Qu'on se le dise : le Boogeyman n'est pas qu'un fantasme typiquement américain (Le Père Fouettard, chez nous). Tout donne à penser que le boogeyman n'est qu'une variation autour du "grand méchant loup", un personnage mystérieux et inquiétant issu des contes.

1. Candyman
A Chicago, une femme désabusée (Helen Lyle), regard grave et étrangement triste, clope à la main, écoute les confessions de jeunes gens qui évoquent avec complaisance la légende urbaine de Candyman, croque-mitaine qui trucide des anonymes avec un crochet planté à l'extrémité de son bras gauche. Et pour cause, elle écrit avec une amie une thèse sur les légendes urbaines. Au gré de son enquête, elle cherche à se renseigner sur Candyman en allant sur les lieux du crime dans les zones interlopes et donc peu fréquentables de Cabrini Green. Lors d'un dîner, elle apprend qu'il s'agit d'un esclave doublé d'un artiste assassiné un siècle auparavant. Il réapparaît de temps en temps tel un esprit maléfique pour punir ceux qui restent sceptiques à son existence et continuer à hanter les cauchemars. Un peu comme une métaphore sociale pour souligner le joug du passé pesant comme une culpabilité. L'ambition de Helen est alors simple: démystifier une croyance populaire et décortiquer ainsi le mécanisme de la peur. Selon la rumeur, il suffit de prononcer "Candyman" devant un miroir à cinq reprises pour qu'il apparaisse. Ce film de Bernard Rose, tiré de Lieux Interdits (The Forbidden), une nouvelle de Clive Barker extraite du tome 5 de sa série des Livres de Sang, fonctionne encore aujourd'hui. Tony Todd en boogeyman vindicatif et surtout Virginia Madsen en ange déchu incarnent les amants sacrifiés de cette parabole sur la peur sociale. Résultat: le meilleur film d'horreur des années 90. Un requiem d'une puissance émotionnelle et élégiaque rarissime dans le cinéma d'horreur.

2. Freddy
A force d'aller à l'eau, la cruche de Freddy n'a pas cessé de se casser... pour mieux recoller les morceaux. Rongée jusqu'au trognon, la franchise en a fait voir des vertes et des nettement moins mures au sadique de Elm Street et à ses petites victimes. Revu à toutes les sauces, mort cent fois et revenu à la vie avec la même pêche d'antan, le personnage qui restera à tout jamais étiqueté au comédien Robert Englund aura hanté des générations entières de cinéphiles... La franchise connaît actuellement un reboot assez pénible, d'autant que que le sixième épisode, La fin de Freddy avait déjà longuement fait le tour de l'histoire. En effet, le film pullule de flashbacks sur le jeune Krueger torturant des animaux étant enfant, s'adonnant à des jeux masochistes dans son adolescence, et au infanticides multiple plus tard avant de finir assassiné par des parents vengeurs.

3. Halloween
Michael Myers est un increvable dur à cuir qui sévit encore sur les écrans, et qui s'est refait une jeunesse d'enfer avec Rob Zombie (l'intérêt repose sur les nouvelles façons de catalyser la peur chez celui qui le regarde). Avec ses trois décennies au compteur, on se rend compte qu'il n'aura pas été nécessaire de chercher bien loin. A l'époque, Carpenter préfère se servir de son médiocre budget - et par conséquent son indépendance - pour se lâcher et créer le malaise très rapidement. L'équipe est jeune, incisive, motivée, et son réalisateur plus que quiconque. Il décide en tout cas de frapper un grand coup : après un long plan séquence se rangeant pour la première fois du point de vue subjectif de l'assassin s'orientant vers sa victime, on y découvre en effet que le meurtrier n'est autre qu'un petit garçon de six ans, armé d'un couteau de cuisine bien trop gros pour lui. Un bambin a priori inoffensif, fils d'une famille modeste chez qui il n'y a pourtant rien d'annonciateur à ce genre d'événement, et qui vient pourtant de poignarder sa grande sœur. Une jolie claque clairement déconcertante qui laisse filer comme une lettre à la poste les quelques événements incohérents qui suivront les minutes suivantes...
4. Massacre à la tronçonneuse
Le fait-divers dont le film s'inspire est antérieur de 15 ans à peu près et eut lieu non pas au Texas mais dans le Wisconsin. En outre, le criminel était un individu isolé et non une famille entière. Coupable de nombreuses profanations de tombes et de meurtres (peut-être une dizaine de femmes), Ed Gein fut, selon Hooper, découvert pour avoir laissé trop longtemps empalé le cadavre de l'une d'entre elles sur un croc de boucher. Reconnu dément, il était en prison à l'époque où le film fut tourné. Hooper et Henkel ont donc modifié considérablement le lieu, la date et les faits. Le film est en fait très librement inspiré des faits réels. Mais son " effet de réel " fut tel que très peu de gens eurent conscience de ce décalage lors de sa distribution.

5. Vendredi 13
1958, Jason Voorhees est un petit garçon trisomique de 11 ans sujet aux moqueries de ses camarades qui finiront par jeter le malheureux dans le Crystal Lake, attraction principale d'un camp de vacances, où il se noiera sans que personne ne lui vienne en aide. Occupés à se faire des papouilles dans des cabanons, les jeunes gens responsables du petit Jason ne découvriront sa disparition que bien après. Madame Voorhees reviendra donc 20 ans plus tard pour charcuter d'autre monos qui, bien entendu dans leur état actuel ne pourront définitivement pas surveiller quiconque à l'exception d'une seule qui enverra la vieille dame dans les cordes une bonne fois pour toutes. Un film affreusement banal qui aurait probablement coulé dans les profondeurs du lac encore plus rapidement que l'enfant si l'intervention de ce dernier fut pas rajoutée dans le script au dernier moment, et pour cause: c'est à ces 10 secondes que Vendredi 13 doit son succès et sa renommée. 10 secondes avec lesquelles le bouche à oreille convainc un nombre incalculable de badauds de vivre l'un des plus beaux sursauts de leur vie comme on en avait pas vu depuis la scène de "l'escalier" dans Psychose. Au même titre qu'un simple tour de manège on encourage vivement le public à subir ce court instant de terreur qui fonctionne toujours aussi efficacement aujourd'hui avec ses ingrédients savamment dosés : l'enfant, le montage, la situation et une musique à la fois terrifiante et fataliste, tout y est!

