'ai travaillé avec des acteurs très talentueux mais cette jeune personne m'a épaté, je suis très fier d'avoir travaillé avec elle.
 

Eric Cantona, c'était aussi une évidence pour vous ?

Ce qui est intéressant c'est que Karine comme Eric étaient les premiers choix. On n'a pas proposé les rôles à d'autres acteurs, ils ont tout de suite accepté. En ce qui concerne Eric Cantona, l'idée ne vient pas de moi. Je n'aime pas penser, par superstition à un acteur quand je suis en phase d'écriture. J'ai eu une discussion avec mon producteur qui m'a sorti trois ou quatre noms avec celui d'Eric Cantona. J'ai tout de suite tilté, je ne connaissais pas Eric personnellement, je connais la star comme tous les Français. En revanche, depuis mon premier film Scènes de crime, je suis très pote avec les gens de la Brigade criminelle que je fréquente régulièrement et je trouvais qu'il y avait quelque chose de très juste à ce qu'Eric interprète un commandant de la Crime. Je sentais qu'il y avait une espèce de communauté, tout simplement parce que ces gens là ne sont pas des Parisiens, des provinciaux parfois exilés depuis plus de vingt ans, qui parlent avec un accent, avec un côté du terroir, populaire sans aucun élément péjoratif. On l'approche, on lui file le scénario, ça l'intéresse, on se rencontre... j'ai découvert ensuite l'homme qui est un type formidable, d'une grande humilité, à douter, à travailler loyal avec une parole.

 

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