Par Florent Kretz - publié le 10 décembre 2008 à 10h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h18 - 0 commentaire(s)
L’un des événements du mois dans le planning DVD est assurément la sortie de la série Lonesome Dove. Et même si celle-ci est relativement inconnue en France, gageons qu’elle se révélera être une excellente surprise pour tous ceux qui s’amourachent des épopées du grand Ouest et des westerns à l’ancienne. Car, bien plus qu’une simple reconstitution, il s’agit bel et bien d’une peinture d’une autre époque, d’une autre culture qui nous est présentée. D’autres codes moraux, d’honneur et de vie qui, s’ils font parties intégrantes de l’histoire passée et révolue du continent américain, semblent pourtant toujours bien présents. Et ce bien plus que dans la culture de l’arme à feu, la prolongation des traditions familiales de certains états ou encore certaines politiques... Passionnant donc de découvrir, au travers de ce récit, les fondements d’un pays que l’on connaît par ses affres vis-à-vis de son évidente jeunesse et ses coups d’éclats. Ou comment le pays le plus fantasmé tente à la fois de conserver son folklore mais aussi de se réinventer totalement. Ainsi, il est légitime de retrouver les succès systématiques, sur le continent U.S, des grandes fresques patriotiques et des tableaux représentant l’héritage pauvre en quantité historique mais riche mythologiquement parlant.

Lonesome Dove est l’un de ces grands moments qui passionna les spectateurs américains, la représentation héroïque et réaliste de ses figures d’autrefois se faisant plus qu’alléchante. Interprétés par des gueules, des vraies, des mecs avec du vécu, porté par un casting somptueux, la reconstitution basée sur le roman de Larry McMurtry (Le secret de Brokeback Mountain) avait déchaîné les passions. Sans doute aussi, outre l’interprétation, par la qualité formelle artistique et la maîtrise du récit employée. Mais soyons certains que le choix de comédiens aussi proches de leur histoire que sont Robert Duvall, Chris Cooper ou Danny Glover n’est pas étranger à tout cela. Pourtant, beaucoup plus discret que les actes patriotiques d’un Glover, par exemple, ultra actif sur le sujet de la parité raciale, un autre personnage attire notre attention. Car même si ses prononciations convaincues envers les démocrates et son amitié avec Al Gore furent médiatisées, Tommy Lee Jones est du genre réservé.

A la vue d’une filmographie riche mais s’étant révélée au grand public sur le tard, Tommy Lee Jones n’entretient pas forcément un rapport flagrant avec l’histoire du vieil Ouest : on aurait même, peut être, plus tendance à l’affilier dans un registre ouvertement intemporel et pro-américain tant ses prestations dans des films tels que JFK ou Dans la vallée d’Elah dernièrement sont dans la continuité logique d’un portrait de l’Amérique du XXème siècle. Pourtant, de par ses origines, sa culture ou même quelques uns de ses rôles les plus marquants, il incarne véritablement l’un des derniers grands cow-boys du cinéma. Aux cotés de Clint Eastwood bien entendu, tous les Charles Bronson, James Coburn, John Wayne, et autres Cooper, Palance, Marvin (et tant d’autres…) étant partis depuis bien longtemps. Au final, ils sont rares ceux dont les parents et les grands parents auront vécu ces périodes de chaos et d’aventures… Qui reste-t-il? Duvall, Hackman… Et ce ne sont pas les tentatives glorieuses et sincères d’un Kevin Costner, fasciné par le folklore qui parviendront à faire le point face au vécu des mentors. Jones n’a donc en aucun cas l’importance d’un Eastwood dans l’histoire cinématographique du western. Mais force est de constater que son attitude, son évidente éthique tient bien de la vieille Amérique. Et en ce sens, les rares œuvres dans lesquelles il s’employa sont significatives d’une page qui se tourne : en témoigne ces personnages vieillissant et se confrontant à des souvenirs amenés à disparaître.
Il suffit de comptabiliser les quelques tentatives de l’acteur dans le registre ou dans des métrages en reprenant les codes et les idées. Intervenant sur une fin de filmographie, des films et téléfilms comme Lonesome Dove, Les disparues de Ron Howard ou No Country for old men des frères Coen le désignent comme parfaite gueule dans la plus pure tradition des plus grands cités précédemment. Ajoutons ses deux seules réalisations que sont The good old boys et surtout Trois enterrements pour se rendre compte de l’évidence. A cela, on pourra même signaler son rôle de marshall dans Le Fugitif et sa suite qui tient plus du gadget dans cette liste mais qui, pourtant, est dans la lignée des chasseurs de primes sanctifiés par des acteurs comme Steve McQueen. Des personnages généralement contemplatifs des grands espaces et des cultures ancestrales, souvent à la recherche d’une filiation amenée à s’éteindre par la modernité et l’oubli d’une Amérique plus rurale. Souvent cavalier véhiculant des pensées et des préoccupations d’hier, il se révèle souvent le dernier bastion d’une politique rigide mais plus humaine que celle d’un gouvernement obnubilé par ses traditions et ses principes virulents voire réactionnaires. Une simplicité et une sagesse d’ancien ayant de l’expérience que les plus jeunes au pouvoir ne connaissent pas : Tommy Lee Jones représente par son calme récurrent et ses décisions fermes mais réfléchies le dernier d’une tradition bercée par les passages difficiles d’un état à la frontière de l’oubli et de l’innovation sans regard vers le passé.

