La rédaction passe au crible Alien 3, Se7en, The Game, Fight Club, Panic Room, Zodiac et L'étrange histoire de Benjamin Button. Verdict ?

Par La Rédaction - publié le 15 septembre 2010 à 16h08 ,
MAJ le 17 septembre 2010 à 02h06 - 0 commentaire(s)

David Fincher s'attaque à Facebook. Facebook s'attaque à David Fincher. Plus que jamais à la mode, nos journalistes se sont mis aux réseaux sociaux. Retour sur le parcours d'un formaliste de génie. Ou comment plus de dix ans après avoir révolutionné avec Se7en et Fight Club, David Fincher colle à l'air du temps...

 

The Social Network de Davind Fincher

 

OLIVIER CORRIEZ 

 

ALIEN 3
SE7EN
THE GAME 
 FIGHT CLUB 
 PANIC ROOM 
 ZODIAC 
 
L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON 

 

 

BORN TO BE A FILMMAKER

David Fincher est né en 1962 à Denver dans le Colorado. Vivant durant sa jeunesse à Ashland, dans l'Oregon (il aura d'ailleurs son Bac au lycée de Ashland), il sera à la fin de sa scolarité élevé à Marin County en Californie. Cette ville est plutôt célèbre, pourquoi ? (Indice : elle se voit à la fin de tout générique de film dont les effets spéciaux sont faits par ILM) Tout simplement parce que c'est une ville dont Georges Lucas détient les ¾ (avec LucasFilm LTD, LucasArt, Industrial Light and Magic et diverses entreprises de merchandising). C'est que le petit David réalise ses films depuis l'âge de 8 ans, essentiellement dans le cadre familiale et qu'il a très envie de se lancer dans le cinéma. Après la sortie de La Guerre des Etoiles (1977) et de L'empire Contre-Attaque (1980), il se passionne pour le travail de Georges Lucas et oh surprise, il entre à 18 ans chez ILM. Il y passera quatre années durant lesquelles il travaillera sur Le Retour Du Jedi de Georges Lucas (1983), L'Histoire Sans Fin de Wolfgang Petersen (1984) et Indiana Jones et le Temple Maudit de Steven Spielberg (1984).

 

FILS DE PUB

Fort de cet acquis en technique audiovisuelle, l'encore jeune David part voler de ses propres ailes sur les hautes cimes du clip et de la pub. Il fondera sa propre société de production avec entre autres moins connu, Dominic Sena (Kalifornia, 60 Secondes Chrono), Propaganda Films en 1986 et travaillera notamment pour Madonna (Vogue, Express Yourself et Oh Father en 1990), les Rolling Stones, Georges Michael (Freedom), Sting et pour Nike, Coca Cola, Budweiser, Levi's, Chanel, Pepsi, Converse avec succès.

 

ALIEN 3

C'est ensuite à 29 ans qu'il signe avec 20th Century Fox pour son premier long métrage après les retrais de Renny Harlin et de Vincent Ward : Alien 3. Il débute la production sans script, et doit se débrouiller pour développer un univers sombre avec une production qui le freine petit à petit. Il doit se battre pour imposer sa fin qui ne convient pas à des producteurs soucieux de vouloir continuer une franchise juteuse, mais épaulé par Sigourney Weaver qui souhaitait développer une mythologie "alien" cohérente, le film se fit comme il l'entendait. Cependant, il avait une date de sortie (1992) imposée par les producteurs, si bien que les dernières scènes furent bouclées "à la va vite" et les effets spéciaux furent un peu bâclés. 

