Film d'épouvante étrange et minimaliste de Robin Hardy,
The Wicker Man se joue de l'opposition entre christianisme et ancien celtisme. Au delà de ses caractéristiques filmiques intrinsèques,
The Wicker Man, grâce aux rumeurs et anecdotes ayant auréolé son tournage et sa sortie en 1973, justifie son appellation de film culte.
THE WCKER MAN (1973)
Un film de Robin Hardy
Avec Edward Woodward, Christopher Lee, Britt Ekland, Diane Cilento, Ingrid Pitt
Durée : 1h39
Le sergent Neil Howie débarque du continent pour enquêter sur la disparition de la jeune Rowan Morrison sur l'île reculée de Summerisle. Chrétien pratiquant, cet homme très pieux est outré par les moeurs licencieuses des habitants. Tous observent en réalité les croyances et les rites du paganisme celtique. Au fil de son enquête, Howie comprend que les autochtones et leur énigmatique seigneur, Lord Summerisle, lui dissimulent la vérité sur la disparition, ou peut-être le meurtre, de la jeune Rowan. Etrange histoire que celle vécue par le très sérieux et circonspect héros de
The Wicker Man. A travers sa structure policière imaginée par le scénariste Anthony Shaffer, le film nous dévoile l'insolite mode de vie des habitants de Summerisle. Entre les chants graveleux entonnés par les clients du pub local, les séances de danse en plein air réunissant des nymphettes nues autour d'un feux, et la science phallique enseignée aux jeunes filles par leur institutrice, l'île se révèle, sous le regard indigné du sergent Howie, comme un temple insulaire de la débauche et de la conspiration silencieuse. Chacun dissimule en effet derrière ces pratiques lubriques et quelque peu enfantines un secret bien gardé. Pour découvrir le mystère de la disparition de Rowan Morrison, Howie n'a d'autre choix que de se prêter à un jeu de cache-cache avec les membres de la communauté.
Le passage en revue des pratiques païennes perpétrées dans cet environnement faussement bucolique occupe ainsi la longue attente sur laquelle est construite l'intrigue policière du film. Aux côtés de Britt Eckland, véritable icône féminine, si naturelle et décomplexée que Rod Stewart, son compagnon de l'époque, tenta de racheter toutes les copies du film pour dissimuler sa plastique aux yeux avertis des spectateurs, Christopher Lee prête au seigneur de Summerlise une étrangeté déconcertante et un enthousiasme des plus jubilatoires.
The Wicker Man exploite également en filigrane la comparaison entre cultes chrétiens et païens. La piété et l'austérité bigote de Howie l'apparentent à un prêtre égaré en terres profanes, incapable de lutter contre le fanatisme des habitants de l'île dont l'extrémisme fait en réalité pendant au sien. Le celtisme renvoie à des notions parfaitement antagonistes à celles du christianisme. La proximité de l'homme avec la nature et le monde animal, la célébration de la jouissance et de la liberté sexuelle apparaissent au serviteur de l'ordre autoritaire et civilisé qu'incarne Edward Woodward comme contraires à la morale. De l'incompréhension absolue d'Howie et de son intolérance convulsive face à ceux qui l'entourent naît son incapacité à atteindre une vérité trop étrangère à sa vision du monde.
Mais cette confrontation ambiguë entre paganisme et christianisme ne consacre cependant aucun vainqueur. Chaque religion possède les travers d'un intégrisme farouche impliquant les notions de sacrifice nécessaire à la salvation du monde. L'extrême luminosité de l'île n'est qu'un éclairage trompeur, celui d'un ailleurs aux croyances importées à des fins purement utilitaires. A travers les épreuves et le sort subi par Howie,
The Wicker Man développe un traitement ouvertement ironique de la thématique religieuse. Point d'orgue de ce thriller baroque et déroutant particulièrement significatif de son époque, l'incendie de l'Homme d'osier évoque en dénouement l'immolation symbolique de l'autorité politique à travers ses effigies.
Elise SutterPrésenté cette année aux festivals de Venise et de Sitges,
The Wicker man, de Neil LaBute, marque les premiers pas d’un cinéaste indépendant aux commandes d’une production Hollywoodienne horrifique. Il s’agit surtout du remake d’un classique éponyme de Robin Hardy qui ressort en ce moment dans les salles. Hélas, le résultat n'est pas à la hauteur.
