A l'occasion de la controverse autour de l'émission Dilemme, retour en dix films sur les dérives trash de la télé poubelle au cinéma.

1. TUEURS NES
C'est dans Tueurs-nés que la fureur explose, que ce message est assené jusqu'au vertige. Dans un film qui exploite absolument tout ce que la mise en scène peut offrir, tous les filtres, tous les traitements, dans une mise en scène frénétique au nombre de plans insensé (un peu du Tony Scott sous amphétamines). Oliver Stone expérimente son discours et fait de son spectateur une sorte de cobaye qu'il bombarde de plans et d'images, projetant d'autres images dans les fenêtres, sur les façades, utilisant des images subliminales... Tout est fait pour simuler cette société d'images où il est impossible de faire la part des choses et où deux tueurs en série complètement destroy, perturbés et à la philosophie plus que simpliste, peuvent devenir des héros populaires, des icônes (alors que ce ne sont que deux abrutis défoncés en permanence et animés d'une barbarie idiote).
Là où le film est confus, voire ambigu, c'est qu'à travers ces images montées comme des rafales de mitraillette, le couple de Mickey et Mallory devient presque séduisant, cool. On se retrouve pris au piège de ce qu'on est censés dénoncer. On se souvient de l'épisode sitcom de l'enfance de Mallory avec son père dégueulasse et incestueux et les rires enregistrés qui ponctuent la scène. Il y a aussi le personnage du journaliste sans vergogne campé par l'excellent Robert Downey Junior, ou le directeur de prison sadique et caricatural campé par le cabotin Tommy Lee Jones, où encore le flic Scagnetti totalement détraqué (interprété par le délicieusement déjanté Tom Sizemore)... Bref, tous ces personnages (à l'exception notable et révélatrice de l'indien en dehors de cette société d'images incontrôlées) sont pires que le couple assassin, ce qui les rend finalement assez sympathiques. C'est la cause du scandale à la sortie du film. On n'a pas suffisamment vu que tout était vu du point de vue des tueurs nés (comme la scène d'ouverture et les multiples tonalités dans le restaurant, le suggère), tout est déformé. Et finalement, cette altération de la perception (« too much TV » voit-on en surimpression sur leurs torses dans le seul moment « sain » du film, chez l'indien) a envahi toute la société qui finit par élever des autels à Charles Manson ou ici, à Mickey et Mallory dans leur chevauchée meurtrière. Ce que Oliver Stone reprend ici, c'est l'idée de Jim Morrison qui disait « Je crois que spécialement aux Etats-Unis, il faut être nécessairement un politicien ou un assassin pour devenir une superstar » et reprend l'idée de ce même Morrison qui parlait des « cieux de télévision » qui nous gouvernent. La conclusion du film et son grand zapping, passant du procès d'O.J Simpson à la ferme de Waco, le suggère assez bien. La télévision nous submerge d'images de crimes en permanence dans une surenchère nauséeuse où l'atrocité du jour efface celle de la veille, créant l'amnésie et l'insensibilité.

