La parodie horrifique est un genre à part entière. En voici les plus beaux exemples.

Par Nicolas GILLI - publié le 20 janvier 2012 à 07h00
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La sortie en salles, presque inespérée pour un film de ce genre, de Tucker & Dale fightent le mal est l'occasion rêvée de revenir sur un phénomène sporadique renaissant à intervalles réguliers depuis les années 40 : la parodie de film d'horreur. Genre à part entière la parodie horrifique est généralement indigne des films dont elle aime se moquer mais quelques rares pépites ont toujours surnagé, celles qui font preuve d'amour et de déférence envers le genre.

 

Tucker and Dale fightent le mal de Eli Craig

 

 

Si le cinéma de genre horrifique a longtemps été, et reste toujours aujourd'hui dans une certaine mesure, relégué dans un coin, considéré comme réservé à un « public de niche », la vérité est toute autre. Il existe une façon très simple de mesurer la popularité de quelque chose, c'est quand la parodie s'en empare. Si aujourd'hui Jean Dujardin peut être fier d'avoir sa marionnette aux Guignols de l'info, c'est qu'elle constitue le symbole de sa popularité. On ne se moque que des icônes sinon il n'y aurait pas de public pour la parodie. Tout ceci pour mettre en avant un paradoxe : s'il est considéré comme un cinéma de niche, le cinéma d'horreur, au sens très large en engobant films de zombie, slashers, survivals et autres, est pourtant ancré profondément dans la culture populaire. Et cela a donné lieu à des parodies formidables par le respect qu'elles démontrent envers les œuvres originales.

 

Les classiques qui refont les classiques.

 

En 1948, c'est Deux nigauds contre Frankenstein de Charles Barton qui lance les hostilités. Produit par Universal et clôturant presque une décennie complète dominée par les créatures du studio ainsi que les comédies des compères Abbott et Costello, le film récupère dans une intrigue farfelue les décors des films de monstres Universal ainsi que les acteurs. Ainsi on y croise Lon Chaney Jr. En loup-garou, Bela Lugosi en Dracula ou encore Glenn Strange en créature de Frankenstein, reprenant les rôles qui les ont rendus si populaires en leur rendant hommage tout en se moquant gentiment. Une idée est ainsi plantée à Hollywood, n'attendant que de germer.

 

Il faudrait attendre une vingtaine d'année pour en récolter le premier fruit. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est un cinéaste plutôt adepte de films franchement sérieux, voire graves, qui s'y colle : Roman Polanski. Avec Le Bal des vampires réalisé en 1967, le franco-polonais se retrouve aux commandes d'une coproduction entre les USA et le Royaume-Uni, ce dernier étant le berceau des films qui servent de terreau à Polanski. Le Bal des vampires est un classique un peu à part, porté par la beauté de Sharon Tate et quelques scènes inoubliables, et qui pour rendre hommage aux chefs d'œuvres gothiques de la Hammer se permet d'être à la fois très drôle et terrifiant, la marque des plus belles parodies.

 

Avec les années 70 arrive un homme au nom indissociable du principe même de parodie : Mel Brooks. En 10 ans, aux côtés de ses parodies brillantes du western (Le Shérif est en prison) et du film muet (La dernière folie de Mel Brooks), il s'attaque par deux fois au cinéma de genre à tendance horrifique. Avec Frankenstein Junior c'est comme le titre l'indique du mythe Universal du docteur Frankenstein et de sa créature qu'il est question tandis que dans Le Grand frisson c'est tout le cinéma d'Alfred Hitchcock qui est passé à la moulinette du pastiche. Si les films de Mel Brooks sont plus drôles qu'effrayants, leur grande force vient de la capacité du réalisateur à saisir et digérer tous les codes en vigueur dans les genres qu'il aborde pour les reproduire avec sens. Une autre recette fondamentale pour une parodie intelligente.

 

On notera que la créature de Frankenstein aura été une source d'inspiration quasi inépuisable pour ces parodies, et ce jusqu'au Rocky Horror Picture Show qui se réappropriait le mythe pour une comédie... musicale.

 

frankensteinjunior_2

 

 

Le slasher, vivier inépuisable.

 

S'il y a bien un genre « horrifique » qui aura bénéficié de nombreuses parodies jusqu'à s'en nourrir et bâtir ainsi une étrange mise en abyme, c'est le slasher. Avec Week-end de terreur en 1986, Fred Walton montre déjà les limites d'un genre voué à disparaître en mettant en lumière ses procédés factices jusqu'à en rire. Cela en se réappropriant tous ses codes et en les poussant tellement que le film en devient parodique. Bien sur, on frôle déjà le cynisme et le manque de respect mais le slasher l'est déjà à la base envers ses personnages. Une dizaine d'années plus tard, Scream et Serial Mother prennent le relais. Si le premier peut être considéré comme un pur slasher plus que comme une parodie, son intérêt principal vient bien entendu de sa propension à se moquer des mécanismes éculés du genre. Scream est à ce point important qu'il engendrera sa propre parodie, Scary Movie signant la mise en abyme absolu à travers le spectre de la pure comédie référentielle. Le cas de Serial Mother est tout aussi intéressant car John Waters utilise un principe fondamental de slasher, punir le vice et l'immoral, dans sa déconstruction trash de l'american way of life, apportant un humour noir qui fera date dans les années suivantes. Pourtant, ces quelques perles auront surtout engendré par la suite des parodies médiocres, ni drôles ni intelligentes, y compris dans les franchises qu'elles ont directement bâties. Il faudra attendre les années 2000 pour que des véritables amoureux du genre s'emparent à nouveau de la parodie pour l'élever vers des sommets.

 

Scream 4 de Wes Craven

 

 

Le pouvoir aux geeks.

 

Si les années 2000 marquent les méfaits répétés de Jason Friedberg et Aaron Seltzer et leurs parodies stupides pour spectateurs attardés, c'est également le temps de la renaissance du genre parodique. Plus de 50 ans après Abbott et Costello, des cinéastes à la culture geek immense ont digéré ces décennies d'essais plus ou moins réussis pour livrer leur vision de ce cinéma. Ce cinéma qu'ils aiment, comprennent et maîtrisent comme personne. Ils sont deux au dessus du lot. Le premier, le plus discret paradoxalement, c'est James Gunn qui a enfin atteint une pseudo-consécration avec Super. C'est avec Horribilis qu'il livre sa révérence au genre. En signant ce remake d'Extra sangsues (Night of the Creeps) il rend hommage à tout un pan du cinéma de John Carpenter et fait à la fois état de sa maîtrise des codes ainsi que d'un humour noir fracassant, passant pour beaucoup par l'excès. L'autre, moins trash et plus geek encore, c'est Edgar Wright. Avec Shaun of the Dead il livre la parodie parfaite, synthèse absolue de 5 décennies de comédie horrifique, et qui est à la fois un film hilarant de par son humour aussi noir qu'incisif, mais également un des meilleurs films de zombies jamais réalisés.

 

Shaun of the Dead d'Edgar Wright

 

 

C'est sur les traces de ce dernier, mais en abordant un genre radicalement différent, le survival-horror, que se lance Tucker & Dale fightent le mal, en salles le 1er février 2012.


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