Réalisateur de l'excellente comédie dramatique Tamara Drewe, Stephen Frears revient sur son film. Interview.

Par - publié le 13 juillet 2010 à 00h11
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Il est certainement l'un des réalisateurs anglais les plus connus et respectés de la sphère cinématographique. Après The Queen et Chéri, Stephen Frears offre avec Tamara Drewe un jeu de quilles jubilatoire, mêlant vaudeville, tragédie et western avec un sens du rythme hors du commun. Interview.

 

Tamara Drewe de Stephen Frears

 

Quelle a été votre première réaction à la lecture du roman graphique de Posy Simmonds ?
Quand je l'ai découvert, c'était un scénario. En fait, j'avais l'habitude de lire son travail dans les journaux chaque semaine. J'ai trouvé le script merveilleux, c'était une très bonne idée.


Il paraît que vous avez ressenti la même chose lorsque vous avez découvert le scénario de The Snapper. Pouvez-vous décrire ce sentiment ?
C'est une grande joie. De mon point de vue, Posy Simmonds a construit son récit à la perfection. Mis à part ce sentiment,  il n'y a pas d'autres points communs entre ces deux films.
 

Visuellement parlant, quelles ont été les difficultés d'adaptation du roman graphique ?
Ce fut très facile. Posy Simmonds avait déjà réduit visuellement son histoire à sa plus pure essence. J'ai su à l'avance que ce serait très simple. J'ai trouvé son travail très inspirant. Pas besoin de faire de story-board. J'ai juste tenté de rendre l'élégance et la grâce originelles du roman graphique. Et en plus d'être brillant, c'était très économique...
 

Avez-vous rajouté de nouveaux éléments au scénario de Moira Buffini ?
Non. Nous avons seulement augmenté l'importance des deux jeunes filles de l'histoire. Elles sont toutes les deux formidables et nous avons décidé de les faire intervenir plus tôt dans Tamara Drewe. Dans le roman, une des deux jeunes filles meurt. Ce n'est pas le cas dans mon film.

 

Pourquoi leur avoir donné tant d'importance ?
Simplement parce qu'elles apportaient beaucoup de fraicheur.


Elles apportent aussi énormément en termes narratifs...
Oui, c'est vrai. Et j'adore leurs voix, leur originalité.

 

Tamara Drewe de Stephen Frears


Pouvez-vous nous parler un peu plus de cette jeunesse anglaise ?
Aujourd'hui, être une jeune fille en Angleterre n'est pas vraiment plaisant. Il n'y a pas de travail et personne ne vous prête attention. Beaucoup d'enfants ont des difficultés que je n'ai moi-même pas connues.


C'est pour cela qu'elles se réfugient dans la lecture de tabloïds...
C'est dans ces magazines qu'elles trouvent leur propre divertissement. Après, je ne sais pas à quel point cela peut être intéressant. Franchement, il n'y a pas de travail pour elles, pas de futur.


Votre discours est très pessimiste...
C'est très pessimiste en effet. Comme le monde dans lequel on vit.


Comment s'est déroulé le casting ? Saviez-vous à l'avance qui vous vouliez pour chaque rôle ?
Je connaissais Roger Allam et je voulais travailler à nouveau avec lui. Dans The Queen, il était formidable. Concernant Gemma Arterton, je crois que c'est ma femme qui m'en a parlé en premier. Puis Gemma est venue me voir. Ce fut également le cas de Tamsin Greig. J'essaye de toujours rester en contact avec les acteurs avec lesquels j'ai travaillé. Ils sont toujours dans mon cœur.


Laissez-vous la place à l'improvisation ?
Il n'y pas d'improvisation. Je suis assez vieux jeu là-dessus.


L'environnement rural joue un rôle primordial. Où avez-vous tourné ?
A l'Est de Dorset. Je voulais une terre où on trouve des vaches.

 

C'est un coin de paradis pour les personnages du film, pour leur inspiration...
Oui mais je voulais simplement des vaches ! C'est tout ce qui m'intéressait !


Après The Queen et Chéri, vous revenez avec une comédie à des années lumière de vos deux précédents films. En un sens, Tamara Drewe est-il une œuvre thérapeutique pour vous ?
(Rires) Un peu. J'étais très fatigué quand j'ai réalisé The Queen et cela m'a rendu fou. Tamara Drewe fut une libération, un véritable plaisir. Je ne sais pas pourquoi mais Dieu a rendu ce projet merveilleux. La météo a été clémente, les acteurs étaient formidables et il y avait beaucoup d'humour sur le tournage. Nous avons tout tourné en à peu près huit semaines.
 

