Nos spécialistes de la baston rédactionnelle optent pour leurs dix films préférés dans le genre. Et vous, vous êtes plutôt quoi ? Jackie Chan ou Jet Li ? Tony Jaa ou Wesley Snipes ? On attend vos commentaires dans nos forums !!!
1. DUNKEN MASTER 2
Lorsque Jackie Chan décide de donner une suite à Drunken Master, un de ses premiers succès qui est un incontournable de la Comédie Kung-Fu, cela fait déjà presque quinze ans qu'il n'a plus touché au pur film d'arts-martiaux. Il s'était en effet spécialisé depuis le début des années quatre-vingts au cinéma d'action contemporain où il associait courses poursuites et cascades à son talent unique d'homme élastique. En reprenant son personnage de Wong Fei-Hong, qui fût interprété entre temps par Jet Li dans la saga de Tsui hark Il Etait Une Fois En Chine, Jackie Chan veut retrouver l'esprit des véritables Kung-Fu d'antan et fait donc appel au maître du genre, Liu Chia-Liang, qui est tout simplement LE plus grand réalisateur de Kung-Fu Comédy. Ayant déjà réalisé un épisode mettant en scène Wong Fei-Hong (Le Combat Des Maîtres), Liu Chia-Liang enchaîna à la fin des années 70 une série de films excellents, où la mise en scène s'accordait parfaitement aux chorégraphies démentielles de son auteur. My Young Auntie, Dirty Ho, Mad Monkey Kung-Fu font parti des perles du genre de ce génie au style inégalé. Mais depuis son dernier chef-d'oeuvre en 84 (le terrible 8 Diagram Pole Fighter), il n'a lui non plus touché au Ciné Kung-Fu et c'est même compromis dans divers nanars (de Mad Mission 5 à Tiger On The Beat). La rencontre de cette légende vivante (il est un descendant du véritable Wong Fei-Hung) avec la star la plus populaire d'Asie, ne pouvait donc qu'aboutir à un film unique en son genre, un véritable best-of du cinéma d'arts martiaux où Jackie Chan, à plus de 40 ans bouge, combats, virevolte comme si il en avait 20. Mais Legend Of Drunken Master n'est pas tout à fait le film de Liu Chia-Liang, qui s'est fait gentiment remercié par la star qui trouvait que sa manière de filmer était plutôt daté. Au final, plus d'un tiers du film fût retourné par Jackie Chan en personne. Legend Of Drunken Master n'est pas vraiment une suite directe du Maitre Chinois, et son personnage de Wong Fei-Hung est encore moins mature que celui interprété par Jet Lee. Habitant encore chez ses parents, Wong Fei-Hung est un jeune homme très complice avec sa mère (Anita Mui, sa partenaire de Miracles), joueuse de majhongs invétéré qui n'hésite pas à encourager son fils à se saouler pour qu'il puisse utiliser sa fameuse technique du ''Drunken Boxing'' (le ''Karaté Saoul'' en québécois), pour mettre la pâtée aux brigands. Par contre son père (Ti Lung, impeccable), plutôt sévère interdit lui interdit de se battre, préférant le voir étudier pour qu'il devienne plus tard, medecin comme lui. La désobéissance de Fei-Hong lui vaudra d'être chassé de la maison familiale. Le contexte politique, totalement absent du premier volet, fait ici son apparition, sans pour autant être le moteur principal du déroulement du film (comme dans le film de Tsui Hark, Wong Fei-Hung est considéré comme un défenseur du peuple contre l'envahisseur occidental). Car Legeng Of Drunken Master est avant tout un film de baston. De la baston comme on en voit rarement. Les longs morceaux d'anthologie qui parsement le film sont de véritables perles cinématographiques dont on ne se lassera pas de sitôt. L'affrontement de Jackie Chan et Liu Chia-Liang contre des dizaines d'assaillants dans une auberge restera quant à elle, une scène mythique réunissant côte à côte deux géants du cinéma d'art-martiaux.
