Ils sont l'Amérique profonde, ils sont la risée du monde moderne, ils sont le mal incarné du cinéma d'horreur. Les rednecks.

Par Nicolas GILLI - publié le 26 janvier 2012 à 06h00
0 commentaire(s)

Tucker & Dale fightent le mal, la parodie horrifique réhabilitant complètement l'image du redneck dans le cinéma d'horreur, arrivant prochainement sur les écrans, c'est l'occasion rêvée pour faire un tour d'horizon des représentations les plus marquantes de cette population au cinéma. Le redneck, littéralement « nuque rouge » est généralement un type travaillant la terre dans le sud des Etats-Unis, avec son phrasé si particulier. C'est également devenu au fil du temps une des figures principales du cinéma d'horreur américain en général et du survival en particulier. Ainsi, combien de films bons ou moins bons s'ouvrent sur une séquence de station-service perdue au milieu de nulle part et tenue par un redneck à casquette ? Combien dans lesquels le flic de service en est un également ? Des dizaines, des centaines, ils sont l'essence du cinéma d'horreur depuis les années 70. L'idée ici n'est pas d'en faire une liste exhaustive mais de se concentrer sur quelques cas parmi les plus mémorables.

 

Délivrance : l'homme des montagnes et l'homme sans dents


Ces deux-là, ainsi que que l'inoubliable Lonnie et son banjo, sont parmi les rednecks les plus marquants de l'histoire du cinéma dans le survival le plus incroyable jamais mis en scène. Chez John Boorman plus que chez quiconque, le redneck se fait non seulement incarnation du mal absolu, figure reprise ensuite pendant quarante ans, mais surtout symbole fort d'un pamphlet écologiste. Le groupe composé de Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox n'est que le symbole d'un monde moderne qui attaque la nature tandis que les rednecks qui feront payer cher à Jon Voight son passage par chez eux dans une scène qui choqua des générations entières de spectateurs et continue encore d'en marquer durablement, y sont de purs êtres symboliques. L'homme des montagne et l'homme sans dents sont les bras armés de Mère Nature qui utilise l'homme pour se venger de l'homme. Une vision bien plus subtile que l'image qui en sera retenue par les pilleurs d'idées du cinéma de genre américain et qui oublieront complètement cette portée symbolique.

 

Delivrance de John Boorman

 

 

Massacre à la tronçonneuse : Leatherface et sa famille


Dans son illustration magistrale de la peur primale au cinéma, Tobe Hooper utilise logiquement des rednecks. Leatherface, son frère l'auto-stoppeur, le shérif, toute la famille de dégénérés vient de l'Amérique profonde, de ses fondations. C'est la raison majeure pour laquelle Massacre à la tronçonneuse fonctionne encore aujourd'hui, il base son discours sur un fait divers atroce qui met en scène les habitants à priori les moins complexes de toute l'Amérique en en faisant des brutes sanguinaires. Instaurer la peur chez le spectateur de base en lui suggérant que le mal absolu se cache chez son voisin le plus simple, le submerger de torrent de furie et lui faire passer pour l'occasion quelques réflexions politiques et sociales sans en forcer le trait pour qu'il les accepte sans broncher. Le temps d'un film, Tobe Hooper toucha au génie pur et imposa sa vision tétanisante du redneck comme un modèle à suivre pour plusieurs générations de cinéastes.

 

texaschainsawpic2

 

 

Les Nerfs à vif : Max Caddy


Voilà ce qui arrive quand un redneck se retrouve en prison et accède à une certaine éducation. À travers ce remake du classique de J. Lee Thompson, Martin Scorsese livre sa vision du thriller et du mal incarné. Max Caddy c'est le redneck qui a évolué du mauvais côté, incapable de faire la part des choses entre le bien et le mal et qui a tatoué ses obsessions sur son corps. Le résultat est l'interprétation la plus hallucinée de Robert De Niro dans ce que donnerait le croisement improbable entre un redneck, l'éducation pénitentiaire et le fanatisme religieux : de la folie pure.

 

capefear01

 

 

Kalifornia : Early Grace


Au milieu de ses travaux dans le clip musical, et avant d'en arriver à la triste carrière qu'on lui connaît aujourd'hui, Dominic Sena réalisait Kalifornia en 1993. Dans ce qui ne restera pas comme un très grand film, il illustre pourtant une autre facette du redneck en l'imaginant tueur en série. Manipulateur démoniaque derrière ses manières rustres et son phrasé typique, Brad Pitt incarne une autre vision du mal assez surprenante, apportant au film ce surplus d'intérêt qui en fait une vraie curiosité. Bien que très basique dans sa réflexion - on n'est pas chez un auteur - il n'en reste pas moins une vision radicale du redneck grâce à un interprète au sommet de sa forme et cherchant alors à tout prix à broyer son image de beau gosse. C'est réussi sur ce point.

 

kaliforniapic01

 

 

Arizona Junior : H.I. McDunnough


Celui-là n'est pas aussi dangereux que ses autres congénères présentés ici, il est même plutôt sympathique. Mais tout de même il s'agit du redneck de base, loser de profession et braqueur amateur, le plus flamboyant passé devant la caméra des frères Coen. C'est Nicolas cage qui assure le show dopé à l'humour noir et acide, annonçant quelque part une certaine réhabilitation du redneck en jouant déjà sur les idées reçues et sa propension à être au mauvais endroit au mauvais moment, ou à faire des choix moralement indiscutables mais aux apparences catastrophiques.

 

Nicolas Cage dans Arizona Junior

 

 

Pour découvrir le stade ultime de la représentation redneck, Tucker & Dale fightent le mal sortira le 1er février 2012.


Vos réactions


logAudience