Lee Unkrich a été notamment monteur de Toy Story et 1001 Pattes. C'est cette fois en tant que réalisateur qu'il clôture une trilogie incroyable d'inventivité et d'intensité avec le meilleur opus de la licence aux jouets : Toy Story 3. Interview.
Sur vos précédents projets, vous travailliez avec un co-réalisateur et c'est d'ailleurs souvent le cas pour les films d'animation Pixar. Pourquoi êtes-vous seul sur Toy Story 3 ?
Lee Unkrich) Dans les premières années de Pixar, nous faisions tous les films avec un co-réalisateur et j'étais d'ailleurs souvent ce co-réalisateur ! Nous aimons travailler de la sorte et collaborer de cette manière. Le studio a commencé à grandir : Andrew Stanton a fait Le Monde de Nemo, Pete Docter a réalisé Monstres & Cie. Je faisais partie des réalisateurs qui sautaient de films en films pour les aider. C'est John Lasseter qui m'a demandé de réaliser moi-même Toy Story 3 comme il l'a fait pour Cars. Je n'ai pas de co-réalisateur simplement parce que nous n'en avons pas ressenti le besoin. A certains moments, j'aurai bien aimé avoir quelqu'un à mes côtés car travailler sur un film d'animation est un travail immense.
Il s'est passé onze ans entre Toy Story 2 et ce troisième opus. Y a-t-il eu des difficultés à trouver le bon scénario ?
LU) C'est difficile pour chaque film que nous faisons mais ce le fut encore plus pour Toy Story 3. Il y avait une pression supplémentaire à faire une suite à deux films que les gens adoraient. Le public est très nostalgique des deux premiers films qui sont pleinement entrés dans la pop culture. Je ne voulais pas être celui qui ferait tout foirer. Nous avons dépensé toute notre énergie, durant les quatre ans qu'a nécessité ce film, pour faire de Toy Story 3 une oeuvre à ranger à côté des deux précédents longs-métrages.
En quoi être un monteur aide t-il à être un réalisateur ?
LU) Un bon monteur fait dans certains cas un bon réalisateur. Peu d'entre eux franchissent le cap mais beaucoup de réalisateurs montent eux-même leurs films : James Cameron, les frères Coen... Je me considère avant tout comme un monteur et cela dirige mes actions en tant que réalisateur. Que ce soit pour le rythme ou la structure de l'histoire. Ces deux facettes doivent travailler la main dans la main.
Techniquement parlant, y a-t-il une séquence de Toy Story 3 qui a posé plus de problème ?
LU) Toutes étaient vraiment difficiles a tourner à cause de la multiplication des personnages. Il y a une scène à la fin du film avec des personnages humains. Il fallait absolument que leur rendu soit bon, sutout au niveau de leurs gestes. Si vous regardez les deux premiers Toy Story, vous verrez que les humains ne sont pas totalement réussis. Les nouveaux standards nous ont obligés à améliorer ce rendu. Ce fut notre plus grand challenge sur le film.
Comment la 3D influence votre mise en scène ?
LU) En fait, elle ne l'influence pas du tout. Je savais que nous sortirions le film en 3D mais je savais que Toy Story 3 sortirai également en 2D et je voulais que tout le monde ait la même émotion. Je ne suis personnellement pas fan de la 3D qui vous lance des objets au visage. Je trouve que cela vous distrait et vous fait oublier l'histoire. Si c'est la cas, vous échouez en tant que conteur. J'ai tenté de créer une 3D qui serait immersive avec une bonne profondeur de champ. Je crois que nous verrons beaucoup de 3D dans le futur, ce n'est pas qu'une mode. Il serait complètement inapproprié de tout filmer en 3D et j'aimerai que cette technologie soit encore améliorée pour que nous n'ayons pas à porter de lunettes. Elles atténuent un peu les couleurs et la lumière du film. Pour moi, la 3D est simplement un autre outil pour le réalisateur comme l'étalonnage ou le son. Je suis curieux de voir ce que des metteurs en scène comme Martin Scorsese, Steven Spielberg ou Peter Jackson vont faire avec ce procédé.
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre travail avec le compositeur Randy Newman ?
LU) Nous travaillons avec lui depuis plusieurs années. Il a dû écrire la musique pour six ou sept films Pixar. Il fait partie de notre famille et nous sommes honorés de travailler avec lui. Je ne pouvais penser à quelqu'un d'autre que lui pour la bande originale de Toy Story 3.
Pouvez-vous nous parler des nouveaux personnages interprétés par Ned Beatty (Lotso) et Michael Keaton (Ken) ?
LU) Nous avons pensé à Ken dès le début car nous voulions que Barbie soit de retour. Nous avons imaginé Ken comme un personnage qui n'a pas confiance en lui, un peu superficiel. Nous avions travaillé avec Michael Keaton sur Cars et il nous avait donné de superbes improvisations. Quant à Lotso, il est rusé et il a un côté papi gâteau, très attendrissant. Pourtant, il porte en lui une âme sombre. Je voulais donc un acteur qui connaisse la comédie mais qui puisse aussi exprimer le drame. Ned Beatty était l'acteur parfait pour exprimer ce sentiment.

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