2. TOKYO FIST
Première constatation : Shinya Tsukamoto s'octroie le rôle principal de ce quatrième film, alors qu'il s'était jusque-là contenté de figurations mémorables dans les deux Tetsuo. Tokyo Fist survenant après un silence de trois ans et reposant sur un budget plus conséquent que ses oeuvres expérimentales, on pouvait craindre que le trublion ne se repose sur un véhicule propice à relancer sa notoriété et à flatter son ego. Il n'en est évidemment rien puisque Tokyo Fist peut aisément être considéré comme le chef-d'oeuvre du directeur du ''Kaiju Theatre'' et son film le plus abouti. Tsukamoto approfondit ici la thématique définie avec Tetsuo 2 : Body Hammer, lequel est véritablement la matrice de son oeuvre de cinéaste, le premier opus, plus radical, étant davantage un laboratoire où le jeune maître, en pleine hystérie créative, cernait à la tronçonneuse les bases esthétiques de son travail à venir. Dans Tetsuo 2 : Body Hammer, un homme oubliait son passé cahotique et meurtrier pour se fondre dans la masse conformisante de la société bureaucratique. Mais ce passé, refoulé dans l'inconscient, s'exprimait brutalemnt en violant littéralement son corps, corrompu et déchiré par un virus bio-technologique non-identifié. Remplacez le métal par des pulsions auto-destructrices incontrôlables, reprenez la relation sado-maso du couple bcbg du premier Tetsuo et vous obtenez Tokyo Fist, véritable bombe atomique cinématographique. Un salary man (Shinya Tsukamoto) en ménage avec sa fiancée et dont le père agonise dans un hosto aseptisé est accosté dans le métro par un ancien camarade de lycée qu'il avait complètement perdu de vue. Ce dernier est devenu boxeur et parvient à s'incruster chez notre héros dont la jalousie se manifeste rapidement en voyant sa copine fascinée par les muscles et la hargne du nouveau venu. Irritée par les questions incessantes de son concubin, la jeune femme, par provocation, décide de se mettre en ménage avec le rival, dont l'instabilité psychologique devient dès lors évidente. Désormais, plus question de couples mais d'individus obsédés, masochistes, en perte totale de repères... Boxe, piercing, sévices diverses deviennent des exutoires à toutes les frustations et révèlent tant l'épanouissement des uns que le passé enfoui des autres.
Rarement la violence des rapports humains (rivalités entre amis, affrontements entre amants) n'a été figurée d'une manière aussi crue, outrancière et brutale. Dès la moitié du film, les personnages ne prononcent plus un mot, les coups en pleine figure remplaçant avantageusement, dans la clarté du discours, les paroles hypocrites et honteuses. Ce procédé n'est en rien une marque de complaisance : le film tout entier repose sur l'idée de véritée refoulée, domptée par la conscience soumise des protagonistes. Dans l'incapacité de se raisonner et de guérir leur esprit par la seule volonté, ces derniers expulsent les faux semblants et conditionnements en recevant des directs dans la tronche et en s'infligeant les pires supplices. De la douleur comme révélateur du Moi authentique ! Tsukamoto maîtrise à présent à la perfection son propre vocabulaire narratif et visuel. Dans la continuité logique de son projet de déconditionnement des citoyens japonais aveuglés aux réalités de la chair et de la mort par l'hermétisme urbain (filmé comme un bocal emprisonnant les humains dévitalisés), il semble évident que le réalisateur, d'une sincérité irréprochable et premier cobaye de ses propres expérimentations, se donne en exemple des mérites de cette cure radicale et salvatrice. Proposant comme alternative au très classique ménage à trois une inédite forme de triolisme et substituant à la moiteur des sentiments l'odeur persistante du sang fraîchement échappé de plaies béantes, Tokyo Fist parle évidemment de tout ce qui nous entrave pour assumer pleinement notre vie, mais se contrefiche, sur le fond, de la boxe dont le traitement, quasi-guerrier, résulte probablement des fantasmes de l'auteur, bourreau de son propre corps et fan numéro un de son frère aîné, lui-même boxeur amateur. Ce n'est pas le moindre des paradoxes de cette oeuvre qui constitue le jalon indiscutable du cinéma social japonais. Il y aura désormais l'avant et l'après Tokyo Fist.
