Par Alfred Tomasi - publié le 29 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 29 octobre 2009 à 23h20 - 0 commentaire(s)
Qui n’a pas dit un jour « maman, tu me fais chier comme c’est pas permis » me jette la première pierre ! Au cinéma, forcément, tout est amplifié, magnifié et les choses ne se disent pas aussi simplement. L’une crache un jeyser de vomi aux petits pois pour marquer son désaccord avec la figure maternelle, l’autre se filme pendant des repas de famille houleux pour couvrir la pelloche de sa bile rancunière et pour finir, d’autres décident de poinçonner leur chère maman dans une position christique... Linda Blair, Maïwenn, Sissy Spacek ont toutes eu une méchante dent contre leur génitrice. Comme bien d’autres d’ailleurs ! A l’occasion de LOL, le nouveau film générationnel pro-MSN qui devrait cartonner selon les pronostics de cours d’écoles, nous vous proposons de replonger dans l’histoire du conflit mère/fille au cinéma. De Michael Curtiz à Haneke, en passant par Hideo Nakata, Mike Leigh, William Friedkin ou Mike Nichols, les cinéastes du monde entier ont tenté d’exorciser leur complexe d’Oedipe au cinéma. Pour notre plus grand plaisir... (Maman je déconnais, tu ne me fais jamais chier ! Je t’aime...)



Ma mère me fait marrer... Enfin pas toujours.
Ces derniers temps, le cinéma français s’est beaucoup plus penché sur la question mère/fille qu’à l’accoutumée... A croire que la jeune génération de cinéastes a des comptes à régler avec maman puisque les films sur le sujet s’accummulent et la tendance ne devrait pas dépérir avec le succès imminent de Lol. Il y a deux ans, une jeune réalisatrice française, Carine Tardieu, nous offrait une sorte d’autobiographie de son adolescence avec La tête de Maman où elle se confrontait aux fantômes du passé et au souvenir de sa mère décédée. Si le film est une comédie, il n’en reste pas moins poignant dans l’approche qu’il fait des deux femmes. Derrière les bons mots, les insultes et les crasses se cache un amour démesuré que Carine Tardieu fait apparaître par petites touches... Et les comédiennes, Karin Viard dans le rôle de la mère et Chloé Coulloud dans celui de Carine Tardieu, font oublier les maladresses de ce premier long-métrage qui en dit long sur les relations conflictuelles entre une mère et sa fille. Surtout quand celle-ci prend sa mère pour une conne... C’est également le cas de Déborah François dans Le premier jour du reste de ta vie qui, en pleine crise d’adolescence, ne supporte pas sa mère et semble tout faire pour que la plus grande distance s’installe entre elles deux. La séquence du journal intime, où Zabou découvre, en lisant les lignes écrites par sa fille, toutes les épreuves endurées par celle-ci témoigne de la difficulté pour un parent d’être présent, sans être intrusif... LOL, le dernier film de Liza Azuelos (faisant suite à Comme t'y es belle !) fait le tour des générations en confrontant la fille, la mère et la grand-mère dans un joyeux bordel qui devrait en rendre nostalgique plus d’une. Sophie Marceau y rend un hommage indirect au film qui l’a révélée : La boum, qui parlait déjà des conflits entre mère et fille !




Ma mère est une folle... ou une menteuse

Dans un autre registre, un peu plus éloigné que celui de la comédie, les règlements de compte entre mères et filles ont également été l’apanage du cinéma mondial. D’abord avec le Roman de Mildred Pierce avec Joan Crawford, sorti en 1945, où une mère dévouée sacrifie sa vie pour satisfaire aux besoins de sa fille et qui revient sur son existence à l’occasion de la mort de son secodn mari... Apogée du mélodrame féminin, un sous-genre très en vogue dans les années 1940, Mildred Pierce trouve son écho dans Maman très chère, sorti en 1981, où les enfants de Joan Crawford découvrent que leur mère ne leur a rien légués ! Le récit, à la fois sinistre et outrancier, puisque vu des yeux d’une enfant, n’est que trop peu convaincant et même Faye Dunaway, ne parvient pas à nous faire croire une seule seconde à son interprétation de Joan Crawford... Cependant les thêmes évoqués sont durs et les mauvais traitements de la comédienne infligés à ses enfants ont fait l’objet d’un véritable scandale que le film tente de remettre en lumière. Dans cette aventure cinématographique où la mise en abîme nous laisse parfois sur le carreau, on ne retient pas grand-chose... Cependant, il y a quelques années, la comédienne Maïwenn faisait également étalage de ses problèmes de famille dans son film Pardonnez-moi où, entre fiction et réalité, elle prenait à parti ses parents pour leur balancer toute sa rage en pleine face. Si elle s’acharne plus particulièrement sur son père, sa mère, interprétée par Marie-France Pisier n’est pas en reste. Les scènes de réunion familiale sont éprouvantes... Pour les comédiens comme pour le spectateur à vrai dire. Dans la série des relations complexes, on peut également citer le très émouvant Secrets et Mensonges de Mike Leigh qui confrontait une mère à sa fille abandonnée mais également Lady Vengeance qui dans un autre registre, traitait du même sujet : les retrouvailles entre une fille et sa mère et la nouvelle responsabilité qui incombe à cette dernière. Pour finir, La pianiste d’Haneke, parvenait à des sommets de perversité dans la façon de traiter ce conflit générationnel... Annie Girardot, véritable monstre de possessivité s’accapare sa fille et installe une relation troublante et malsaine. A ne pas mettre devant tous les yeux.


Ma mère ne sait pas que je suis morte...
Le cinéma fantastique s’est également approprié la figure maternelle pour mieux la torturer... surtout quand elle est face aux démons d’une fille un brin cyclique ! Si l’on pense tout de suite à Carrie de Brian de Palma et le triste sort qu’elle réserve à sa mère dans l’épilogue du film. Margaret, qui tente de tuer sa fille avec un couteau de cuisine, échoue littéralement et les pouvoirs de Carrie se tournent contre elle. Elle finie crucifiée à une porte ! Une fille en fait également voir de toutes les couleurs à sa mère dans L'exorciste de William Friedkin... Inspiré de faits réels, le film est une terrifiante plongée en enfer d’une adolescente mais également une certaine vision du passage à l’âge adulte selon certains critiques qui voient ici une parabole de l’âge ingrat. Linda Blair ne sortira pas indemne de l’expérience. N’oublions pas également Dark Water d’Hideo Nakata, certainement l’un des plus beaux films de femme réalisés. Cette dernière, mère d’une petite fille en proie à des hallucinations, sombre dans une folie suicidaire qui instaure tout au long du métrage une atmosphère particulièrement dérangeante enter la mère et la fille... Même constat pour Les AutresNicole Kidman se confronte à une petite fille rebelle qui cherche néanmoins à lui ouvrir les yeux sur le triste sort de leur famille ! Dans le cinéma d’horreur, les relations mère/fille finissent toujours très mal et se nourrissent de ce mythe constant qu’entre ces deux femmes se cache un amour sans mesure qu’on appelle parfois la haine.

 


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