Tamara Drewe de Stephen Frears

 

Si je vous dis que Tamara Drewe est un mélange entre un vaudeville, une tragédie et un

western...
C'est exactement ce que j'ai essayé de faire. Votre analyse est très bonne. Le film est à la fois drôle et tragique. Et il y a effectivement un petit côté western... J'aime les westerns mais je pense que ce genre est terminé. La difficulté était de mêlée ces trois éléments !

 

Entre la comédie et le drame, quel genre est le plus difficile à maitriser selon vous ?
Pour moi c'est la comédie. Il me semble que faire rire les gens à quelque chose de très ambitieux.


Plus que de les faire pleurer...
Tout à fait.


Une bonne comédie est souvent une histoire de rythme. Comment avez-vous trouvé celui de Tarama Drewe ?
Premièrement, vous devez tourner assez de rushes pour vous laisser de la liberté au montage. Vous pouvez d'ailleurs aussi bien trouver le rythme du film pendant le montage ou pendant la mise en scène. Cependant, il faut toujours se couvrir en appliquant cette première règle. En un sens, ce sont les acteurs qui imposent le rythme sur le tournage. Ils le définissent selon leur instinct.


En général, faites-vous beaucoup de prises ?
Quand la prise est bonne, je l'entends. J'ai une très bonne oreille dans ce cas là. Quand les acteurs font plaisir à mon oreille, j'arrête les prises.


Vous pourriez filmer les yeux fermés.
Oui, je pourrais.


En parlant de son, pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre travail avec Alexandre Desplat ?
Quand je lui ai parlé du projet, il m'a répondu que le film n'avait pas besoin de musique. Puis il a commencé a me parler de percussions. Il adore l'orchestre symphonique de Londres. C'est très mystérieux pour moi. Je n'y connais rien en musique mais j'ai confiance en Alexandre. Il a commencé par me faire écouter quelques pistes mais j'ai toujours du mal à avoir une véritable conversation sur ce sujet avec lui. Il a adoré le scénario et l'humour de ce dernier. Alexandre travaillait pour Roman Polanski sur The Ghost Writer. Il est de plus en plus occupé...
 

Quel a été le plus gros challenge sur Tamara Drewe ?
Il fallait garder l'esprit et la qualité du travail de Posy Simmonds. Il ne fallait pas perdre le rythme et le rendre plat. Je ne sais pas ce que je ferais sans mon oreille. Vous devez toujours garder votre œuvre au bon niveau, comme un musicien. J'ai toujours eu une bonne écoute. Je savais quel niveau il fallait pour Les Liaisons dangereuses. Si vous regardez bien un film, surtout les films américains, vous pouvez dire si le niveau est bon. Cela doit venir de mes qualités d'homme de théâtre.

 

Tamara Drewe de Stephen Frears


Tamara Drewe parle énormément des difficultés du travail d'écriture. Eprouvez-vous une sympathie particulière pour le personnage joué par Bill Camp ?
Bill est formidable mais je ne ressens pas de sympathie particulière pour son personnage. D'ailleurs, je les trouve tous ridicules. En même temps, j'admire les écrivains. Quand vous vous moquez des gens, il arrive que c'est aussi parce que vous les aimez.


Instinctivement, on pense aux thématiques de Claude Chabrol lorsqu'on voit Tamara Drewe...
Vous me dites cela à cause des gens de la petite bourgeoisie que je mets en scène, n'est-ce-pas ? Tout ce que je connais de cette bourgeoisie, c'est que j'en fais partie. Ils sont aussi ridicules que touchants, comme dans les films de Chabrol...


Il semble que vous ayez confiance en votre instinct et en celui de vos acteurs. C'est cet instinct qui fait les bons artistes ?
Je ne m'y connais pas en bons artistes... Mais il faut toujours croire son instinct. C'est lui qui vous donne le meilleur point de vue... Votre intelligence fait une bonne partie du travail mais à la fin, votre instinct est toujours le plus important. Quand tout se passe bien sur un tournage, vous êtes comme en état de grâce. Regardez L'Atalante (Jean Vigo, 1934, ndlr) : lorsque la cérémonie du mariage revient sur la bateau, tous les plans atteignent cette grâce. Pour Tamara Drewe, j'ai eu ce sentiment dès la lecture du script. Quoique vous fassiez, vous savez que vous allez le réussir. J'avais déjà ressenti cela durant Les Liaisons dangereuses. D'autres fois, cela ne marche pas...

 

Propos recueillis et traduits par Nicolas Schiavi


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