Par - publié le 22 février 2007 à 06h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h27 - 2 commentaire(s)
Après avoir fait chanter des âmes en peine sous la chaleur écrasante d’un été caniculaire dans La saveur de la pastèque, Tsai Ming-Liang a depuis réalisé le film I don’t want to sleep alone, présénté au dernier festival de Venise, et en prévoit déjà un nouveau. L’auteur de Et là-bas quelle heure est-il ? ne chôme pas.



Chantre de la poésie moderne, Tsai Ming-liang est un génie méconnu qui parle mieux que quiconque de l’amour, de la frustration, de la sexualité, de la difficulté de communiquer. Bref, de grands thèmes où chacun est libre de reconnaître des lambeaux de son existence morcelée. Qu’on rassure les sceptiques : ses opus, fustigeant l’intellectualisme et le psychologisme, ne ressemblent en aucun cas à des précipités dépressifs (quoique) mais des films viscéralement mélancoliques et tragi-comiques dans lesquels des âmes romantiques errent dans un monde déshumanisé à la recherche de l’amour fou et de la reconnaissance d’un désir trop longtemps endormi. On l’avait laissé il y a un an avec La saveur de la pastèque, son plus grand succès en France peut-être dû à son affiche sulfureuse (une femme qui tient entre ses jambes une pastèque pénétré par les doigts d’un homme), où l’humour musical et bariolé était la politesse d’un désespoir inconsolable.



Depuis, Tsai Ming-Liang a beaucoup travaillé : il a déjà fini son nouveau film, I don’t want to sleep alone, dans lequel quelques obsessions passées côtoient celles du présent. Pour beaucoup, c’est le retour du réalisateur malaisien à ses premières amours, du temps de Vive l’amour et de La rivière voire Les rebelles du Dieu Néon. On y suit deux histoires mises en analogie où des nuages, métaphore utilisée par le réalisateur pour décrire ses personnages jusque dans la lenteur du déplacement, se rencontrent et provoquent des éclairs de désir : deux individus (un SDF battu par des parieurs de rue et le fils de la propriétaire d’un café dans le coma, incarnés par le même acteur) sont soignés suite à une agression par deux personnages différents : un travailleur immigré et une serveuse. Lorsque le SDF retrouve ses esprits, il rencontre la serveuse qui noue avec lui une relation très intime. Lorsque le travailleur se rend compte de cette passion, il fait montre d’une jalousie sans précédent.


Par son simple titre, I don’t want to sleep alone résume la thématique fétiche du réalisateur: la solitude et toutes les afflictions qui en découlent. Comme dans The Hole et La saveur de la pastèque, le film prend des atours de comédie musicale pour mieux faire swinguer l’absurdité de l’existence. Sur un canevas minimaliste où les scènes distendues provoquent une gamme variée d’émotion charriant la perplexité, l’hilarité, l’ennui ou la compassion, Tsai Ming Liang tourne pour la première fois en Malaisie.



Et ce malaise en Malaisie où la fièvre saisit et la malaria tue est a priori roboratif pour le cinéaste qui n’aime rien tant que tourner ailleurs que sur son propre territoire (Et là-bas quelle heure est-il ? se déroulait majoritairement sur le sol français afin de suggérer la perte de personnages en plein deuil – paternel ou identitaire – qui trafiquaient les aiguilles des monstres, cherchaient une chaleur affective et fuyaient leur quotidien tristouille pour peut-être se chercher eux-mêmes). Même si une date pour la sortie en France de I don’t want to sleep alone n’a pas été déterminée, elle devrait certainement avoir lieu dans le courant de l’année.



Fort de cette expérience, Tsai Ming-Liang planche actuellement sur un nouveau film qui devrait impliquer chez lui un renouvellement thématique et formel : Face, dans lequel il fera tourner Maggie Cheung, actrice qui nous a également prouvé de par ses participations chez son ex Olivier Assayas (Irma Vep) et Anne Fontaine (Augustin, roi du kung-fu) un désir d’exil et une capacité à incarner des personnages complexes confrontés à des sentiments qu’ils ne comprennent pas. En somme, idoine pour cet univers intérieur. Ici, elle incarnera Salomé, «une femme légendaire de la Bible», dixit le cinéaste. Certaines scènes seront intégralement tournées au musée du Louvre, à Paris. Le tournage est prévu dans le courant de l’année.
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