2. VIDEODROME
Avec ce film, Cronenberg accède au rang de réalisateur culte. Remarquable par sa richesse et sa complexité, Videodrome se distingue aussi par le caractère prophétique de sa thématique : la manipulation par l'image. Dans ce film, James Woods incarne Max Renn, le directeur de « Civic TV », petite chaîne télévisée qui n'hésite pas à diffuser des images choquantes ou racoleuses pour gagner des parts de marché. Dans sa quête de sensations toujours plus fortes, Max découvrira un nouveau programme pirate, intitulé « Videodrome », émission télévisée où l'on torture et où l'on tue en direct. Persuadé qu'il s'agit de l'émission parfaite, Max cherche alors à en découvrir la provenance, mais la vérité s'avérera terrifiante. Le film est traversé par des personnages très singuliers. Nikki Band (Debbie Harry, la chanteuse du groupe Blondie), tout d'abord, est animatrice radio pour une émission de « sauvetage émotionnel », où elle aide les personnes. Elle rencontrera Max Renn sur un plateau télévisé, deviendra sa maîtresse et l'initiera au sado-masochisme, d'autant plus facilement que Max semble prêt à toutes les expériences, même les plus extrêmes. La scène de la rencontre est intéressante, car Nikki déclare réprouver ce que diffuse la chaîne de Max, qui ne fait que flatter les plus bas instincts et rajouter de l'excitation là où il y en aurait déjà trop. Cependant, comme le fait remarquer Max, la robe de Nikki contredit son discours : une robe rouge, plutôt sang. Là est la source du masochisme de Nikki : elle réprouve ce qu'elle prend plaisir à extérioriser en tant que femme sensuelle, à savoir l'excitation, l'attirance sexuelle, et demande donc à ce que son comportement soit puni, au sens propre. Or, comme ce comportement est générateur de plaisir, la douleur finit par l'être également. C'est donc tout naturellement que Nikki voudra se porter candidate à l'émission « Videodrome » qui exerce, dès le début, une attirance malsaine et morbide chez elle. Cronenberg introduit la thématique de la manipulation des esprits par deux métaphores : la première est un symptôme, car « Videodrome » fait naître des hallucinations chez les personnes exposées, pour aller jusqu'à une perte totale de prise avec le réel ; la seconde est métaphorique : l'exposition prolongée à « Videodrome » fait muter Max en homme-magnétoscope manipulé par les images qu'il est en train de lire. Le thème de la mutation est cher à Cronenberg, ce depuis ses premiers longs métrages : Frissons et Rage. Dans Videodrome, il illustre à merveille la capacité de l'homme à être manipulé par les images, mais rappelle également de manière habile la sexualité fortement teintée de sado-masochisme dont est empreint le film. A ce titre, la scène où Max s'aperçoit pour la première fois de sa modification corporelle est excellente. La modification, tout d'abord, une plaie verticale et béante dans l'abdomen, n'est pas sans rappeler un sexe féminin, mais dans ce cas un sexe monstrueux et inquiétant, capable d'engendrer les pires cauchemars. La réaction de Max est ambivalente : à l'épouvante et à la surprise se mêle la volonté de comprendre, d'explorer et c'est tout naturellement qu'il y plongera la main, une main armée d'un revolver, dans un geste d'un masochisme évident, propre à déclencher la douleur et le dégoût. A sa grande stupéfaction, le revolver restera dans son abdomen : s'agit-il d'une hallucination supplémentaire ? Videodrome exprime bien cette crainte de la toute-puissance de l'image qui nous envahit au point que la réalité ne nous intéresse plus. A ce titre, il faut voir comment Cronenberg filme les désœuvrés qui se rendent dans les « missions cathodiques » pour y recevoir leur dose quotidienne d'images télévisées. On voit même un homme faire la manche en exhibant sa télévision, sûr du pouvoir d'attraction que celle-ci exerce sur les gens. Il déclare même à Max : « Si tu veux voir le singe danser, il faut payer le musicien ».

