Ils sont affreux, sales, méchants et on les aime pour ça. A l'occasion de Henry, du méchant Francis Kuntz, retour sur les films les plus drôlement méchants. Et vous quels sont vos chouchous ?
1. C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS
Dans ce faux documentaire, une équipe de journalistes suit un tueur particulièrement psychopathe qui s'en prend aux enfants, aux personnes âgées, aux défavorisés, viole en chantant des chansons paillardes, joue à cache-cache avec l'enfant qu'il va étouffer, improvise des poèmes sur les pigeons et déblatère presque naïvement une pensée parfaitement stupéfiante d'homophobie « ...typiquement dans l'esprit des jardins japonais, parce que ces gens-là, malgré tous leurs défauts, avaient compris beaucoup de choses ! » ; « Les Noirs s'entendent très bien avec les animaux, c'est connu... Ils ont une façon de leur parler. » D'anthologie... Ben, c'est l'archétype du mal. Tueur en série à plein temps, il assassine à tout va, préférant les petites vieilles sans défense et les familles innocentes. Il ne manque jamais de sortir une réplique bien piquante, dérangeante au possible mais avec poésie et panache. On se souviendra de sa prose sur les pigeons, ses paroles d'amour quand il besogne Martine ou quand il croise une petite fille rentrant chez ses parents... C'est du dix-septième degré à prendre avec le recul nécessaire pour comprendre la farce lugubre de Benoît Poelvoorde. C'est arrivé près de chez vous offre un personnage qu'on ne peut aimer mais qu'on adore détester.
2. LE PERE NOEL EST UNE ORDURE
Le sommet du Splendid. Même après des dizaines et dizaines de visions, Le père noël est une ordure continue à provoquer les rires. De dialogues cultes (Homme en retard, liaison dans le tiroir, Je ne vous jette pas la pierre, Pierre, C'est fin, c'est très fin, ça se mange sans faim, Joyeux Noël Félix,...) en situations désopilantes (les arrivées impromptues de monsieur Preskovitch, les mésaventures de madame Musquin coincée dans l'ascenseur,...), il est impossible de résister à cette mécanique parfaitement huilée. Quant aux acteurs, ils sont tous exceptionnels.
3. HAPPINESS
Happiness touche un nerf encore plus sensible que Bienvenue dans l'âge ingrat, le précédent Todd Solondz, avec un humour sans indulgence. Trois soeurs - et à travers elles une galerie de monstres humains - prennent conscience que leur vie repose sur une illusion morbide. Le cinéaste a reproduit la même technique dans Storytelling qui était divisé en deux segments. Dans le second - de loin le plus substantiel -, une famille composée d'un père couard, d'une mère aveugle et deux enfants pourris gâtés exploite une femme de ménage émigrée, tout en étant exploitée par un documentariste minable. La fin est tellement désespérée qu'elle ne fait aucun doute sur les intentions sadiques de Solondz.
4. LA GUERRE DES ROSE
Le meilleur film et de loin, de Danny DeVito (depuis, c'est le calme plat) fait toujours autant recette question humour noir. Jamais au grand jamais, on a autant jubilé devant le spectacle d'un couple qui se déchire (tout le contraire de Qui a peur de Virginia Woolf si vous voyez ce que l'on veut dire). Plus Oliver et Barbara se font des crasses (et Dieu sait qu'ils vont loin dans le domaine, mention spéciale au menu arrosé façon Oliver ou encore au pâté préparé amoureusement par Barbara) et plus nos zygomatiques sont mises à rude épreuve. La force du film, c'est aussi de ne pas prendre partie (un léger avantage du cœur pour Oliver toutefois mais c'est un homme qui parle ici). Dans leur entêtement, les deux ex-amoureux sont tout aussi coupables et l'inévitable fin tragique n'est alors que justice. Danny DeVito a eu l'heureuse idée d'associer de nouveau le couple du Diamant vert et du Nil (il a même avoué n'avoir accepté le film que pour pouvoir annoncer la pause déjeuner une fois les deux stars suspendus au lustre pour les besoins de la séquence finale). Michael Douglas et Kathleen Turner dans (pour l'instant) leur dernière rencontre cinématographique s'en donnent à cœur joie et se rendent coup pour coup. Tout ceci fait de La guerre des Rose un des sommets inégalés de l'humour noir et un avertissement aigre-doux à quiconque voudrait se marier...