 

 

Seven - Image 1

 

  NICOLAS SCHIAVI 

 

ALIEN 3

SE7EN

THE GAME

FIGHT CLUB

PANIC ROOM

ZODIAC  

 

L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

 

 

FINAL CUT

Le film traduit néanmoins le style naissant du bonhomme, notamment dans une première partie qui surpasse aisément ses deux prédécesseurs Ridley Scott et James Cameron. Sorti directement de la pub, on reconnaît son style à des plans rapprochés sur les visages, des plans fixes très stylisés, l'utilisation régulière de contre-plongée et un univers sombre avec des couleurs froides excepté pour les séquences "embrasées". Son style s'impose donc directement très proche de celui de Stranley Kubrick, cependant il se veut plus linéaire car acteur d'un système hollywoodien dont il voudra sortir. Gêné par une production avec laquelle il se bat au sujet de la fin de son film, son style virtuose baisse au fur et à mesure que le film avance à cause entre autre d'un scénario qui a du mal à exploiter efficacement ses personnages (incohérence flagrante : alors que tout se passe bien, Golic va libérer la bête sans aucune raison apparente, et il est bien facile d'invoquer la folie d'un détenu dans ce cas précis) en raison d'une constante réécriture (il n'y avait pas de scénario définitif en main du réalisateur). C'est donc précipité par le temps qu'il boucle une des séquences finales qui brillera par le fait qu'elle est incompréhensible (celle où ils essaient de faire venir l'alien dans la fosse avant de faire couler le plomb : tout le monde court dans tous les sens, sans queue ni tête, l'alien est par ici, par là, c'en est presque ridicule...). Les effets spéciaux sont eux aussi réalisés avec les pieds (réalisés bien après, ils sont très en dessous de ceux de Abyss de James Cameron par exemple, avec l'alien qui se déplace très bizarrement, on comprends que Fincher le montre le moins possible ou en caméra subjective...). Le film obtiendra cependant le même succès que les autres de la série. 

 

LA GLOIRE SE7EN

Après cette production relativement difficile, Fincher attend un projet qui lui permettra d'obtenir un contrôle créatif complet sur son film. Il décide de faire confiance à une petite compagnie de production, New Line. Cette compagnie lui propose un scénario écrit par un jeune scénariste nommé Andrew Kevin Walker. Traitant des sept pêchés capitaux, le film aborde le sujet sensible des tueurs en série. Sensible par sa haute violence psychologique, mais aussi parce qu'il a été déjà traité avec succès (au Box Office en tout cas) dans Le Silence Des Agneaux de Jonathan Demme. Toujours est-il que David Fincher est néanmoins intéressé, il n'a plus peur des univers sombres depuis Alien 3 et, conscient de son potentiel de metteur en scène, il est attiré par le défi de renouveler le genre, d'autant plus que sur le papier, le projet est très tentant car très bien écrit. Grâce à Alien 3 sur son CV, il arrive à faire venir Brad Pitt, un acteur encore en début de carrière qui souhaitait changer son image de beau gosse californien, deux acteurs inconnus qui n'allaient pas le rester (Morgan Freeman et Gwyneth Paltrow), et un acteur déjà oscarisé qui se bornait cependant à jouer dans des films fauchés mais très réussis, Kevin Spacey (qui jouait là un rôle très proche de celui de Usual Suspect). A cette équipe se joint le chef opérateur français mondialement reconnu Darius Khondji (La Cité des Enfants Perdus, Alien la Résurrection avec Jean Pierre Jeunet) et le compositeur Howard Shore (la trilogie du Seigneur des Anneaux). Le film est tourné tranquillement, Fincher libéré des pressions des producteurs peut affirmer son style ouvertement sombre et pessimiste emprunté à Blade Runner de Ridley Scott (la ville constamment pluvieuse, les enquêteurs déprimés à la vie vide...) et à Klute d'Alan J. Pakula (l'enquête minutieuse avec la "profilisation" du coupable potentiel). Cependant, à l'image du tournage chaotique d'Alien 3, Fincher bute sur la fin. Il veut que le film évite la fin heureuse. Il veut que le film soit sombre jusqu'au bout. L'accord de départ avec la production était clair, il ne fait donc aucune concession. La fin sera celle qu'il aura demandée. Reste un film qui, dixit son propre réalisateur, "conserve un aspect deuxième film". 

 

 

The Game

 

  VINCENT MARTINI 

 

 

ALIEN 3
SE7EN
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 ZODIAC 
 

L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON  

 

WANNA PLAY THE GAME?