THE WICKER MAN (2007)
Un film de Neil LaBute
Avec Nicolas Cage, Leelee Sobieski, Ellen Burstyn
Durée : 1h46
Sortie prévue : mai 2007The Wicker Man, de Neil LaBute atteste, si besoin est, de la difficulté du réalisateur à rebondir après un
Possession de triste mémoire. Cette copie du film de Robin Hardy réalisé en 1973 suit à quelques accrocs près la trame du film original sans insuffler la moindre novation et surtout sans posséder une once de vertige. Ce n’était pourtant pas ce que l’on nous avait laissés croire : dans le dossier de presse, le cinéaste littéraire qui privilégie les dialogues acérés aux mouvements de caméra sophistiqués affirme avoir réécrit l’intrigue du film en s’inspirant du scénario originel écrit par Anthony Shaffer (lui-même inspiré par
Ritual, la nouvelle de David Pinner). De manière cohérente, il a transposé le cadre angoissant anglais dans la bourgade américaine. Le cheminement dramatique entre les deux films reste pourtant le même : un flic part à la recherche d’une petite fille disparue et débarque sur une île loin du monde où le temps semble avoir changé et où les habitants, masqués et étranges, se livrent à d’étranges coutumes de sacrifices humains. Ce microcosme est principalement dirigé par des femmes manipulatrices (Ellen Burstyn remplace le rôle tenu par Christopher Lee) si bien que pour enfoncer la métaphore, le cinéaste n’hésite pas à jouer sur la douceur du langage face à l’excitation progressive de Cage et à apporter une dimension androgyne même pas exploitée, dépourvue de toute connotation sexuelle. Pour ainsi dire,
Sirènes, de John Duigan, était presque plus troublant dans le genre.
Ce qui est gênant au fur et à mesure que le film déroule ses bobines, c’est que Neil LaBute n’a visiblement pas l’air de prendre au sérieux le grand bazar de la série B et privilégie une dimension absurde en travaillant un climat proche de
Stepford Wives où les femmes vivant sur l’île sont apparemment décrites comme des automates conformées à des us et coutumes qui les dépassent et empêchent toute implication personnelle. En réalité, il aurait fallu un cinéaste comme Shyamalan pour faire le grand écart entre ce qui relève du frisson pur et du bluff grandguignolesque, un peu à la manière du
Village. Là, pendant quasiment deux heures, on a juste Nicolas Cage un peu perdu et un personnage pas habité qui se contente naïvement de mener une enquête et d’en remonter la source démoniaque. On a l’impression de voir une adaptation de
Silent Hill par James Ivory.
Tous les personnages se comportent de manière suffisamment excentrique pour alerter le protagoniste du danger, mais avec un air innocent, il poursuit ses recherches en raison d’un gros traumatisme (la scène de l’accident dans les premières minutes où il a vu périr dans les flammes – comme c’est malin – une femme et sa fille). Pendant son parcours, il est assailli de visions surnaturelles pas vraiment crédibles. Plus il avance, plus il s’enfonce et il semble être le seul à ne pas s’apercevoir du pot aux roses. Ce qui fait qu’on a constamment une heure d’avance sur ce qui va se passer. Une sensation d’autant plus tannante lorsque l’on connaît l’original et qu’on comprend très vite que le dénouement sera identique. Au lieu d’apporter un point de vue, Neil LaBute police un thriller laborieux et convenu, qui manque de nerf et qu’il filme comme une comédie romantique avec des plongées bien clean, un montage sage, sans aspect craspec. C’est presque si
Nurse Betty était plus inquiétant.
Les quinze dernières minutes privilégient le retournement de situation, pessimiste bien entendu. Mais là où le film de Robin Hardy laissait le spectateur troublé par ce qu’il venait de voir, LaBute donne la sensation de filmer une rave party géante où les actrices – qui méritent mieux – et les figurants attendent leur chèque pour payer leurs dettes. La bande-son d’Angelo Badalamenti n’arrange rien. On nous avait promis un summum d’angoisse stylisée, on se retrouve avec une musique pas stimulante pour un sou. La nouvelle équipe échoue à instiller la moindre atmosphère (le pompon revient à Ellen Burstyn en reine des abeilles), à provoquer la moindre angoisse et toutes les scènes censées être dérangeantes ne provoquent qu’un ennui lourd et maladroit. Le premier degré gnangnan avec lequel tout se déroule ne fait qu’enfoncer le clou.
La déception est d’autant plus forte que cela ne fait qu’ajouter aux mauvais remakes actuels qui viennent entacher les films d’origine (
Fog, dernièrement) alors que l’idée de réactualiser un film d’horreur obsolète pour lui donner des connotations encore plus actuelles, surtout en ce moment, n’était pas mauvaise. Plus inquiétant encore, on a apparemment vu à Sitges une version
uncensored - ce qui signifie que dans les salles les scènes les plus «traumatisantes» ont été charcutées. Mis à part Nicolas Cage, le casting, réunissant une belle galerie d’actrices trop rares (Molly Parker, Ellen Burstyn et Frances O’Connor), fait ce qu’il peut avec un dévouement qui force l’admiration. On en est presque à vous recommander dans le même registre B/Z,
2001 Maniacs, de Tim Sullivan, qui stigmatisait le fanatisme religieux de manière plus franche et gore. Dans tous les cas, revoyez l’original.
Romain Le Vern