Par - publié le 27 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 27 octobre 2009 à 16h21 - 0 commentaire(s)
Enfant chéri de la culture pop des années 90, Harmony Korine est un cinéaste insaisissable. Il y a plus de dix ans, son premier long-métrage Gummo avait fait l’effet d’une bombe. Alors seulement âgé de 23 ans, il confirmait une sensibilité brute d’écorché vif, révélée par Kids et Ken park, de Larry Clark - qu'il a scénarisé. Avec Trash Humpers, son dernier long métrage, récemment présenté au festival de Toronto, il orchestre un nouveau choc poétique.



SWEET HARMONY
Depuis qu'il fait du cinéma (plus de dix ans), Harmony Korine s'est toujours passionné pour les marginaux, ceux qui restent en marge du système et errent comme les abandonnés du rêve américain. Cela se traduit moins par des effets de style que par un attachement viscéral. Le seul à jouer dans la même cour que lui aujourd'hui, c'est Crispin Glover qui, en participant à des grosses productions en tant que comédien, s'autorise la réalisation de petits films indépendants influencés par Werner Herzog et Derek Jarman. Aujourd'hui, tous ces artistes appartiennent à une même mouvance artistique cherchant à redéfinir la singularité au cinéma. L'action de Gummo, son premier long métrage, se déroulait dans un bled paumé de l’Ohio frappé par un ouragan dans les années 70. Les adolescents sniffaient de la colle, massacraient des chats, géraient des trafics crapoteux et donnaient l’impression d’avoir déjà tout vécu; ou, plutôt, d'être déjà dégoûtés avant d’avoir vécu. A l'arrivée, chaque personnage devenait un poème à lui seul. Cette chronique désenchantée, photographiée par le regretté Jean-Yves Escoffier, se nourrissait des détresses entre mélancolie et lucidité. Huit ans après Julien Donkey Boy, Harmony Korine est récemment revenu avec Mister Lonely (titre tiré d’un standard du crooner Bobby Vinton), où des sosies se retrouvaient dans une maison baba cool pour créer des représentations théâtrales. En imitant des icônes pop, ces "âmes pures", au sens Dostoïevskien, essayaient de raviver une magie disparue et de rejouer le rêve américain. En analogie, on pouvait voir des nonnes faire du vélo dans les airs au Panama, Leos Carax en imprésario et Werner Herzog en prêtre.



Les acteurs (Samantha Morton, Diego Luna, Denis Lavant) provenaient de pays étrangers et justifiaient cette utopie collective, entre communauté hippie et autarcie régressive comme dans Les Idiots de Lars Von Trier. A travers eux, Korine rendait hommage à la même beauté cachée que dans Gummo, mais avec un ton plus désinvolte. Entre Julien Donkey Boy et Mister Lonely, il a beaucoup appris en voyageant, en expérimentant des drogues dures et surtout en tentant un nouveau projet proche du "Fight Club" en live où il allait agresser des inconnus dans la rue dans le but de se faire casser la gueule. Ces expériences - pas toujours galvanisantes - l'ont beaucoup marqué et assagi. Fort de sa précédente réussite, le réalisateur signe avec Trash Humpers, son nouveau long métrage, une sorte de suite à Gummo avec la même poésie accidentelle, la même radicalité stylistique, les mêmes cibles (les handicapés, les marginaux) dans un ensemble qu'il décrit lui-même comme une "comédie musicale déglinguée". Les premières images disponibles sur YouTube, comme tirées d'un vieux camescope, évoquent une variation moderne de Les nains aussi ont commencé petits, l'un des films préférés de Harmony.
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