Michel Gondry semblait prédestiné pour évoluer dans le monde de la musique : son grand-père a inventé le clavioline, un des premiers synthétiseurs sonores ; son père a vendu des guitares électroniques. C'est par cette branche que tout a commencé. Ce qui aurait pu être une facilité a constitué une gageure pour la suite: convaincre les cinéphiles qu'il n'était pas qu'un simple bidouilleur d'images mais surtout un réalisateur capable de faire fonctionner le fond avec la forme et de donner une résonance visuelle à une dramaturgie. Avant d'être le réalisateur de trois films disparates ayant comme point commun une originalité et une propension à bousculer les us et coutumes du cinéma US, Michel Gondry a commencé comme batteur d'un groupe parisien postpunk baptisé les Oui-Oui puis se fait remarquer par Bjork qui l'engage pour réaliser quelques uns de ses clips. On lui doit ceux de Human Behaviour dans lequel Bjork emprunte une posture préraphaélite (référence au tableau Ophelia) et flotte sur l'eau comme plus tard Patricia Arquette dans Human Nature; Army of me dans lequel la chanteuse conduit un camion et va chez un étrange dentiste; ou encore le déroutant Bachelorette dans lequel le monde est envahi par les plantes et les livres perdent leurs lettres.
Cette révélation suffit à intéresser les autres groupes. L'éventail est large: ça va des Rolling Stones à IAM en passant par Daft Punk et Chemical Brothers (voir The Work of director Michel Gondry, en DVD chez Labels). Le jeune surdoué de l'image aime à créer des trucages sans avoir recours aux images de synthèse pour conserver un goût d'authenticité. Durant cette période, il exploite de manière extraordinairement inventive la technique du morphing (marque déposée par Michael Jackson dans son clip Black or White). Au lieu de l'utiliser pour des visages, Michel Gondry l'utilise pour interpoler des trajets de caméra ou transformer des vidéos en objets abstraits. Incidemment, il invente des techniques que les plus grands exploiteront par la suite : l'effet d'images arrêtées (réalisé au moyen de centaines d'appareils photos synchronisés), qualifiés aujourd'hui d'effets Matrix, est une invention de Michel Gondry pour une publicité de la marque Smirnoff. Petit, il voulait devenir inventeur ou peintre. Grand, il invente des trucages et peint ses rêves sur bobine.
TOP 5 / NOS CLIPS PREFERES (SPECIAL MICHEL GONDRY)
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| Stardust - Music sounds better with you |
OLIVIER CORRIEZ
GILLES BOTINEAU
The Chemical Brothers - Let forever be
Bjork - Army of me
The Rolling Stones - Like a Rolling Stone
Radiohead - Knives out
Lenny Kravitz - Believe
ANNE-LOU ECHEVIN
Bjork - Bachelorette
Daft Punk - Around The World
Radiohead - Knives out
Gary Jules - Mad World
Lenny Kravitz - Believe
ROMAIN LE VERN
Massive Attack - Protection
Bjork - Bachelorette
Stardust - Music sounds better with you
Radiohead - Knives out
Bjork - Army of me
NICOLAS SCHIAVI
Radiohead - Knives Out
Noir Désir - A l'envers à l'endroit
Massive Attack - Protection
Björk - Isobel
Flight Of The Conchords - Too Many Dicks On The Dancefloor & Carol Brown
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| Bjork : Bachelorette |
VINCENT MARTINI
Bjork - Bachelorette
Stardust - Music sounds better with you
Chemical Brothers - Let forever be
Radiohead - Knives Out
Kylie Minogue - Come into my world
AMELIE QUEROI
Noir Désir - A l'envers à l'endroit
Radiohead - Knives Out
Björk - Army of Me
Massive Attack - Protection
Björk - Isobel
EMILIE RABOTTIN
I AM - Je Danse Le Mia
Björk - Army of Me
The Chemical Brothers - Star Guitar
Radiohead - Knives Out
Daft Punk - Around the World
LAURENT TITY
Bjork - Bachelorette
Lenny Kravitz - Believe
Etienne Daho - Les Voyages immobiles
IAM - Je danse le MIA
Terence Trent D'Arby - She kissed me
LINDA OUMAHI
Rachid Taha - Voilà, voilà, qu'ça recommence
IAM - Le mia
Laurent Voulzy - Paradoxal système
Neneh Cherry - Feel it
Wyclef Jean - Another One Bites the Dust
MAXIME CLAUDEL
Kanye West - Heard ‘Em Say
Lenny Kravitz - Believe
Gary Jules - Mad World
IAM - Je danse le MIA
Bjork - Bachelorette
DE BJORK A DAFT PUNK
Michel Gondry commente trois clips marquants : Around the world, des Daft Punk; Bachelorette, de Björk; Protection, de Massive Attack.
