Par - publié le 27 novembre 2006 à 04h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h18 - 5 commentaire(s)
Profitons des news pour vous parler de Time, le nouveau Kim Ki-Duk, où le cinéaste sud-coréen orchestre un immense tohu-bohu cinéphile d’une classe absolue. Présenté cette année au festival de Sitges, un petit chef-d’œuvre de sensibilité et d’intelligence qui devrait sortir l'année prochaine dans l'Hexagone. Teasing et trailer.


Une femme jalouse reproche à son petit ami d’être séduit par d’autres nanas et va avoir recours à la chirurgie esthétique pour attiser son désir ; un homme subit une séparation brutale et essaye de recommencer une relation amoureuse sans succès ; une demoiselle tombe amoureuse de l’homme le plus triste du monde qui n’arrive pas à oublier son précédent grand amour. Vaudeville trash ? Non : tristesse des personnages qui se loupent.
Oublions L’arc, le seul incident du parcours jusque là sans faute de Kim Ki-duk, magicien capable de rendre l’ordinaire extraordinaire, et succombons à sa nouvelle histoire d’amour impossible, plus volubile que mutique, qui repose sur tous les petits riens qui font les grands touts des écheveaux passionnels et fiévreux. Beau programme mais résultat sublime et surtout sublimé ! On n’attendait rien de moins de la part de celui qu’on aime à surnommer KKD, enfant naguère terrible qui n’a jamais réussi à faire corps avec le pays du Matin Calme. Au gré de ses fictions, l’artiste prolifique n’a cessé d’examiner les dysfonctionnements de son pays (Adresse inconnue) et organise souvent des élégies mortifères d’une beauté incandescente (Printemps, été, automne, hiver... et printemps) ou d’une cruauté fantasmagorique (L’île). Ici, fuyant avec une élégance inouïe le recyclage de figures éprouvées, le cinéaste franchit un cap (et nous avec lui), oublie ses sempiternelles obsessions aqueuses comme ses fantaisies sexuello-trash et signe pourtant un film proprement miraculeux.


Dans Time, les rendez-vous les plus romantiques sont manqués : trois personnages plongés dans le tumulte de la vie assument pleinement leurs désirs comme leur méchanceté farouchement humaine, hurlent à haute voix leurs désarrois souterrains et n’attendent plus que le temps fasse sa triste besogne. Ils s’aiment, se détestent, se déchirent, veulent changer de visage, essaient de s’extraire du monde, s’engueulent dans un café en n’ayant pas peur d’agresser les autres. L’amour rend fou, aveugle ou beau, c’est selon. Là-dessus, en filmant ces allées et venues aux élans sentimentaux, Kim dissèque tous les tenants d’une histoire d’amour minuscule (première rencontre, horreur de la séparation, déception ultime) et traite de sujets majuscules (peur de ne pas s’aimer soi-même, de ne plus séduire et de vieillir tout seul et, surtout, de ne plus pouvoir aimer de nouveau). Au croisement des déchirements intérieurs et d’afflictions inconsolables, le réalisateur de L’île fuit le pathos et obtient par la grâce aérienne de son chef-d’œuvre la compassion immédiate et nue d’un spectateur désarmé face à tant de justesse émotionnelle et de puissance illustrative. Captant des confessions déchirantes (l’incompréhension d’un homme qui ne comprend plus son ex) ; optant par intermittences pour les métaphores (l’île, refuge des amants réguliers ; la chirurgie esthétique comme moyen irréversible de changer d’apparence), il sonde avec la simplicité des grands cette terrible incapacité propre à tout mortel de faire le deuil amoureux. C’est d’un romantisme à tomber : les sourires discrets ou crispés remplacent les larmes sur le point de couler ; les multiples maladresses sont autant de battements de cœur qui éructent le même besoin d’amour. En parlant de lui-même (le personnage masculin est le double du cinéaste), Kim bouleverse le regard et le cœur de tout le monde. Rien de moins.

Si vous avez envie de visionner quelques images du film via un trailer sous-titré, cliquez ICI
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