Après ce succès inattendu, David Fincher décide de revenir à un sujet plus personnel. Toujours soucieux de ne pas se laisser corrompre par un système hollywoodien manipulateur, il produira lui-même son prochain projet via sa société de production Propaganda Films. Il se souvient que son film favori est Fenêtre sur Cour d'Alfred Hitchcock et décide de mettre en place une sorte de film somme sur le suspense hitchcockien comme pouvaient l'être Les 39 Marches sur la période anglaise du maître et La Mort aux Trousses sur sa période américaine. Le scénario est confié à John Brancato et Michael Ferris (qui allaient écrire plus tard Terminator 3 : Le Soulèvement des Machines). Grâce au succès de Seven (rebaptisé Se7en en DVD), Michael Douglas s'intéresse au projet et Sean Penn accepte d'y participer pour un rôle somme toute assez secondaire. Vient compléter ce casting la très jolie Deborah Kara Unger (Crash de David Cronenberg). 

L'histoire est ici celle de Nicholas Van Orton (sic) un riche héritier de papa suicidé dirigeant d'une banque d'affaire qui accepte de participer à un jeu sur les conseils de son frère ancien junkie à l'occasion de son anniversaire. Ce jeu est une sorte d'aventure personnalisée organisée par une société spécialisée. Cependant après un commencement étrange, il perçoit des débordements malsains, on tente de le tuer, de vider ses comptes en banques tandis qu'il croise constamment une jeune femme... Ce scénario à priori plutôt bien ficelé atteint ses objectifs à partir du moment où David Fincher décide de repousser toutes les limites du suspense. Tous commence avec un début extrêmement austère où le quotidien du héros est dépeint avec efficacité, puis il s'engage dans ce jeu où l'imprévisible est à prévoir. Tombant dans des situations plus abracadabrantes les unes que les autres, le héros entraîne le spectateur dans une suite de surprises qui ne s'arrêtera qu'avec la prodigieuse scène finale.

David Fincher collabore sur ce film avec un chef opérateur complet qui maîtrise aussi bien les scènes de jour comme de nuit, les jeux d'ombre et de lumière, les reflets dans les vitres, les couleurs et les teintes, il s'agit de Harris Savides qui signe ici un de ses meilleurs travaux loin devant les collaborations pantouflardes avec Gus Van Sant (Gerry, Elephant). Par exemple, la séquence d'ouverture tournée avec une vieille caméra fait vieille, la première séquence du restaurant très claire, empreinte de lumière diaphane suggère la sécurité, le quotidien, la scène de l'hôtel bleutée et montée à la mitraillette suggère un suspense constant, la séquence au Mexique faite de lumière chaude due au climat suggère un pays sale et désertique, etc. L'exercice est d'autant plus difficile que tout le film repose sur les épaules de Michael Douglas qui assure ici dans l'un de ses meilleurs rôles. Enchaînant les surprises à un rythme constant, le fil conducteur est la musique discrète mais pourtant bien présente, avec des petites touches de piano aggravées par un violoncelle impitoyable, de Howard Shore qui signe l'une de ses meilleures partitions.

 

 

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  ROMAIN LE VERN

 

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ZODIAC 

 

L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

 

 