3. BATTLE ROYALE
A première vue, Battle Royale a tout du film bête et méchant, réalisé avec la hargne de celui qui veut faire un carton sanglant sur des personnages bidons : extra-terrestres, gangsters ou, ici, lycéens niaiseux, tout est bon pour satisfaire nos envies gores et sadiques. On ne saurait nier cet aspect défouloir sans lequel Battle Royale n'aurait pas dépassé le stade du synopsis anarchiste et sympathique mais passablement débile. Grâce à la férocité de Fukasaku et à sa science très réelle de la mise en scène dynamique (certains gunfights sont incroyablement maîtrisés), le film devient un spectacle monstrueux de jusqu'au-boutisme cynique en même temps qu'un pur sérial passionnant parce que carburant au premier degré. Mais, se résume-t-il à ça ? Car Battle Royale est (très) méchant, mais pas si bête que ça, loin de là. On a reproché à Fukasaku d'avoir raté son coup en se recentrant sur les personnages peu captivants des élèves au lieu de décrire avec plus d'acidité les rouages d'une société fasciste n'hésitant pas à pousser sa jeunesse à s'entre-tuer (ça ne vous rappelle rien ?). Mais était-ce vraiment son propos ? Quel intérêt, au final, aurait-il eu à s'appesantir sur une telle forme de dictature ? Car dans cette optique, le concept même du Battle Royale, ce système visant à résorber la délinquance des jeunes en les exterminant, perdrait de tout son sens. Pourquoi reproduire la structure scolaire ? Pourquoi les choisir au hasard au lieu de ne punir que les vrais éléments perturbateurs (comme dans Punishment Park de Peter Watkins) ?
Battle Royale peut être lu comme une métaphore de l'entrée dans la vie active. Ce n'est pas un hasard si les ''victimes'' sont des lycéens en âge d'aller à l'université. Ce n'est pas non plus un hasard si la composition initiale de la classe est conservée. L'épreuve du film est une représentation imagée des concours d'entrée aux grandes écoles, rien de plus. Finit les copains et les petites amies quand il faut se battre pour faire partie des dix heureux élus sur 2000 candidats. C'est chacun pour soi pour sauver sa peau. Dans une société (illusoirement futuriste) où le taux de chômage se monte à 15 ou 20%, de telles compétitions ne sont plus un luxe pour élèves ambitieux comme elles ont pu l'être il y a vingt ans. Les places sont monstrueusement chères et ceux qui refusent de jouer le jeu se condamnent à mort parce qu'il n'y a plus de place pour les improductifs : d'où l'idée du collier explosif. Comme chacun sait, réussir dans ces conditions suppose d'être bon, mais aussi d'être meilleur que les autres, et il faut parfois se résoudre à éliminer les rivaux par tous les moyens pour augmenter ses chances. Une telle logique peut paraître au choix horrible ou absurde, mais elle est aussi implacable. Ce sont tous ces aspects que montre et dénonce Battle Royale.

4. TRUMAN SHOW
Truman (Jim Carrey) vit depuis sa naissance dans un univers créé rien que pour lui par un producteur télé jusqu'au jour où il se rendra compte de la supercherie... Le duo Andrew Nichols (scénariste de Gattaca) et Peter Weir (Le cercle des poètes disparus) fait ici des merveilles. Le scénario est d'une intelligence rare à Hollywood, à la fois cruel, acide et drôle, nous plongeant dans un univers sarcastique où le pouvoir des médias l'emporte sur absolument tout. Truman Show fut comparé au Ed Tv de Ron Howard mais là où ce dernier se limitait à la comédie, Peter Weir enfonce le couteau bien plus profondément grâce à un scénario plus fouillé et à une mise en scène qui ne cherche ni l'effet, ni le cliché mais qui sait toujours faire preuve d'une originalité certaine afin de mieux servir son histoire. Jim Carrey sort du carcan dans lequel il s'était lui-même enfermé et nous prouve qu'il sait faire autre chose que de vulgaires grimaces. Man on the moon de Milos Forman l'a confirmé. A saluer également la superbe prestation de Ed Harris en grand manitou se prenant pour Dieu.

5. C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS
Dans ce faux documentaire, une équipe de journalistes suit un tueur particulièrement psychopathe qui s'en prend aux enfants, aux personnes âgées, aux défavorisés, viole en chantant des chansons paillardes, joue à cache-cache avec l'enfant qu'il va étouffer, improvise des poèmes sur les pigeons et déblatère presque naïvement une pensée parfaitement stupéfiante d'homophobie « ...typiquement dans l'esprit des jardins japonais, parce que ces gens-là, malgré tous leurs défauts, avaient compris beaucoup de choses ! » ; « Les Noirs s'entendent très bien avec les animaux, c'est connu... Ils ont une façon de leur parler. » D'anthologie... Ben, c'est l'archétype du mal. Tueur en série à plein temps, il assassine à tout va, préférant les petites vieilles sans défense et les familles innocentes. Il ne manque jamais de sortir une réplique bien piquante, dérangeante au possible mais avec poésie et panache. On se souviendra de sa prose sur les pigeons, ses paroles d'amour quand il besogne Martine ou quand il croise une petite fille rentrant chez ses parents... C'est du dix-septième degré à prendre avec le recul nécessaire pour comprendre la farce lugubre de Benoît Poelvoorde. C'est arrivé près de chez vous offre un personnage qu'on ne peut aimer mais qu'on adore détester.