DAFT PUNK / AROUND THE WORLD
« Pour le clip d'Around the World, les Daft Punk m'avaient parlé d'une chorégraphie parce qu'ils aimaient beaucoup la danse. Vous vous souvenez de la ligne de basse de Good Times de Chic ? (il chante). Les Rapper's Delight ont fait leur premier rap commercial sur cette ligne de basse. On peut considérer que c'est le fondement du genre. Depuis que je suis adolescent et que je connais cette chanson, j'ai toujours imaginé un petit bonhomme qui monte des escaliers et suit cette ligne de basse. Quand j'ai entendu ce morceau des Daft Punk, j'ai repensé à ce principe. Il a été utilisé dans plein d'autres morceaux. Quand on écoute Another one bites the dust, de Queen ou même Captain Sensible, on retrouve les deux mêmes accords qui sont des septièmes mineurs, des accords très proches du blues que l'on fait passer en boucle. A partir de là, j'ai développé le concept avec les voix des robots en imaginant une sorte de Robocop qui avançait en fonction de la musique. Il y a quatre instruments avec la boîte à rythme et le principe de Daft Punk consiste à pousser la boucle au maximum. Et juste avant que ça devienne chiant, ils passent à l'étape suivante en complexifiant. Il y a une construction très rigoureuse qui m'a servi pour construire la chorégraphie que j'ai faite avec Bianca Li au niveau de la construction géométrique dans le temps et dans l'espace. Chaque instrument est représenté par un groupe de quatre danseurs. Quand on entend la basse, on voit les bassistes qui montent et qui descendent. La guitare qui joue comme un synthé, ce sont les squelettes parce que ça gratte un peu. La boîte à rythme, c'était une association avec Michael Jackson et la chirurgie plastique. Immédiatement, j'ai pensé aux momies. Les bassistes ont des petites têtes et de grands corps parce qu'ils sont physiques. Le synthé disco est représenté par les filles en tenue des années 20 car le disco est une sorte de revival du charleston. Une fois que j'avais tous ces éléments, je les ai alignés de manière mathématique. »
BJORK / BACHELORETTE
« Bachelorette est le dernier clip que j'ai fait avec Bjork. Elle trouve un livre qui lui explique son destin, doit le suivre et tant qu'elle suit ce que le livre lui dit de faire, le livre continue de s'écrire et lui annonce qu'elle va rencontrer un éditeur. Elle va rencontrer un producteur qui va faire un show autour de son histoire à Broadway. On voit son histoire rejouée sur la scène du théâtre. Il y a la pièce dans la pièce. Jusqu'au jour où dans la vie réelle, elle se sépare de son éditeur. Elle casse le pacte avec son livre. Donc tous les livres s'effacent. Les gens le jettent, la nature reprend le dessus, envahissant tout (des spectateurs à la scène). Finalement, elle se retrouve au point de départ : dans la nature. Pour créer le clip de cette chanson romantique, Bjork m'avait simplement dit qu'elle s'inscrivait dans la trilogie d'Human Behavior et Isobel où elle était représentée comme une créature vivant seule dans les bois. A l'origine, elle voulait démarrer dans une forêt, rencontrer quelqu'un dans une ville, que finalement ça ne fonctionne pas et retourner dans la forêt où elle était heureuse. Ça rappelle beaucoup Human nature, mon premier long-métrage. J'avais envie de me faire violence sur ce clip, de fondre Bjork dans une situation qui me gênait. Mettre Bjork dans une situation romantique par exemple était ce que je pouvais faire de plus extrême. C'était ma manière de me mettre en porte-à-faux et de la pousser. L'idée l'a séduite et on est parti là-dessus. »
MASSIVE ATTACK / PROTECTION