5. PINK FLAMINGOS
Dans Pink Flamingos, Divine remporte incontestablement le prix de la personne la plus immonde en exécutant la plus basse des manœuvres : bouffer une déjection canine. Depuis, à cause du film, il existe une loi aux USA interdisant cette pratique. De manière régulière, John aime à s'entourer de ses acteurs fétiches et tourne quasiment toujours dans sa merveilleuse ville de Baltimore. Divine, héroine diviste, incarne l'une des principales figures de Pink Flamingos (1972), course à l'ordure, film-poubelle dégueulasse et exquis. Quoi qu'il en soit - et surtout quoi qu'on en pense -, c'est un événement majeur dans le petit monde de la cinéphilie. D'un strip-tease très particulier (le genre de truc impossible à décrire) jusqu'à la frénésie de l'inoubliable Edith Massey qui, dans son parc à bébés, réclame ses œufs ("I want my eggs !"), jusqu'aux lesbiennes reproductrices et violées cloîtrées dans des caves. Horrible ? Non, poilant. Du début à la fin.
6. L'ARGENT DE LA VIEILLE
L'Argent de la vieille est une petite perle culte à ranger aux côtés des comédies sociales telles qu'Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola ou la trilogie des Monstres. Il est loin le temps où le cinéma transalpin se livrait à une analyse aussi jouissive qu'intelligente des rapports sociaux. Un simple jeu de cartes, plus précisément la Scopa, devient tout un symbole social, une confrontation, un affrontement. Comencini nous conte une fable où les riches veulent le rester en se servant du désir des pauvres à vouloir se sortir de leur condition sociale. Ici la lutte des classes ne se fera pas par le dialogue mais par une partie de cartes interminable où l'issue est déjà connue avant même que la partie commence. Bette Davis est surprenante dans le rôle de cette vieille increvable, cynique, capricieuse et méchante. Derrière sa passivité se cache un véritable démon. Pour anecdote, le scénario corrosif et mordant de Rodolfo Sonego (tiré d'un fait divers) est un des rares à avoir contenté entièrement le cinéaste Luigi Comencini durant toute sa carrière. A raison ! L'Argent de la vieille demeure une superbe et efficace comédie. Les dialogues sont enlevés et caustiques, les acteurs exceptionnels. L'Argent de la vieille est une oeuvre majeure, furieusement politique, une perle de la comédie italienne des années 70. A redécouvrir, si pas déjà fait.
7. BAD SANTA
Plus de vingt ans après l'exquis Père Noël est une ordure et ses répliques inoubliables ("Mais qu'est-ce que c'est que cette matière? Mais c'est... C'est de la merde? Non, non, c'est Kloug", "Vous avez fait des ratures partout, vous avez tout salopé ma feuille, sac à merde" etc.), le gentil papa Noël est de retour et, tenez-vous bien, plus malotru que jamais. Non, ici, il ne distribue pas des prospectus pour une boîte de strip-tease et ne vit pas dans une roulotte avec Zezette épouse X, mais une grosse enflure qui abhorrent les mômes et ne pensent qu'à tirer son coup avec la première fille qui passe. Vulgarité crasse, barbe postiche, émotion souterraine. Après Crumb et Ghost World, Terry Zwigoff use une nouvelle fois dans Bad Santa de tout ce qui fait le charme de son style : un humour pince-sans-rire, une pléthore de personnages méchants, drôles, naïfs et génialement débiles, un script noir, triste et intelligent sous la futilité du divertissement... Résultat: un horrible conte de Noël transcendé par un Billy Bob Thornton (impeccable). Un film qui préfère la méchanceté crue à la sensiblerie suintante, le rire intelligent à la niaiserie calibrée. Que des bonnes nouvelles.
8. LA GRANDE BOUFFE
Un pilote de ligne (Marcello Mastroianni), un juge d'instruction (Philippe Noiret), un restaurateur (Ugo Tognazzi) et un journaliste télé (Michel Piccoli) s'enferment dans un manoir pour un séminaire gastronomique avant de se fourvoyer dans les excès. Ils sont rejoints par Andréa Ferréol, une institutrice paumée qui représente à la fois l'image de la mère, de l'enfant mais aussi de la putain. Le plaisir a son prix et le gavage, ses conséquences. Comme toujours chez Marco Ferreri, la provocation de surface dissimule un malaise social. Ce suicide collectif place ceux qui y participent au rang de victimes du consumérisme. En visant l'obscénité au sens premier («sur le devant de la scène»), Ferreri filme la destruction des corps et fouille la beauté dans la laideur. Certaines répliques ("Le corps de la femme est une vanité" ; "ça, c'est de la bonne viande") et certaines scènes (Ferreol utilisée comme rouleau à pâtisserie, Piccoli qui tient une tête de porc) continuent de hanter les mémoires et méritent à elles-seules de revoir ce classique des années 70 ayant fait scandale lors de sa présentation au festival de Cannes.