CHAOS, SAVON

Les producteurs voient donc depuis ses trois premiers films en David Fincher une valeur sûre pour transformer des sujets difficiles en réussites. C'est donc tout naturellement qu'il se voit proposé 8 Millimètres, un film sur une enquête dans le milieu du snuff movie (film où les acteurs sont tués de manière réelle). Cependant il répond : "Merci, mais nan merci." car il a un autre projet sur le feu, bien plus prometteur (c'est finalement un autre habitué des sujets sensibles, Joel Schumacher qui réalisera 8 Millimètres). La Fox lui a proposé en effet d'adapter le roman controversé de Chuck Palhaniuk, Fight Club. David Fincher y voit là un film dérangeant avec un message porteur pour la jeune génération et il y voit surtout un moyen de réaliser son propre Orange Mécanique. L'adaptation est confiée au scénariste Jim Uhls, qui fait un travail étonnant (ceux qui ont lu le livre savent que le bouquin est aussi facile à adapter qu'un Bret Easton Ellis). Le rôle principal est assuré par un jeune acteur qui commence à être connu grâce à son travail sur American History X : Edward Norton. Fincher fait venir un ami d'un film précédent, Brad Pitt, échappé de Se7en et complète le casting avec la pâlotte Helena Bonham Carter (seule touche féminine dans un casting 100 % testostérone).
D'emblée virtuose grâce à une construction complexe jouant avec les flash-back, la voix off, un univers complètement nouveau et original (la scène où le héros présente son appartement dans un catalogue Ikéa est unique), le film s'impose comme une sorte de somme des années 90 et même, n'ayons pas peur des mots, une sorte de film somme du cinéma du siècle (il est sorti en 1999). En effet, il conjugue une grande partie des dernières innovations technologiques (le bullet-time deux mois avant Matrix, voir l'excellente scène de l'explosion du frigidaire de Jack). Aussi sombre que Seven et Alien 3, aussi ludique que The Game, il apporte en plus un humour bienvenu (le personnage de Brad Pitt est incroyable) et des séquences assez difficiles (les "presqu'émasculations" arrêtées à la dernière seconde). Chaque scène a à nouveau son identité visuelle (les excellents montages sur les décollages atterrissages des avions, les séquences de combat à mains nues...). On retiendra surtout la scène de la limousine où sur un mix excellent des Dust Brothers, Jack et Tyler laissent la voiture les conduire vers un accident qui laisse à David Fincher le soin d'exprimer toute sa virtuosité clipesque et la scène finale où sur le "Where is my Mind ?" des Pixies, Jack et Marla assistent main dans la main à l'apocalypse. Un film qui reste culte pour une génération de cinéphiles, tout simplement.
Cependant, les critiques et les producteurs n'ont pas eu la même perception de ce film et David Fincher a vite été considéré comme "persona non grata". Le film exprime un message fort contre la société de consommation qui envahit nos foyers à coup de publicité et de promotion, il attaque ces images parfaites qui peuplent les pages de papier glacé et qui modèlent notre vision de la beauté, il fustige les différences sociales et le rêve américain avec une telle violence que la presse l'a considéré comme démagogique et néo-nazi (sortir un film néo-nazi budgété à 63 millions de dollars, faut le faire !). Le film se plante au Box-Office mais cartonnera en DVD. David Fincher est attaqué de partout par les critiques, les professionnels qui se plantent lamentablement sur ce film qui est sans doute l'ultime chef-d'œuvre de David Fincher.

 

 

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L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

 

Visiblement désireux de ne pas renouveler une expérience aussi polémique, Fincher fait une petite pause le temps d'apparaître en clin d'œil dans Dans la Tête de John Malkovitch de son ami Spike Jonze (1999) et dans Full Frontal de Steven Soderbergh (2002). Désormais reconnu, il décide de travailler sur des projets plus hollywoodiens. On lui propose Spiderman, il refuse au profit de Sam Raimi, il travaille un temps sur Confessions d'un Homme Dangereux qu'il abandonne au profit de Bryan Singer, puis de Georges Clooney, Leonardo Di Caprio l'appelle enfin pour réaliser Arrête Moi Si Tu Peux qu'il préfère laisser à Steven Spielberg. Il a trouvé un nouveau projet. Associé au scénariste à succès David Koepp (L'impasse, Snake Eyes, Jurassic Park, Spiderman, La Guerre des Mondes), il décide de tourner avec Nicole Kidman Panic Room, un huis clos sombre. Il appelle Forest Whitaker, Kirsten Steward, Patrick Bauchau et retrouve Jared Leto (le Angel Face qui se faisait défigurer dans Fight Club, c'était lui) pour constituer un casting solide. Le film sera sombre, il recollabore donc avec Darius Khondji, il retrouve aussi son vieux compagnon Howard Shore, et lance la production. Nicole Kidman sort du tournage de Moulin Rouge avec une cheville foulée, David Fincher appelle donc Jodie Foster qui, alors présidente du jury du festival de Cannes, laisse son fauteuil à Liv Ullman. Le tournage peut commencer. Le scénario est simple et ne pose aucun problème au studio, Fincher boucle son film tranquillement. A sa sortie, les critiques sont moyennement bonnes, le film remporte cependant un certain succès dans les salles. Il demeure tout de même un tournant dans l'œuvre du cinéaste.

