Après
Crumb,
Ghost World et
Bad Santa, trois excellents films, ce qui équivaut à un sans-faute, Terry Zwigoff revient avec
Art School Confidential, projet curieux que l'on peine à identifier clairement.
Retour sur le parcours d'un cinéaste hors norme et brillant.
Tout a commencé avec
Crumb, un documentaire remarquable, dans lequel Zwigoff tire le portrait de Robert Crumb, artiste brillant doublé d'un misanthrope notoire... Zwigoff décortique sur deux heures les travaux du dessinateur, en démontre l’aspect subversif (on l’a souvent accusé de misogynie et de racisme) et propose des anecdotes surprenantes comme par exemple le fait que Crumb ait renié la version cinématographique de
Fritz the Cat par Ralph Bakshi alors qu’au demeurant cette dernière est synchrone avec la bédé originelle et suffisamment perverse et méchante pour coller à l’esprit. Peu importe, il assassine le film et le personnage, au propre comme au figuré. De fil en aiguille, grâce à Robert Crumb qui le laisse filmer son quotidien et (une partie de) ses proches (du moins ceux qui ont accepté de témoigner), Terry Zwigoff tente de comprendre le pourquoi de la misanthropie de Crumb qui ne trouve de bonheur qu'en écoutant de vieux disques de blues.

Le fait que Robert Crumb soit considéré comme un maître ès-comics underground est une revanche sur la nature et une adolescence dure où il n’arrivait pas à exprimer ses sentiments et s’avouait trop sensible pour le monde tel qu’il est. Si Robert s’en est sorti, ce n’est pas le cas de ces deux autres frères (Maxon et Charles) dont l’un est complexé par la réussite de Robert et dont les dérèglements intérieurs sont justifiés par une enfance et une adolescence douloureuses. En s’attardant sur les relations entre frères, il émane une dimension humaine de ces confidences où le sourire et l’humour cinglant sont les seules armes pour contrer la mélancolie et la tristesse. Ce sont des gens qui ont cessé de vivre et sont repliés sur eux-mêmes pour fuir la méchanceté des gens. A ce titre, rien ne sont plus pathétiques que les relations entre le dessinateur et Charles, véritable concentré de haine intérieure où ce dernier continue de vivre loin de la réalité avec sa mère et n’a plus aucun rapport sexuel parce qu’il n’a plus de désir pour personne. Plutôt mignon pendant son adolescence, il a été tellement humilié par des camarades jaloux ou simplement méchants qu’aujourd’hui ces souvenirs l’ont tué physiquement et moralement. Son calvaire estudiantin n’est évoqué qu’à travers des extraits de comics mais n’en reste pas moins palpable. Cette histoire a priori secondaire est traitée avec suffisamment d’importance pour permettre à Zwigoff de cerner l’essence même des comics de Crumb: le refus des conventions, la singularité affichée comme une fierté et la connerie des bien-pensants.
Crumb, c’est le genre de documentaire que les gens qui se prétendent normaux ne peuvent pas comprendre.
La rencontre entre les deux artistes a été fructueuse parce qu’elle a nourri le film suivant de Zwigoff:
Ghost World, adaptation d’un comic éponyme de Daniel Clowes, remarquable autopsie du spleen ado où la protagoniste Enid (Thora Birch) tombe sous le charme discret de Seymour (Steve Buscemi), un vieux collectionneur avec qui elle partage le même regard acerbe sur les gens. Ce collectionneur, c’est Crumb en personne. A la fin de
Ghost World, certains spectateurs ont été déroutés par le fait que Seymour retourne vivre chez sa mère. Mais cela prend une tournure évidente lorsqu’on sait que le frère de Robert Crumb est devenu un inadapté social qui en dépit de son grand âge séjourne toujours chez maman et relit les mêmes livres inlassablement. Mine de rien,
Crumb, tout comme
Ghost World, soulève des questions fondamentales sur notre monde, un peu comme les bédés du dessinateur qui irritent, fascinent, amusent mais ont la délicieuse ambition de s’adresser à l’intelligence du spectateur. En comparaison,
Bad Santa, excellent dernier opus de Zwigoff (toujours dans les salles), ne semble pas afficher de liens directs avec l’univers de Crumb même si on ressent à travers le personnage de Thurman Merman (Brett Kelly) une certaine tendresse pour les
freaks.
Le pointSon nouveau projet baptisé
Art School Confidential s'annonce plus dans la veine de
Ghost World. Peu étonnant puisque le film est adapté d'une bande dessinée de Daniel Clowes. Il sera produit par les studios Miramax Films et United Artists. Le film s'intéressera, sur un ton satirique, de la célébrité soudaine d'un policier qui se fait passer pour un étudiant en arts plastiques afin de mettre la main sur un criminel grand amateur d'art. Il verra son enquête prendre une tournure inattendue lorsque ses oeuvres seront acclamées par la critique. On retrouve dans les rôles principaux Max Minghella et John Malkovich. Ce trailer propose les premières images d'un film attendu pour ceux qui se sont fendus la poire (et ont été émus) par le cinéma de Terry Zwigoff.
http://www.sonypictures.com/classics/syndication/trailers/artschoolconfidential/ArtSchoolConfidential_300.mov