Cet état, c’est le Texas, lieu à la fois mythique et terrifiant, passage obligé dans la grandeur et la décadence de l’Amérique. Un état qu’il affectionne particulièrement au point de lui consacrer ses deux essais personnels : comme il le précisera lui-même, ses histoires se font témoins d’idéologies croisées au fur et à mesure des années. Elles sont les preuves de routines et de croyances culturelles transmises de génération en génération. Une sorte de travail de mémoire mais aussi le constat alarmant de l’abandon non pas d’un patriotisme mais plus d’un amour envers le continent lui-même et les pionniers qui l’auront découvert. Texan dans l’âme, il est l’un des derniers d’une lignée de propriétaires terriens qui faisaient migrer leurs élevages de bétails et de chevaux avec l’aide des cow-boys employés pour l’occasion… Et ce malgré des choix de carrière radicalement différent, le sang coulant dans ses veines ne devant en aucun cas perdre de son sens. Ainsi ses sous-emplois habituels, voir même ses contre-emplois, dans une grande partie de sa carrière symptomatisent d’autant plus ses choix maintenant qu’il possède le pouvoir de choisir ses rôles. Car lorsqu’on lui offre l’opportunité de se révéler et de présenter des œuvres intimes, il en profite pour souligner la riche mixité culturelle à ne pas négliger, qui se voit gentiment éclipsée par un individualisme de plus en plus présent et une recherche de la conformation systématique. Une idéologie voulant rappeler l’importance des rapports humains intercommunautaires, échanges rencontrés le temps d’une vie lors de ces années passées dans le sud à la frontière du Mexique. La force de son film réalisé avec l’aide de Guillermo Arriaga étant justement de dénoncer la fermeture d’esprit d’un pays où, géographiquement et culturellement, il y a de la place pour tous, Jones s’interdisant tout de même de porter un quelconque jugement sur les politiques de fermeture de frontières.

C'est un acteur que l’on aurait tendance à peut être trop considérer comme dénué de parole ou de pensée tant sa retenue est exemplaire mais qui pourtant semble, par ses choix, s’exprimer avec brio. Le retrouver, aujourd’hui, dans Lonesome Dove dans le rôle de Woodrow F. Call en est d’autant plus significatif puisque le tout devient alors assez cohérent. Et combien même ses échanges avec Sam Shepard seraient plus évidents, c’est sans doute la gravité de son jeu et la sublime raison qu’il offre à un personnage aux principes pourtant musclés qui mettent en exergue ce fascinant regard sur le vaste monde qui l’entoure. Un regard plein d’amour mais hanté de désillusions... Tommy Lee Jones serait donc l’un des vrais derniers cow-boys, fils naturel des Cherokees? Sans doute! Ce à quoi, il précisera que l’amalgame n’est en aucun cas possible : il ne se permettrait jamais de se mettre au niveau du courage de ces hommes!
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