L’ambitieux
The Fountain, le nouveau film de Darren Aronofsky, constitue sans peine l'un des événements cinématographique les plus attendus de 2006. Les dates de sorties US et françaises viennent de tomber. Et c'est pour bientôt.
Oublions la déception de ne pas avoir vu
The Fountain au dernier festival de Cannes alors que les rumeurs les plus persistantes allaient bon train pour annoncer une bonne nouvelle : le nouveau Aronofsky sortira le
13 octobre sur les écrans américains et le
8 novembre dans l'Hexagone. En soi,
The Fountain possède un concept Tarkovskien (un voyage à travers le temps d'un homme amené à réfléchir sur les thèmes de l'amour, la mort et l'immortalité). Darren Aronofsky a écrit le scénario à partir d'une légende Maya selon laquelle les âmes des morts se retrouvent à "Xibalba" pour renaître. Tout commence en enfer. Un conquistador découvre une fontaine de jouvence, devient cancérologue, puis explorateur dans le futur, et poursuit la même quête sur 1000 ans : sauver sa femme de la mort. Pour énième rappel, ce cinéaste est un authentique virtuose qui en deux longs métrages mirifiques a réussi à se faire un nom dans le milieu très fermé du cinéma indépendant US. Tout d'abord, avec
Pi, quelque chose comme la version US d'un
Tetsuo mixé à
Eraserhead sur fond d'équations mathématiques tordues dont la virtuosité formelle s'exprimait dans l'histoire d'un homme qui cherchait Dieu à travers les chiffres, et par la suite,
Requiem for a dream, inspiré du roman d'Hubert Selby Jr., descente aux enfers convulsive et émotionnellement insoutenable qui racontait des histoires de dépendance de quatre points de vue différents avec des
split-screen pour traduire une scission entre des individus qui tendent à s'éloigner. Une parabole sur l'incapacité de communiquer, sur les maux sociaux, sur le manque affectif pourvue d'une musique terrible qui colle voire dirige le film dans toute sa splendeur éclatée.
Darren Aronofsky est un perfectionniste exigeant. Contrairement à ses deux précédents films,
The Fountain est son premier film Hollywoodien ; très vite, le réalisateur s'est trouvé confronter aux anicroches d'une telle superproduction. La raison pour laquelle l'opus a mis un temps fou à sortir est représentative de cet état d'esprit: le résultat a été jugé trop bizarre pour être accessible alors que, paradoxalement, c'est la marque de fabrique du cinéaste qui ne vise aucune forme de consensus. Alors qu'on aurait pu craindre des retards abusifs à l'instar de
The Woods de Lucky McKee, nouveau film du réalisateur de
May, le film est sûr d'attérir sur nos écrans un petit mois avant
Southland Tales, l'autre OFNI US de la fin d'année 2006 que les critiques aiment tant détester.