3. KILL BILL VOL. 1
La mise est en scène est parfaitement épurée et ce que Kill Bill perd en démesure dans l'approche des scènes d'action, il le gagne en intensité. Les combats au sabre sont proprement hallucinants de réalisme. Chaque coup qui est donné tranche, chaque plaie saigne abondamment. Chaque victime souffre et crie. L'expression bain de sang prend ici tout son sens. Ce plaisir jouissif ressenti dans un blockbuster traditionnel (Commando par exemple) est ici bien plus nuancé. On a pas vraiment envie de rire. La violence agresse, castratrice au sens littéral. Chaque éviscération, décapitation, ou section de membre est prescrite comme tel. Tarantino a bien essayé par le passage de la couleur au noir blanc d'en atténuer la portée (et certainement du même coup la vindicte de la MPAA (Commission de censure aux Etats-Unis) mais c'est au détriment d'une justification simple et nette. D'autant plus que certains plans en noir et blanc dans le film sont en couleurs sur les bandes annonces. Et ces scènes sont en couleur dans la version diffusée au Japon. L'approche qu'il a du noir et blanc au départ n'est singulièrement pas la même quand il s'agit de LA scène de combat. On souhaiterait que ce soit l'unique reproche que nous puissions faire concernant la censure, mais la séquence de l'hôpital et l'affrontement entre The Bride et O-Ren Ishii ont visiblement subit des coupes franches. Un long métrage d'une maîtrise et d'une densité inattendue qui à défaut de révéler les tenants et aboutissants de son histoire, offre des combats d'anthologies et une fusion musique/images inespérée.
4. OLD BOY
Cette image d'homme suspendu dans le vide sur une chaise résume parfaitement l'acrobatie que tente d'opérer Old boy, louvoyant entre vie et mort, quête et rédemption, vengeance et manipulation. Il y a tout ça et plein d'autres choses dans ce film virtuose qui possède la densité d'un drame Shakespearien à la sauce trasho-coréenne et fait preuve d'une classe visuelle inouïe. Sur quasiment deux heures, c'est une succession ininterrompue de séquences mémorables, intrinsèquement liées par une pulsion viscérale, une envie de venger son honneur et une humanité en perte de vitesse. Parce qu'on est beaucoup quand on rit, parce qu'on est seul quand on pleure, parce que la vie vaut la peine d'être vécue, Old boy est une sorte de chef-d'œuvre qui s'impose à nous : inacceptable, bouleversant, violent, solide, clinquant. Brillant. Un choc ? Une bombe ? Un uppercut ? Mieux : un film qui ne s'oubliera jamais.
5. MATRIX
Qu'est ce que la matrice ? C'est la question qui hante l'esprit de Néo (Keanu Reeves), informaticien de son état le jour et programmateur pirate de trips virtuels la nuit. Dans une boîte de nuit, il va rencontrer Trinity (Carrie-Ann Moss). Elle lui propose de rencontrer Morphée (Laurence Fishburne), seule personne susceptible de répondre à ses interrogations. Une date dans l'histoire du cinéma. C'est la première fois qu'un film réussit à allier aussi brillamment l'univers des jeux vidéos, de la bande dessinée (notamment les mangas), et du cinéma de Hong Kong tout en restant ancré dans un univers de SF proche de ce que le public occidental à l'habitude de voir. Matrix constitue un tour de force visuel sans précédent, les frères Wachowski ont parsemé leur film d'images qu'on pensait seulement imaginables dans nos rêves les plus fous.
