Après Interstella 5555 et Electroma, Daft Punk continue d'expérimenter l'alchimie musique/cinéma dans Tron : L'héritage.

Par - publié le 03 février 2011 à 17h28 ,
MAJ le 07 février 2011 à 13h56 - 0 commentaire(s)

Disney a voulu relancer les bagarres technoïdes aux lumières flashy et revêtir les combinaisons néons pour la version 2.0 de Tron. Encore fallait-il être à la hauteur de l'original. Ce cyberclassique réalisé en 1982 par Steven Lisberger avait la particularité d'utiliser pour la première fois des effets spéciaux générés par ordinateur alliés à des prises de vues réelles. 30 ans plus tard, les mœurs ont évoluées : le spectateur peut toucher la réalité immatérielle qui plongeait le héros Kevin Flynn (Jeff Bridges), codeur de génie et premier programmateur, dans la machine qu'il avait lui-même créé. Alors que la BOF du premier Tron était signée Wendy Carlos (Orange Mécanique et Shining), celle de TR2N porte le sceau des Daft Punk, maîtres électro de la french touch et fans hardcore de cet univers. A la sortie du premier volet, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo n'avaient respectivement que sept et huit ans. La nostalgie aidant, ils veulent participer à cette entreprise de reconstruction et tiennent dans un premier temps à s'assurer qu'ils auront les coudées franches pour expérimenter à l'envi dans l'usine à rêves de Hollywood définie «au croisement de l'imagination et de l'industrie» - leur dessein étant de proposer une musique intemporelle et inusable.

 

Tron L'héritage de Joseph Kosinski

 

A l'arrivée, la BOF de Tron - L'héritage repose sur une combinaison hybride de musique électronique et d'orchestre symphonique, où des sons digitaux sont incorporés comme des instruments virtuels dans un orchestre. En termes d'influence, les Daft Punk citent Bernard Herrmann, John Carpenter, Max Steiner, Vangelis ou encore Maurice Jarre. Il est loin le temps des homeworks avec deux synthétiseurs et une boîte à rythmes, avec un esprit d'indépendance : les robots ont manifestement fait le tour de la musique électro et cherchent désormais des alchimies, des expérimentations en faisant du neuf avec du vieux. A une époque, ils mélangeaient le disco et le heavy metal. Aujourd'hui, ils veulent proposer la même alliance de classique pour une musique de film. Selon eux, il n'y a pas de meilleure définition du rétro-futurisme. C'est aussi une nouvelle alternative qui répond à l'émancipation d'une musique électro à une échelle mondiale, un peu comme si une mouvance marginale et underground devenait mainstream et assimilée par tous. Le réalisateur Joseph Kosinski a profité de l'implication des Daft Punk pour leur donner des cameos (plusieurs apparitions répétées dans une discothèque): «Dès qu'ils ont su que cette suite était en chantier, ils nous ont appelés. Ce sont de vrais fans de l'original et dès le début, il était hors de question qu'ils se contentent de composer quelques morceaux... Ils voulaient tout faire...».

 

 

Au final, ce sera le même genre de collaborations que pour Interstella 5555 (2003), qui réunissait les Daft Punk et le dessinateur japonais Leiji Matsumoto, créateur entre autres du personnage d'Albator. Un long métrage d'animation fascinant, accompagné musicalement par les quatorze morceaux de l'album Discovery, paru en 2001, et qui dans les grandes lignes raconte la même histoire que Phantom of the Paradise (Brian de Palma, 1974). De la même façon, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont pensé l'écriture musicale en même temps que le film s'élaborait. Kosinski ajoute : «On a travaillé ensemble, et conjointement. On leur a construit un studio, ils sont venus aux réunions de travail, ont assisté à l'écriture du script. Du coup, ils m'envoyaient parfois des morceaux avant même que je tourne la scène, et on a pu filmer des séquences avec la musique en fond sonore. On a même été très loin puisque le son du disque lumineux a la même fréquence que le score».

 

 

Effectivement, ça se ressent pendant le visionnage de Tron - l'héritage : c'est loin de constituer un défaut, au contraire. La séduction visuelle (c'est le premier film depuis Avatar qui utilise toutes les possibilités de la 3D) et l'hypnose musicale accentuent la réelle nature de ce film : celle de long clip psychotronique des Daft Punk traversé de fulgurances et de réminiscences cinéphiles et musicales, dans un flipper géant, où l'on peut réécouter Sweet Dreams, d'Eurythmics en contemplant la pochette du Out of the Blue d'Electric Light Orchestra.

 

 

 

image Tron L'Héritage

 

PAROLES DE PUNKS

Influencés par le pop-art d'Andy Warhol et la musique de Led Zeppelin - des artistes qui, selon eux, «savaient construire un univers esthétique autour d'une forme artistique», Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont trouvé dans le cinéma un moyen d'expression radical et libre où la musique se substitue aux mots : "Nous avons toujours été intéressés par le cinéma. Depuis nos débuts. Nous avons découvert le monde de quelques cinéastes avec nos clips et commencé à réaliser par la suite nos clips tout seuls; puis, nous avons eu l'opportunité de réaliser un long métrage. Nous étions très déterminés. Avec Electroma, par exemple, nous voulions proposer un projet abstrait et expérimental, avant-gardiste et bizarre. Dans les intentions, le traitement devait être libre. Cet essai devait être comme un premier contact avec le langage et la technique. Nous sommes partis sur ces bases et nous nous sommes dit qu'à partir de là, on pourrait développer une histoire bien à nous." 

 

 

Depuis le début, les Daft Punk sont attirés par les combinaisons hybrides. Ce qui sied idéalement aux thématiques de Tron - l'héritage : "Le robot représente le conflit entre la machine et l'être humain et amène incidemment à réfléchir sur la place de la technologie dans la société. La technologie possède un caractère à la fois séduisant et effrayant. Le robot est pareil: il peut être cool comme terrifiant. On est stimulés par ce paradoxe. La technologie a toujours marqué une époque. Mais aussi les récits de science-fiction. Elle définit aussi les codes du futur et révèle une avancée spectaculaire. La technologie représente l'accélération exponentielle du progrès. En deux trois ans, tout peut changer."

 

Au cinéma, ils fonctionnent par intuition. Bangalter confesse :"Lorsque j'ai réalisé la bande-son d'Irréversible, c'était vraiment par plaisir. J'aime réaliser des soundtracks mais il faut absolument que le projet soit stimulant. Autrement, c'est impossible. Il faut aussi que l'expression musicale soit au service du film. Pour Irréversible, j'ai procédé de manière différente. J'ai vu le film avant. Et c'est ensuite que j'ai composé les morceaux en cherchant à coller au résultat. Quant à Leiji Matsumoto pour Interstella 5555, ça vient de l'envie folle de travailler avec lui. C'était notre rapport à l'enfance. J'avais co-écrit le scénario et les musiques venaient de l'album "Discovery". Quand j'étais enfant, j'écoutais beaucoup la musique des dessins animés. Genre Albator, Goldorak. Indirectement, cela m'a sans doute influencé."


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