6. BREAKING NEWS
La première scène de Breaking news, le nouveau long métrage de Johnnie To, est un plan-séquence de dix minutes qui enregistre sur bobine une fusillade dans les rues de Hong Kong, du début à sa fin. C'est un défi technique très impressionnant qui laisse craindre que le reste ne soit pas à la hauteur. Effectivement, la suite retombe vite dans des sentiers plus communs même si elle n'en reste pas moins pourvue de grands moments de cinéma.
Avec son nouvel opus, le prolifique Johnnie To, dont la dernière réalisation sortie en France remonte à Fulltime killer, tend à montrer une étroite collaboration entre la police et les médias et en autopsie les conséquences. Par exemple, les cambrioleurs utilisent Internet pour envoyer aux médias les photos prises de leurs téléphones portables. Les rebondissements sont disposés à intervalle réglementaire pour susciter l'intérêt et Johnnie To s'amuse comme souvent à rapidement digresser pour faire exploser le grotesque de situations tendues (les cambrioleurs, les tueurs à gages et les otages qui sympathisent autour d'un repas).
On peut discuter de la crédibilité des personnages et des situations mais la réussite s'avère plus technique que narrative (maîtrise visuelle sidérante, sens aigu de l'espace, organisation des plans...). De surcroît, le rythme alerte, enlevé, parfois fiévreux, facilite la lecture d'un récit linéaire qui passe comme lettre à la poste et s'achève sur un final étrangement étendu, romantique, mélancolique. Malgré les ombres tutélaires de Heat et de Un après-midi de chien qui planent ostensiblement, ce film, avec Infernal affairs et Running out of time, est un beau condensé de ce qui se fait de mieux dans l'industrie hong-kongaise depuis la rétrocession de 1997.
7. EN DIRECT SUR ED TV
La chaîne câblée True TV en chute libre décide de filmer en direct la vie d'un modeste et naïf vendeur de cassettes vidéos, Ed. Il commence par accepter la proposition, ravi et fier de passer à la télévision et de devenir une vedette mais très vite les directeurs de la chaîne, avides d'argent, dépassent certaines limites sans tenir compte de l'avis de Ed et sa vie comme celle de ses proches devient un enfer. Avant de passer derrière la caméra, Ron Howard a joué dans de nombreuses séries américaines et quelques films dont American Grafitti qui sera son dernier film en tant qu'acteur. Après avoir dirigé plusieurs téléfilms, il abandonne sa carrière de comédien pour mettre en scène son premier film, Night Shift en 1983. Il enchaîne ensuite avec Splash, Cocoon, Badkdraft et Horizons lointains. Avec EDtv, Ron Howard nous offre une comédie divertissante et satirique au travers de laquelle il dénonce avec virulence le monde et les principes de la télévision. Un film sympa interprété par des comédiens pétillants qui s'amusent e tnous font passer une soirée agréable mais qui n'arrive pas à égaler le film de Peter Weir sorti en 1998, Truman Show, beaucoup plus virulent et original.

8. KIKA
Galerie de personnages contradictoires dont Kika, naïve ingénue sans la moindre once d'orthodoxie est le personnage central. Avec Almodovar, c'est tout ou rien. Là, c'est sur le fil du rasoir. Grosso modo, ça passe ou ça casse. C'est son dernier film véritablement provocateur, riche de ses outrances stylistiques (c'est à la fois kitsch, détonant, violent, glauque, drôle...) mais qui cède plus d'une fois à la dénonciation facile des travers de la télé-réalité. On a connu Almodovar plus inspiré mais une scène - surprenante - mérite d'être sauvée : un viol en direct d'une demoiselle hideuse (Rossy de Palma) par un bel idalgo qui quand il a fini son labeur, répand sa semence du haut d'un immeuble pour qu'elle atterisse pile poil sur la joue d'une Victoria Abril, visiblement séduite. On ne se refait pas.

