Ceux qui n'avaient pas été convaincus par le résultat pouvaient l'être davantage par
, inspiré du roman d'Hubert Selby Jr., descente aux enfers convulsive et émotionnellement insoutenable qui racontait des histoires de dépendance de quatre points de vue différents avec des
pour traduire une scission entre des individus qui tendent à s'éloigner. Parabole sur l'incapacité de communiquer, sur les maux sociaux, sur le manque affectif. En somme, sur toutes les formes de manques. Tous les personnages ont un rêve mais cette quête du bonheur se transforme en cauchemar, en requiem. Jamais un titre de film n'a été aussi joliment choisi. Lors de sa projection au festival de Cannes en 2000, le film a fait sensation à tel point que les journalistes se demandaient pourquoi il n'était pas directement en compétition. A la fin de la projection officielle, l'écrivain Hubert Selby Jr., décédé aujourd'hui, était en larmes en raison de l'impact provoqué par le film qui avait retranscrit la puissance de son roman. Et dieu sait comme il devait en falloir pour bouleverser l'auteur du
.

A bien des égards, c'est un film d'une force inouïe. Aujourd'hui, il est devenu culte à tel point qu'il est de bon ton d'en discuter sa pertinence. Que les ronchons continuent de ronchonner : sa maestria parle d'elle-même et ne peut que susciter la jalousie. Oui,
Requiem for a dream est un film parfait parce que d'une cohérence presque maladive. Le message va au-delà du simple spot contre la drogue ; ce qu'Aronofsky sonde, c'est la triste réalité des relations humaines, le gâchis, l'attente de la reconnaissance sociale, l'obsession qui gangrène progressivement le cerveau et la litanie des jours qui passent. Les scènes sont toutes mémorables (l'émission de télé qui entre directement dans l'appartement de Sarah Goldfarb), avec des moments de folie sublimes, des acteurs aux antipodes de ce que l'on connaissait d'eux (Marlon Wayans) ou revenus de loin (Ellen Burstyn), des personnages déchus voués à l'isolement et la solitude qui chantent ensemble le même spleen existentiel et surtout, une musique. Une musique terrible qui colle voire dirige le film dans toute sa splendeur éclatée. Probablement l'une des plus belles choses que l'on ait vu depuis longtemps.
Charivari filmique soufflant qui donne légitimement envie de voir de quoi le futur d'Aronofsky serait fait. Alors qu'il devait à l'origine s'occuper de
Batman Begins (mais l'autre virtuose Christopher Nolan s'est génialement chargé de l'affaire), il a finalement préféré s'intéresser à
The Fountain dont le concept Tarkovskien (un voyage à travers le temps d'un homme amené à réfléchir sur les thèmes de l'amour, la mort et l'immortalité) suscite un intérêt plus que poli. On se souvient du désistement soudain de Brad Pitt en 2002 parti tourner
Troie de Wolfgang Petersen après quelques tensions avec le cinéaste qui avait une autre vision du film. C'est cela qui est séduisant chez Aronofsky, c'est un cinéaste intransigeant qui sait le plan qu'il veut. Après une période de trouble où l'avenir du film pouvait être compromis, Aronofsky a réussi à relancer la machine avec les acteurs Rachel Weisz et Hugh Jackman. Dans les seconds rôles, il faut souligner les présences de Ellen Burstyn (simplement inoubliable dans
Requiem for a dream) et Sean Gullette (également dans
Requiem for a dream dans un rôle bref mais marquant, et surtout premier rôle dans
Pi). Deux mots sur Gullette, acteur récurrent qui a commencé avec le cinéaste à ses débuts (le premier court-métrage
Supermarket Sweep).

Produit par les sociétés Regency Enterprises et Warner Bros.,
The Fountain garde un halo de mystère autour de lui, mais les premières images qu'on peut découvrir grâce au teaser sont magnifiques et révèlent en quelques plans la puissance visuelle d'un cinéaste hors pair (Burstyn le qualifie de nouveau Scorsese). Elles appuient à nouveau l'obsession graphique du réal pour les plans symétriques, néanmoins utilisés différemment, pour servir la narration sur trois époques (aujourd'hui, 1500, 2500) façon HHH (
Three Times) de l'histoire. Les acteurs semblent pour leur part se fondre parfaitement à l'environnement, notamment Hugh Jackman difficilement reconnaissable sans ses cheveux lorsqu'il s'agit de scènes en 2500. Quoiqu'il en soit le projet semble ambitieux, dans sa substance et sa construction technique (les trois mouvements de caméra identiques qui s'enchaînent à chaque époque). Aronofsky a une nouvelle fois fait appel à son compositeur attitré Clint Mansell pour les soins de la bande-son (si c'est du niveau de
Requiem for a dream qu'il avait composé avec Kronos Quartet, on est plus que preneur).

Signalons enfin qu'outre un épisode de
Lost qu'il devrait mettre en scène, le cinéaste a deux autres projets en attente et maintes fois reportés :
Lone, Wolf and Cub /
Baby Cart, adaptation d'un roman graphique de Kazuo Koike sur un samouraï qui devient assassin et
Flicker, sur un étudiant en cinéma obsédé par le travail d'un monteur sur un film. Est-ce un hommage au court-métrage éponyme de Tony Conrad ? Vaste question. Mais pour l'instant concentrons-nous sur le principal :
The Fountain qui est, avec le
Southland Tales de Richard Kelly, la bombe US que l'on attend au cinéma en 2006 avec une impatience démesurée.
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