"Quand je revois ce clip, c'est flagrant : le rêve a toujours été une source d'inspiration pour moi. L'inspiration était moins flagrante dans le sens où je prenais des images, des associations, des rapports de proportion. Comme j'avais moins le temps de développer des histoires, on sentait moins le rêve comme faisant partie de ma vie. Je fais souvent des dessins de mes rêves, je les écris. En les dessinant, je me suis rendu compte que je les comprenais, je les voyais sous un autre jour. Il y avait des détails dont je n'avais pas conscience au moment où je les rêvais. Ça a toujours été très important pour moi. Sur mon Ipod, j'ai toujours du Michael Jackson. Ses morceaux sont indémodables. J'ai du mal à écouter ce qui se fait maintenant en imitation de Michael Jackson. Par exemple, je ne pourrais pas écouter Justin Timberlake parce que ça reste pour moi du sous-Michael Jackson. Bjork m'a envoyé une nouvelle chanson donc il faut que j'écoute ça. J'écoute beaucoup de musique classique et contemporaine pour me mettre dans des ambiances. J'aime beaucoup écouter des morceaux funk des années 80 comme Earth Wind and Fire et Kool and the gang. Récemment, j'écoutais Peaches mais je ne sais pas ce qu'elle a fait dernièrement. J'ai beaucoup de mal en revanche avec le rock alternatif. Depuis MTV, le rock est devenu tellement ennuyeux... Je préfère écouter un morceau des Stranglers ou du Blondie. »
Propos recueillis par Romain LE VERN
De Human Nature à The Greet Hornet...
Human Nature, son premier long métrage est une variation intéressante à défaut d'être convaincante sur le mythe de L'enfant sauvage doublée d'une fable originale sur le primitivisme érigé en modèle social, le prétendu retour à la civilisation et le rapport bestial à la sexualité. Les idées ne manquent pas (personnage au sexe microscopique, tentative de comédie musicale...) mais on sent que Gondry ne peut pas lâcher la bride, de peur de subir des attaques de réfractaires au style clippesque. C'est avec son second Eternal Sunshine of the Spotless Mind qu'il révèle un vrai talent de cinéaste: «Nous avions déjà commencé à parler du concept autour de nous et des scénaristes venaient me voir en me suggérant d'y incorporer de la science-fiction, de la politique, ou d'en faire un thriller. Mais cela ne m'intéressait pas. Charlie est venu avec une approche différente, d'utiliser ce concept pour étudier une relation de couple. Nous l'avons tous vécu, c'est l'illustration directe et violente de ce qui vous arrive le jour où la personne avec qui vous avez vécu longtemps vous quitte. C'est ce côté arbitraire, cette sensation d'être effacé, d'en être affecté pour le restant de notre vie, ces impressions qui arrivent à ce moment là qui m'intéressaient. On me pose souvent la question au sujet de ce film : "Si vous pouviez, qu'effaceriez vous en premier de votre mémoire ?". Alors que ce n'est absolument pas le sujet du film.» Il suffisait de trouver le casting pour refléter la sensibilité de ce couple. Joel (Jim Carrey) et Clementine (Kate Winslet) ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d'amour, au point que la jeune femme fait effacer de sa mémoire toute trace de cette relation. Effondré, Joel contacte l'inventeur du procédé Lacuna, le Dr Mierzwiak, pour qu'il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clementine. Présentement, Charlie Kaufman (au scénario) et Michael Gondry (à la réalisation) confirment avec Eternal sunshine of the spotless mind tous les espoirs placés en eux et signent le film fou et détraqué qu'on attendait de leur collaboration. Ce second long-métrage au titre énigmatique (emprunté à un poème d'Alexander Pope que Gondry a trouvé en lisant un recueil de citations), qu'on pourrait résumer comme une comédie romantique de science-fiction, plonge dans les méandres de l'esprit humain (revoir Adaptation pour comprendre que ce thème obsède Kaufman) et raconte, dans un charivari extrêmement maîtrisé, une triste et belle histoire d'amour. Autour d'un noyau électrique solide - un homme et une femme qui se perdent pour mieux se retrouver -, plusieurs personnages gravitent et découvrent eux aussi des désirs naissants, des mensonges et des secrets: «Je tournais Human Nature et je suis allé voir Charlie en lui proposant de travailler sur le draft de ce film, qui pour moi reposait sur la définition de la nostalgie. La définition de la structure de la mémoire m'a toujours intéressé. Pour moi qui ai travaillé sur les deux supports, la vidéo représente le présent et le film, le passé. Il y a une sorte de mélancolie diffusée par la pellicule chimique 35 mm. Cela permet de faire transparaître la sensation d'un moment qu'on a vécu, et qu'on a l'occasion de revivre une fois et une seule sachant qu'après tout sera effacé.»