9. NETWORK
Les critiques sont tombés d'admiration devant « l'audace » des scripts d'Andrew Niccol (à savoir The Truman Show et S1mone), louant le caractère visionnaire des histoires inventées par l'auteur. Puis ce sont Studio 60 et Dirt, à la télévision, qui ont été applaudis comme des show incroyablement décapants, sur l'envers du monde de la télévision et de la presse trash. Aussi sympathiques soient-ils, ces titres paraissent toutefois inoffensifs une fois que l'on a vu Network. Le brûlot incandescent imaginé par Paddy Chayefsky (récompensé par l'Oscar pour l'occasion), a allumé une mèche qui n'est pas près de s'éteindre. Car, aussi seventies qu'il soit, Network nous parle d'un monde bien réel, et très moderne, celui du tout-médiatique, de la sur-consommation d'informations, et de la réalité érigée en sacro-saint divertissement. La télévision est un miroir déformant de notre aliénation, pas étonnant alors de voir que ses coulisses deviennent un monde de fous. C'est d'ailleurs sur un coup de folie que s'ouvre le film, celui du présentateur Howard Beale, qui annonce en direct que suite à son licenciement, il compte se suicider lors de sa prochaine émission. La suite, vous la devinez : dans un élan de cynisme glaçant, il est décidé de maintenir Beale à l'antenne, et d'en faire un « personnage » vendeur. Grandiloquent, car écoeuré par l'apathie de ses concitoyens, Beale (Peter Finch, oscarisé à titre posthume) passionne les foules, et entraîne toute une industrie dans son sillage apocalyptique. Derrière la caméra, Lumet multiplie les éclairages oniriques et surréalistes, baignant tantôt ses personnages dans les ténèbres d'une salle de conférence, ou le rouge déviant d'un salon de building. Le final, tout en démesure stylistique et en nihilisme ravageur, contribua à faire rentrer Network dans la légende, et au panthéon des chefs d'oeuvre de Lumet.

10. EX AEQUO / LIVE & RUNNING MAN / LE PRIX DU DANGER
Pointer du doigt l'horreur d'une télé poubelle généreusement en vigueur n'est pas nouveau. Il suffit de revoir quelques prototypes des années 80 comme Le prix du danger, de Yves Boisset ou son plagiat Running man, signé Paul Michael Glaser, pour s'en convaincre. Cela dit, en ces temps mornes de Dilemme et Secret Story, passeports pour la glande où tout à chacun peut devenir star du jour au lendemain, il est sans doute utile de rappeler à la jeune génération sms des "mdr" et "lol" que participer à ces émissions implique obligatoirement une célébrité éphémère et donc une mort imminente. Conscient de cette tragédie cathodique, Bill Guttentag imagine un jeu radical (un concours de roulette russe où les candidats rescapés deviennent les miraculés d'un soir) en compagnie de la productrice Eva Mendes qui joue plutôt bien l'arriviste sans foi ni loi. Ce Live ! se veut autant alarmiste que prophétique : les dérives de la télévision sont telles qu'on y arrivera, un jour ou l'autre. Le meilleur moyen pour y échapper consiste à éteindre la télévision et reprendre une activité normale. Oui, mais laquelle ? En empruntant la forme du docu-réalité, le cinéaste, à l'origine documentariste, sonde la progression vers ladite émission de télévision où les candidats seront sélectionnés selon leur parcours social et obligatoirement présentés comme des archétypes. Le propos qui cherche à bousculer de partout trouve sa limite dans une seconde partie contradictoire et démonstrative qui massacre son sujet sans subtilité en optant pour la méthode choc : placer le spectateur de cinéma comme l'un des téléspectateurs potentiels du jeu pourri. Résultat : Bill Guttentag supprime toute distance et donc toute réflexion par rapport à ce qui est filmé et nous manipule autant que le jeu qu'il prétend dénoncer en faisant monter le suspense de manière à ce que l'on ait froid dans le dos et que l'excitation finisse par nous happer. C'est son moyen - peu subtil - pour être le plus percutant ; c'est pourtant là où il tombe dans l'ornière casse-gueule et gadget de son sujet. Intéressant, certes, mais pas aussi incisif que prévu.

L'histoire : Mickey et Mallory sont deux jeunes paumés dans une Amérique tout aussi paumée, deux amants qui vont libérer la folie que leur ont adminsitré pendant d[…]