6. LES PROMESSES DE L'OMBRE
La réussite fulgurante du précédent A History of Violence a visiblement convaincu David Cronenberg de continuer à traiter des histoires de gangsters sur un mode à la fois simple et complexe. Comme un frère jumeau, Les promesses de l'ombre repose sur un principe similaire même si l'action ne se déroule plus aux Etats-Unis (exit le bilan assassin des rapports incestueux entre l'Amérique et la violence) mais en Angleterre, dans une communauté d'Européens de l'Est. L'équipe est familière (Howard Shore à la bande-son, Peter Suschitzky à la photo, Ronald Sanders au montage). D'un film à l'autre, la construction scénaristique paraît identique: un postulat de base a priori classique qui recèle des zones d'ombre éclatantes. D'un film à l'autre, le même impact émotionnel. Regardez par exemple cette scène spectaculaire - dont tout le monde risque de parler à raison - où Viggo dans le plus simple appareil se castagne dans un hammam avec deux tueurs tchétchènes. Non seulement elle permet aux nostalgiques de la première époque gore de ne pas rentrer le ventre vide mais surtout elle rappelle le souci de réalisme chez Cronenberg, ramenant ainsi un gangster bestial à un homme nu, comme les autres. C'est le genre de défi casse-gueule, cru et tripal qu'on retrouvait déjà dans History of Violence à travers des scènes de sexe torrides ajoutées au comic originel.
7. ONG BAK
En France, tout a commencé par des rumeurs : un nouveau venu casse la baraque dans un film thaïlandais dont les scènes d'action repoussent les limites du possible. Le nom du gars : Phanom Yeerum. Le nom de scène Tony Jaa n'apparaîtra que plus tard, lors de l'importation du film dans nos contrées. La teneur de la rumeur : encore plus fort que Bruce Lee, Jet Li et Jackie Chan, Phanom Yeerum réaliserait des cascades inimaginables sans aucun effet spécial. Des extraits circulent déjà et le making-of fait presque autant parler de lui que le film lui-même. Pour en rajouter, les mythes les plus fous font leur apparition : les acteurs se battraient pour de vrai, il y aurait eu un mort sur le tournage... Des rumeurs dignes de celles qui circulaient sur The Blade de Tsui Hark (dont on disait que les acteurs ne se battaient qu'avec de vraies armes !) et qui seront bien entendu démenties par la suite. En 2004, lorsque la présence d'un certain Tony Jaa est annoncée pour les avant-premières de Ong Bak dans les festivals, ceux qui attendaient avec impatience la venue de Phanom Yeerum mettent un temps à comprendre qu'il s'agit de la même personne. Précédé par sa réputation, Tony Jaa est accueilli par le public dans une ambiance folle et ne se contente pas d'accompagner le réalisateur Prachya Pinkaew (qui a gardé son nom) et Luc Besson - présent en tant que distributeur - mais impressionne par des démonstrations qui laissent pantois d'admiration les spectateurs et spectatrices venus assister aux projections. A la vue de Ong Bak, les impressions laissées par les premiers extraits diffusés se confirment : le film est bel et bien une claque et l'on compare déjà Tony Jaa à Bruce Lee. Elastique, rapide, aérien (connaît-il les lois de la pesanteur?), distribuant à qui mieux mieux des coups fracassants, Tony Jaa porte littéralement le film sur ses épaules, mettant à son service non seulement ses capacités martiales mais aussi ses aptitudes gymnastiques exceptionnelles. Parmi les scènes mémorables, et elles sont nombreuses, la poursuite dans le marché reste la meilleure, même si le climax se défend lui aussi très bien.
8. FIST OF LEGEND
En 1937. Après avoir suivi des études à l'étranger, Chen Zhen, unartiste martial, rentre à Shangaï pour apprendre que son maître a été assassiné par les élèves d'une école japonaise rivale... Bien que remake officiel du Fist of Fury de Lo Wei, le film de Gordon Chan évite soigneusement d'en reprendre le titre, jouant sur une semi-parenté pour mieux se revendiquer comme une ''variation sur le même thème''. Bien lui en prend car ces deux films confirment à quel point la même histoire peut générer des traitements radicalement opposés. La ''responsabilité'' en incombe prioritairement à Jet Li,alors engoncé dans une dignité solennelle héritée de ses trois Wong Fei Hung avec Tsui Hark, sans compter la quantité de copies plus ou moins honorables où il s'est illustré dans la foulée. Mieux valait pour lui, à cette époque, éviter d'approcher la colère, la puissance insoumise de Bruce Lee, énergie qu'il n'a trouvée qu'une fois, en 1986, pour son unique réalisation, l'inégal mais enragé Born to Defend.