9. TORRENTE
Pour ceux qui auraient la chance de ne pas le connaître, José Luis Torrente est un personnage à part entière. Rapidement résumé, on peut dire qu'il s'agit du flic le plus ripou, le plus grossier, le plus beauf et le plus crétin. Bref, l'antihéros adéquat pour fomenter une bonne critique sociale bien cinglante (d'où certaines idiosyncrasies qui dans nos contrées peuvent être mal comprises). Santiago Segura, immense star en Espagne, collaborateur de longue date avec Alex de la Iglesia (souvenez-vous de l'hilarant Jour de la bête) avec lequel il est aujourd'hui brouillé, campe l'affreux, sale et méchant Torrente pour le meilleur. Une pourriture digne d'un Anthony Wong ibérique : égoïste, raciste, alcoolo, misogyne et incommensurablement con. Le second volet, bizarrement inédit dans les salles françaises, surpasse le premier sans doute parce qu'il amplifie les formules (on retrouve plusieurs sous-Torrente, encore plus débiles) et n'hésite pas à pousser le bouchon encore plus loin (des dialogues encore plus violents et corrosifs). Le troisième a été un carton au pays d'Almodovar.
10. EX AEQUO GHOST TOWN
Un dentiste médiocre (Ricky Gervais, géniale découverte de la série The Office) déteste tout le monde : les collègues, les majordomes, les infirmières, les médecins bronzés. Un jour, suite à une opération chirurgicale, le misanthrope se rend compte qu'il a le don de voir les morts et qu'il est poursuivi par des hordes de fantômes errants n'ayant pas eu le temps de faire la paix avec eux-mêmes. L'un d'eux (Greg Kinnear) se révèle plus insistant que les autres. Gros programme pour ce nouveau long-métrage du réalisateur David Koepp qui reprend un thème fantastique déjà exploré dans Hypnose : un personnage pourvu d'un don, capable de voir au-delà du réel. Même si le personnage finit par s'humaniser, le ton mordant parcourt le récit jusqu'à atteindre des sommets dans l'abjection (la scène de l'opération est corsée!)
10. EX AEQUO BERNIE
Bernie, enfant de la DDASS décide se prendre en main à l'age de 30 ans et de découvrir le monde. Son rêve le plus cher : retrouver ses parents qu'il fantasme comme un couple d'américains victimes d'un complot international voulant détruire la petite famille. La vérité est toute autre. Vaut-il mieux être ami avec une hyène qu'avec de vrais amis? Si l'état social actuel nous empêche de faire basculer la balance d'un coté où de l'autre, puisque le monde composé d'une énorme quantité de hyènes nous oblige à nous faire des amis parmi celles-ci et inversement, il est néanmoins certain que la famille, elle, on ne la choisit pas. Pourtant Bernie, paranoïaque ravagé du bulbe pour avoir basculé violemment dans un vide ordure lorsqu'il était nourrisson, est bel et bien décidé à retrouver ceux qui l'ont rejeté plutôt que de vouloir s'insérer dans une société déjà bien difficile. Avec la virulence qu'on lui connaît, Albert Dupontel traîne son orphelin en perpétuelle recherche d'identité dans les bas fonds d'un univers qu'on s'efforce d'oublier et où seul un esprit simple - nourri de références américaines, pléonasme? - et complètement innocent voudrait encore s'y aventurer le sourire aux lèvres. Malgré son exposition évidente et inquiétante de la France en détresse, Bernie n'en demeure pas moins un cartoonesque fait divers sous acide n'ayant pour seul but de titiller nos zygomatique, et après nous avoir fait joyeusement pouffer sur scène, il réussi haut la main son premier examen de passage sur grand écran.

L'histoire : Dans ce faux documentaire, une équipe de journaliste suivait un tueur particulièrement psychopathe qui s?en prenait aux enfants, aux personnes âgées, […]