Si, certes, au départ, le procédé formel adopté par Michael Gondry (superposition du présent et du passé, personnages qui s'effacent au fur et à mesure que les souvenirs s'envolent...) peut dérouter, cet enchevêtrement de vignettes tantôt drôles tantôt tristes prend vie et forme grâce à un casting ad hoc (Jim Carrey, Kate Winslet, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson et Kirsten Dunst) et surtout un scénario original qui retrace le chemin intérieur mental d'un homme qui tente de réparer une erreur et voyage dans son inconscient (un peu comme les quidams qui batifolent dans le cerveau de John Malkovich dans Dans la peau de John Malkovich). On n'est pas obligé d'apprécier les vertiges temporels pour se fondre dans cette histoire à la fois simple et complexe, profonde et universelle. Mention spéciale à Beck pour sa formidable reprise de Everybody's gotta learn sometimes des Korgis, dont la mélancolie souveraine inonde le film comme un torrent de douceur. La reprise de ce superbe standard infiniment mélancolique, que l'on connaît tous mais sur lequel on a du mal à mettre un nom (impression de déjà-vu synchrone avec le film) est la grande idée de ce second long parce qu'il éveille des souvenirs romantiques et perdus chez tout le monde. «On avait essayé de nombreuses chansons avec Jon Brion, le compositeur. J'avais cette chanson en tête, depuis le début des années 80 et je ne savais pas qui l'avait chantée pour la première fois. A chaque fois que je rencontrais quelqu'un, je la fredonnais mais personne ne pouvait me donner le titre de la chanson et surtout son interprète. J'ai demandé à Jon s'il la connaissait. Coup de chance, il avait enregistré une version de ce tube, Everybody's Got to Lean Sometimes de The Korgis. On a tout de suite pensé à Beck pour la réinterpréter. On a un peu triché. Beck a fait la version du film avant que l'on ait les autorisations. Pour moi c'est la chanson romantique type, sans véritable message, que l'on associe à une personne que l'on a aimée.»
Gondry ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin. Entre temps, il tourne Block Party, un documentaire sur le comique noir américain, Dave Chappelle. Son show sur la chaîne Comedy Central est devenu peu à peu très populaire. En DVD c'est un carton : il a battu Friends. Dans son émission, le comique a toujours eu des invités musicaux, à l'origine des groupes pas très connus qui, comme lui, le sont devenus. D'où l'idée d'un spectacle-concert en plein air, qui réunit les Fugees, Erykah Badu, Kanye West. Mais l'obsession de La Science des rêves prend le dessus. Le réalisateur le décrit lui-même comme une sorte de "journal de rêves" : «C'est un projet qui remonte à quelques années, on y retrouve des éléments du clip Everlong des Foo Fighters : deux personnes qui rêvent en parallèle. Ici, je raconte une période de ma vie, les rêves que j'ai faits pendant cette période, et l'interaction entre eux et la réalité. Plus précisément, j'avais rencontré une fille avec qui j'avais éprouvé une sorte de connivence créative ; j'ai rêvé que je tombais amoureux d'elle, et du coup j'en suis réellement tombé amoureux. Je dis "je", et c'est vrai que le personnage principal est assez proche de moi, enfin de moi il y a quelques années. Mais prendre Gael García Bernal, qui est un play-boy, pour jouer Michel Gondry, c'est assez gênant...» Pour créer le tumulte mental de La science des rêves, Michel s'inspire du Voyage en ballon d'Albert Lamorisse, son premier souvenir de cinéma, dans lequel toutes les scènes aériennes sont doublées. Pendant le tournage, il se nourrit de Bergman (Scènes de la vie conjugale) et plonge dans des angoisses d'échec. A l'arrivée, pas de quoi stresser : il y a suffisamment de promesses et d'enjeux dramatiques dans ce nouveau film pour nourrir la substance de vingt films actuels. En sondant le tohu-bohu