Dès lors, même lorsqu'il emploie des techniques brutales, le héros de Fist of Legend le fait sans colère, avec une froide méthode. Bref, il figure l'antithèse même de Bruce Lee dont les personnages étaient littéralement déchirés entre passivité frustrée et défoulement hystérique, tentés par un nihilisme aveugle. Chen Zhen, lui, est un être positif, tourné vers l'apprentissage et la maîtrise de soi. Curieusement, Fist of Legend ne prend pourtant pas des allures de trahison vis-à-vis de Bruce Lee, mais apparaît comme un hommage à ce qu'il représentait non en tant que héros de fiction, mais en tant qu'homme. Porté par sa seule détermination, Bruce Lee faisait figure d'apatride sans maître, icône forgée seule et pratiquant son propre art martial. Bruce Lee était incapable de rentrer dans les rangs, quels qu'ils soient. C'est ce qu'évoque en creux, et non sans une certaine ironie, Gordon Chan lorsqu'il montre Chen Zhen affronter ses adversaires avec toutes les techniques de combat existantes, orientales comme occidentales, et s'adaptant à chaque situation. Chen Zhen est lui aussi un homme sans chaînes, mais moins par entêtement que par ouverture au monde : il abat les barrières culturelles et prône indirectement l'échange entre les peuples. L'idée est superbe et donne à Yuen Woo Ping l'occasion d'orchestrer des duels remarquables entièrement conçus en fonction de l'espace des aires de combats. Selon qu'ils s'affrontent à l'extérieur ou en espace confiné, les adversaires adoptent des gestuelles très différentes, laissant au spectateur un souvenir plus géographique que chorégraphique. On en regrette d'autant la réalisation sage et appliquée de Chan lors des tunnels dialogués qui relient ces morceaux d'anthologie. Un manque de tonus caractéristique de ce réalisateur inconstant dont les films ne survivent que pour certains passages mémorables sans jamais parvenir à trouver leur identité propre (Final Option est l'un de ses films les mieux équilibrés). Peut-être écrasé par l'ombre du maître, Gordon Chan n'a au final réalisé qu'un film aimable et très pro, parfois spectaculaire, mais impersonnel.
9. THE BLADE
Dernier souffle d'un genre (le ‘'wu xia pian'' ou ‘'film de sabre chinois'') alors bien fatigué et en panne d'inspiration, The Blade est une œuvre barbare, profondément pessimiste et nihiliste, sans concession, qui marque les retrouvailles de Tsui Hark avec le cinéma de ses débuts.
Réalisé en 1995 alors que la vague du wu xia pian fantastique au montage épileptique, instauré d'ailleurs par le même Tsui Hark, est en plein déclin, le film reprend le célèbre mythe chinois du sabreur manchot, autrefois adapté à l'écran par Chang Cheh dans ses trois chef-d'œuvres que sont The One-Armed Swordsman (1967), Return of the One-Armed Swordsman (1969) et The New One-Armed Swordsman (La Rage du Tigre) (1971), et plus récemment mis en scène dans une adaptation très libre par Daniel Lee avec le magnifique What Price Survival.