 

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La mise en scène de David Fincher est sobre et fidèle à elle-même, il développe pour l'occasion un plan qui est resté dans les mémoires avec une caméra littéralement flottante dans l'air, lors de l'arrivée des braqueurs, aboutissement des recherches de techniques cinématographiques de Max Ophuls, Stanley Kubrick et Brian De Palma. Cependant, à part ce plan, son film est pantouflard et malgré des acteurs très professionnels, il ne décolle jamais vraiment du plancher. Fatigué des critiques, Fincher s'est considérablement assagi et ne cherche plus à pousser ses limites, il entre dans un quotidien de "pop-corn movies", il n'a plus le feu sacré. La lumière ne brille plus par sa maîtrise du clair-obscur, la musique est l'une des plus mauvaises du compositeur, inutile de s'appesantir sur le sujet, le film est tout simplement un quasi-ratage dénué de personnalité.

 

La substance de Zodiac, son film suivant, est tellement dense qu'elle invite le spectateur à voir le film à répétition. Sur le papier, présence de Fincher derrière la caméra oblige, on pourrait se croire en face du nouveau Se7en et se réjouir de la noirceur retrouvée du réalisateur après l'expérience mineure de Panic Room. Or, à l'écran, c'en est l'antithèse absolue jusque dans la caractérisation des personnages. Le point de vue est très intéressant. Est-ce que Zodiac doit être vu comme l'avènement du néo-Fincher? Rien n'est moins sûr. Pré-générique: le Easy to be hard de Three Dog Night - et non pas le dernier Nine Inch Nails - accompagne deux adolescents en voiture, proies innocentes d'un tueur fou. Passé cette scène d'introduction percutante à la manière du Cronenberg de History of Violence, le générique - enfin - apparaît. Et surprise: il est sobre. Le titre «Zodiac» apparaît en minuscule au moment où l'antihéros quitte son môme devant l'école. Ce môme, ce pourrait être Fincher qui dans les années 70 a eu peur du Zodiac comme tous les copains de son âge effrayés par ce fait divers (le tueur menaçait des cars d'écoliers). De là à conclure que cette fascination pour les tueurs en série est née de l'ivresse procurée par cet événement, il n'y a qu'un pas. Mais au-delà de cette dimension personnelle, on reste troublé par cette sobriété. Sur environ trois heures, Fincher raconte la traque d'un tueur dont on ne connaîtra pas l'identité (pas la peine de chougner: on le sait dès le départ). Point barre.

 

 Sous son apparence de mélodrame nostalgique et familial, L'étrange histoire de Benjamin Button ressemble au film de toutes les surprises dans la carrière de David Fincher. C'est justement parce qu'il semble plus conventionnel que ses précédents longs métrages qu'il est singulier. Pendant près de trois heures, le récit balaie plus d'un demi-siècle d'histoire américaine du point de vue d'un personnage hors norme. La construction évoque un puzzle qu'il faut recomposer et parfaire. Dans un second temps, naît une histoire d'amour classique où les sentiments régulent l'ordre et le désordre durant une période déterminée. En réunissant deux personnages hantés par la question de l'âge, le film donne à réfléchir sur le passage du temps, les possibilités de l'espèce humaine et sa propension aux bonheurs et aux malheurs. C'est dans ce domaine qu'il excelle en utilisant des prothèses et des maquillages hallucinants pour illustrer le processus de vieillissement et de rajeunissement chez le personnage principal (Brad Pitt a l'occasion de malmener sa plastique). Le revers de la médaille, c'est que les prouesses sont si efficaces que l'attention du spectateur peut dévier et que l'émotion perce difficilement. Quid de Facebook? La réponse very soon...


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