intérieur d'un personnage endeuillé qui se réfugie dans un monde imaginaire, l'homme à la caméra folle signe un miracle d'inventivité formelle et narrative. Au risque d'une nouvelle fois dérouter, son nouvel opus s'adresse à ses fans de la première heure (ceux qui aiment ses clips de Bjork et Massive Attack ainsi que ses bidouillages formels barrés) mais aussi aux marginaux, à ceux qui témoignent un mépris des conventions, à ceux qui aiment les défis filmiques les plus fous (si toi aussi tu penses que Miou-Miou peut jouer la mère de Gael Garcia Bernal...), à ceux qui pensent qu'aimer est plus fort que d'être aimé et qui n'ont pas peur de se perdre dans les dédales d'une fiction azimutée en diable (réalité, fantasme, rêve, cauchemar). D'un bout à l'autre, ce n'est que du bonheur en bobine qui zigouille illico tous les présupposés critiques et ne fait qu'enchanter pour mieux émouvoir: «C'est la première fois que je mets en scène mon propre scénario. Depuis le début, j'ai collaboré avec des personnes très créatives : Etienne Charry, quand je faisais partie des Oui-Oui, ou Björk, ou encore le scénariste Charlie Kaufman. Tout seul, j'ai longtemps eu l'impression d'être un fumiste. Sans compter le vieux complexe de faire son premier long métrage à 38 ans. Tout le monde cite Welles, qui avait 26 ans l'année de Citizen Kane. Voir paraître le DVD qui rassemble mes clips m'a fait beaucoup de bien : il y avait une continuité, une suite de films dont j'étais le point commun.»
Après les histoires d'amour finies qui ne tenaient qu'au fil du souvenir évanescent (Eternal sunshine of the spotless mind) et les histoires d'amour fantasmées sur fond de deuil impossible (La science des rêves), Gondry s'attaque à Be kind rewind (Soyez sympas, rembobinez, en français) qui, sous l'égide de Focus Features International, s'intéresse au parcours existentiel de Jerry (Jack Black), un jeune homme dont les migraines lancinantes bouleversent l'existence. La raison de ces troubles ? Son cerveau a été mystérieusement magnétisé et de fait, Jerry va accidentellement provoquer l'effacement et la destruction des films du vidéoclub tenu par un de ses amis. Afin de sauver le magasin, dont la seule cliente régulière s'avère être une vieille dame sénile, les deux hommes décident de refaire les films endommagés pour ne pas éveiller les soupçons et parmi les films endommagés, Gondry cite : Rush hour, Ghostbuster ou encore Robocop. Dans la lignée de Garcia Bernal, Rhys Ifans et Jim Carrey, Jack Black incarne un nouveau personnage de doux rêveur mélancolique comme Gondry aime à les écrire. Le problème, c'est que l'on a plus envie de voir les films que Mos Def et Jack Black essayent de rejouer que de voir la version qu'ils risquent de nous proposer. Le procédé ne réussit qu'à plonger le spectateur dans un état nostalgique en le renvoyant des années en arrière où le cinéma laissait plus de liberté aux artistes et faisait rêver les foules. C'est la plus belle idée du film : redonner un sens au cinéma qui entre piratage et home-movie perd sa valeur sacrée. Dans le discours, la candeur des petits cinéphiles de vidéo-clubs sert de contrepoint au cynisme des industries cinématographiques actuelles. Il faut louer la démarche de Gondry qui sous la légéreté du divertissement essaye de dire quelques vérités sur la consommation de l'art et d'axer son film sur les rails casse-gueule des comédies humanistes à la Capra. Aujourd'hui, Gondry n'en finit plus d'avoir des projets et revient avec son premier block-buster, The Green Hornet, dans lequel on ne retrouve qu'en toile de fond (très loin) ses propres obsessions. Résultat : un excellent divertissement combinant humour et action mais qui risque néanmoins de laisser sur le bas-côté ceux qui espéraient un peu plus de poésie et de rêve de la part de ce surdoué.

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