Tsui Hark, renouant avec ses films les plus enragés, sombres et violents de ses débuts (comme L'enfer des armes ou bien encore Histoires de Cannibales), en fait le film testamentaire de tout un genre qu'il vient ici enterrer violemment et, illustrant le mythe du sabreur manchot de manière tout à fait personnelle, en profite pour nous donner sa vision du monde. Autant vous le dire tout de suite : celle-ci n'est pas gaie. Bien au contraire, le moyen-âge qui nous est dépeint ici, parabole du monde tel qu'il sera toujours, est un univers barbare et ultra-violent dans lequel règne une horde de bandits-chasseurs sanguinaires, le reste des humains ne valant pas beaucoup mieux. Mais Tsui n'en n'oublie pas pour autant la naïveté, l'innocence et la sensibilité, représentées ici par deux femmes, dont l'une d'elles est le témoin-conteur de l'histoire. Lui conférant un style et une esthétique totalement originaux (il s'inspire pour cela de différentes cultures et mélange de nouveau l'Inde et la Chine comme dans Green Snake) et dépouillé de toute grandeur ou magnificence (les décors ne sont pas là pour détourner le regard et s'apparentent à ceux d'un western), le réalisateur film son œuvre d'art avec les tripes et utilise sa caméra, placée au cœur de l'action, de manière à bien montrer l'horreur des situations ainsi que l'incompréhension et la confusion des personnages (et du spectateur). Il n'hésite pas ainsi à filmer à contre-jour ou au ras du sol et ne cherche pas forcément à rendre l'action parfaitement lisible et visible. Plus qu'aucun autre film, The Blade est la preuve qu'une démarche cinématographique peut s'identifier complètement à celle de tout autre artiste qui, à travers son art, va illustrer un thème ou un genre de la manière la plus libre qui soit en y mettant tout son cœur et toute son âme. Ainsi, tel le Guernica de Picasso, The Blade a sa place dans les musées du monde et chacune de ses images se regarde et se pense comme une toile de maître.
10. FIGHT CLUB
Un film de Fincher, c'est comme un bon gros coup de poing en pleine gueule : au début cela fait mal, très mal même (tout dépend de la puissance de l'impact), on est comme assommé et l'on perd vite tous repères, toutes certitudes, toutes positions à tel point que l'on finit par s'effondrer ou tout du moins par être au bord de l'effondrement ; puis on finit par se ressaisir et se réveiller en comprenant que quelque chose en nous s'est passé, qu'il y a eu transformation, changement -physique et/ou mental- et que l'on s'est fait en quelque sorte remettre les idées en place : en aucun cas en sort-on indemne .On a, volontairement ou malgré nous, subit une expérience cinématographique des plus singulières que ce petit génie de la réalisation nous a assené à coups de burin. Mais que l'on adore ou que l'on déteste, et cela concerne aussi bien le fait d'être bousculé que la qualité proprement dite du film, on peut difficilement remettre en cause l'originalité de la démarche artistique -et donc créatrice- du bonhomme ; et cela tant au niveau de la forme que du fond : en effet, créateur perpétuel de nouvelles formes / images, Fincher n'en oubli pas pour autant la substance / matière qu'il tire de sa propre vision et de sa propre expérience du monde. C'est parce qu'il fait partie de ces quelques réalisateurs qui, à chaque film, cherchent à surprendre, étonner, déranger et secouer le spectateur, à le sortir de son petit confort éculé, que chacun de ses films constitue un événement cinématographique (et non pas seulement commerciale et médiatique comme ce fut le cas pour La menace fantôme dont tout le monde ou presque a oublié l'aspect purement artistique) ; chacun de ses films est particulièrement attendu et cela depuis le tout premier (Alien 3). Pas d'entorse à la règle en ce qui concerne ce quatrième opus : là encore, les surprises sont de taille et nombreuses ; c'est pourquoi nous avons tenté dans cet article de garder secret le plus possible la trame et le contenu du film afin que le plaisir de spectateur n'en soit que meilleur. Disons simplement que le monde selon la vision pessimiste de Fincher est toujours aussi sombre et dur mais il n'est pas pire qu'un autre -en fait ni bon ni mauvais mais juste monde- et celui-ci est dans ce film regardé et observé, avec plus d'humour que d'habitude, sous forme de cynisme et d'ironie. Servi par une distribution et une interprétation en or (Brad Pitt, Edward Norton et Helena Bonham Carter), Fight club redéfinit les conventions cinématographiques (beaucoup mieux qu'un Blairwitch project) de façon ludique et instaure un jeu de relation/communication entre le film, ses personnages et le spectateur/cinéphage. Et, pour la deuxième fois après Matrix, constitue un regard particulièrement critique mais pourtant bien lucide de la société moderne. Un vrai régal ! J'en reprendrai bien un ...de coup de poing ! ! !

L'histoire : Man-sik et Sang-hoon ont monté une petite affaire de recouvrement de dettes et autres boulots ingrats pour voyous. Man-sik, l?aîné, gère les missions […]