6. Jeepers Creepers
Tout commence simplement : deux jeunes, une route déserte, une église abandonnée, un camion conduit par un étrange individu, un puit menant on ne sait où. L'ambiance s'installe et une petite tension avec. Un rien nous fait sursauter, on se pose pas mal de questions, bref on nage en plein mystère ! Puis quelques éléments de réponse commencent à apparaître : assez pour nous satisfaire sans toutefois trop en dévoiler. L'ambiance continue à faire merveille pendant toute la première heure, et hop on découvre l'identité du tueur, attiré par les adolescents. Métaphore de la pédophilie, Jeepers Creepers use du film d'horreur pour traiter de choses plus subversives en filigrane...

7. Scream
Après des bons et loyaux services au film d'horreur, Wes Craven, épuisé par des luttes incessantes avec la censure représentée par la MPAA (l'organisme qui gère le cinéma US lui fit même dire un jour : « La MPAA, l'horreur de ma vie ») ,décida de raccrocher les gants dans les années 90. Voulant donc se ranger définitivement dans le système hollywoodien mais cherchant encore à oeuvrer dans un genre qui lui a offert une reconnaissance éternelle, le cinéaste vit dans le script de Kevin Williamson le moyen de faire cette transition en douceur. Remettre au goût du jour le slasher, devenu bien moribond avec les multiples Vendredi 13 en multipliant les références aux fleurons du genre. Une sorte de pot pourri avec en point de mire le film qui créa la mode en 1978, Halloween. C'est un peu comme si Wes invitait tous ses fidèles spectateurs pour un dernier jeu de pistes, une dernière pantalonnade où le film et son scénario seraient en totale complicité avec son audience. Une sorte de baroud d'honneur, de boucle définitivement bouclée afin que le réalisateur puisse enfin passer à des films plus personnels

8. Hellraiser
C'est au milieu des années 80 principalement que cette veine déviante s'est développée, notamment à travers la série des Freddy et les adaptations de Lovecraft par Stuart Gordon (Re-animator et surtout le méga-déjanté From Beyond). Trônant au-dessus de ces classiques du délire en vrille, Hellraiser reste le presqu'unique ambassadeur de son genre, le poême érotico-macabre dédié à l'imagerie sadomasochiste et blasphématoire. Après le premier volet, enlevé de main de maître par l'écrivain Clive Barker en personne, tout semblait dit sur l'univers auto-suffisant des amateurs de plaisirs ultra-extrêmes qui créaient leur propre enfer, pour une avalanche de satisfactions perverses assimilées par eux à un Paradis sans Dieu. La vision que donnait Barker de l'accomplissement dans l'auto-sacrifice et de la jouissance éternelle donnait froid dans le dos, surtout du fait des étranges maîtres de cérémonies présidant à ces supplices orgiaques : les Cénobites. Gardiens d'une salle des tortures et des plaisirs cachée dans une dimension accessible par un¨puzzle magique, ils arborent les faciès les plus mutilés, affichant un plein épanouissement dans la scarification et les piercings extrêmes (qui ne connait pas Pinhead et son crâne dûment parcellisé par une multitude de clous ?). Egalement ode à l'amour fou, Hellraiser n'était pas exempt de défauts esthétiques et de fautes de goût, mais un tel sujet se situait nettement au-delà du bien et du mal, et cela s'appliquait également à sa mise en forme. Barker avait réussi son coup : générer l'un des ovnis les plus radicaux du cinéma récent.

9. Chucky
Charles Lee Ray est un criminel à la petite semaine qui finit par être localisé et abattu dans un magasin de jouets. Toutefois, juste avant de passer de vie à trépas, le bonhomme prit le temps de déplacer son âme dans le dernier objet qu'il ait tenu en main, qui manque de bol pour lui s'est avéré être une version masculine de la poupée Corolle. Renommé Chucky, l'assassin cherchera désespérément à trouver un véritable corps aux proportions plus raisonnables sans vraiment pouvoir y arriver. La différence, c'est que le propos repose sur un second degré assuré et des accents humoristiques qui invitent à la distanciation (en écho à la poupée, image innocente, qui commet des actes regrettables).
10. La nuit du chasseur
La nuit du chasseur, de Charles Laughton, propose un boogeyman à visage humain que l'on retrouvera par exemple dans le formidable L'autre rive, de David Gordon Green. A l'époque, Laughton voulait supprimer toute notion de réalisme pour organiser les images sublimes d'un cauchemar éveillé. Composé de figures religieuses, de personnages sortis de contes, amplifiés par des jeux d'ombres et de lumières, le film propose l'un des premiers boogeymans : un croquemitaine annoncé par son ombre et un thème musical propre. Son habit de prêcheur est un leurre : il s'agit du diable en personne. L'enfer devient alors un pavé de bonnes intentions.

L'histoire : La vengeance d'outre-tombe de Freddy Krueger, un meurtrier d'enfants tué par les parents du voisinage et attaquant désormais leur progéniture dans leu[…]
