Qui aurait pu imaginer que Justin Timberlake, seulement 29 ans, arriverait à cartonner dans les charts de petits clous et à livrer cette année l'une des meilleures performances au cinéma? Qui aurait cru que derrière ce tombeur de minettes singeant Michael Jackson dans ses chorégraphies se cacherait une authentique graine de comédien capable de beaucoup ? On le soupçonnait mais ça se confirme chez David Fincher : Justin a du talent, un cerveau opérationnel et surtout un talent pluriel. Premier bon point : il n'a manifestement pas envie de se mettre en scène dans des films voués à son ego et préfère se fondre dans des personnages ayant un minimum d'épaisseur psychologique. Il l'a prouvé par le passé.
Tout d'abord, dans Alpha Dog, de Nick Cassavetes, une chronique adolescente qui à défaut de posséder le trait incisif et le regard désabusé d'un Larry Clark valait pour l'abattage de ses interprètes, tous très biens ; ou, encore, le remarquable Black Snake Moan, de Craig Brewer, construit, rythmé, monté, filmé comme un morceau de blues où dans un élan cathartique chaque caractère fredonnait le même spleen existentiel. Dans ce dernier, Timberlake incarnait le chéri névrosé in the army now d'une nymphomane (Christina Ricci, retrouvée). Aurait-il une faculté innée à magnétiser la caméra avec laquelle il joue sans cesse ? Aurait-il compris qu'il fallait passer la seconde et frapper un grand coup pour convaincre les sceptiques ? Fini le temps où Justin écrivait des chansons pour se lamenter sur ses ruptures conjugales (le très pop et très entendu Cry me a river sur sa relation amoureuse avec Britney Spears). Aujourd'hui, Justin est la star polyvalente que rien ne laissait entrevoir : «Un peintre fait-il un tableau car il doit le faire avant le 21 décembre? Non, il ne le fait pas. Il crée quand l'inspiration lui vient. C'est la même chose pour moi avec la musique»
Il y a encore six ans, ce mec cool né en 1981 n'était qu'un chanteur de pop et de R&B ayant commencé dans un groupe de boy's band (*NSYNC) avant de se lancer dans une carrière solo fructueuse (il a vendu 7 millions d'exemplaires de son premier album Justified) et de cartonner aux hits machines avec l'album Future sex/Love Songs (les tubesques My Love et SexyBack). Bien avant, il s'est fait connaître à 8 ans en reprenant un tube des New Kids On The Block (Tonight) et faisait les beaux jours du "New Mickey Mouse Club", où il a pu faire ami-ami avec Christina Aguilera, Britney Spears ou encore JC Chavez, son futur partenaire au sein de N'Sync. Ce crooner funk qui se prend pour l'enfant improbable de Michael Jackson et Prince aurait pu rimer au cinéma avec argument commercial toc, prestation musicale obligatoire et performance ostentatoire. En réalité, Timberlake est un argument piège : à l'exception d'une babiole (Edison, de David Burke, aux côtés de Kevin Spacey et Morgan Freeman), les films qu'il choisit s'inscrivent plus dans une tradition de cinéma pointu qui sous des apparats trompeurs vise une certaine exigence.
A ce titre, Southland Tales, de Richard Kelly, s'avère un beau cadeau empoisonné dont il pourrait avoir cerné le discours ironique. Sous son apparence mode bubble gum, ce film (de) malade n'est rien de moins qu'un coup de griffe teinté de nostalgie à toute une génération rock/pop à laquelle Justin Timberlake comme son pendant féminin de Britney Spears (transformé en actrice porno reine du tube cathodique et incarné pour l'occasion par une vraie actrice, Sarah Michelle Gellar) appartiennent. Justin y incarnait un soldat mystérieux, enfant des guerres menées par Bush, chargé de veiller au rythme des marées, premier témoin privilégié d'une apocalypse imminente dans un écrin factice. Richard Kelly lui a offert un interlude musical où les chorégraphies sont limitées et la musique, dénaturalisée, ne signifie plus grand-chose. Depuis, il a fait un duo avec Madonna (4 minutes, un succès), doublé le Roi Arthur dans Shrek 3, fait le clown au Saturday Night Live - où il était mortel -, enchaîné avec un nanar (The Love Guru). Son dernier bon coup? The Social Network, l'impressionnante parabole de David Fincher, librement adaptée de la vie de Mark Zuckerberg, le créateur du réseau social Facebook, sur les modernes solitudes. Physiquement méconnaissable, Timberlake subjugue. Désormais, après ces coups d'éclats en forme de promesses, on adorerait le voir prendre encore plus de risques : se perdre chez un Terrence Malick, un Hal Hartley, un Peter Greenaway ou un Gregg Araki. A la différence des nouvelles stars popeuses, il en est capable.

L'histoire : Avec ses amis, Mark Zuckerberg va se lancer dans un projet qui va révolutionner le monde de l'Internet : ils inventeront le site Facebook. Le film sui[…]
