Par - publié le 14 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 14 octobre 2009 à 10h37 - 4 commentaire(s)
Parce qu'il est considéré par beaucoup comme le plus grand nanar de tous les temps, nous ne pouvions passer à côté de Turkish Star Wars, sorte d'éloge absolue du carton pâte, de la resucée honteuse, des faux raccords rigolos et des effets spéciaux comme autant de griffures à même la pellicule. Il faut voir ce film en mangeant une pizza au kébab, décomplexé des neurones et légèrement atteint par les bienfaits d'une Efes Pilsen (bière nationale turque)... Réalisé par Çetin Inanç en 1982, qui nous offrira plus tard Death Warrior (Ölüm savasçisi, 1984) ou encore une doublette inspiré de l'oeuvre de Sylvester Stallone, Turkish Rocky (Kara simsek) en 1985 et Rampage un an plus tard (Korkusuz, totalement inspiré de Rambo), Turkish Star Wars peut se vanter d'introduire l'un des récits les plus nanarisants de toute l'histoire de l'audiovisuel.

Jugez plutôt : "L'Âge de l'Espace débuta avec les premiers voyages humains vers l'espace et la Lune. L'Âge de l'Espace fut une ère de progrès pour l'humanité. Elle vécut ainsi pendant des millénaires. L'âge de l'espace s'est achevé, la vie et le temps sont entrés dans l'Âge Galactique. (...) Les civilisations et l'Histoire appartenaient au passé, l'humanité commença à se contenter d'un mode de vie simple, comme aux premiers âges. (...) En ces temps, les nations, les civilisations, les races et les religions de la Terre se fondirent en une seule entité. (...) La Terre avait déjà connu des menaces de cette nature dans le passé...

"La Terre avait déjà connu des menaces de cette nature dans le passé... Aucune n'avait pu détruire la Terre. Toutefois, dans certains cas, la Terre s'étaient retrouvées désintégrées en plusieurs morceaux."

Et le super-méchant dans tout ça. Une pâle copie (au sens propre et figuré) de Dark Vador dont le masque en peau de crocodile est surmonté de plusieurs épines (tuyaux?). Un alliage subtil d'élements low-tech ringards...
"Soudain, il croisa la route d'un ennemi mystérieux et très puissant. Notre monde, formé de matière créée à partir de rayons et d'énergie il y a cinq milliards d'années se fragmenta en nuage de poussière sous l'influence des rayons laser de l'Âge Galactique. Qui était cet ennemi ? Dans quelle galaxie se trouvait-il ? Les humains n'utilisèrent qu'une seule arme contre cette menace. Ils créèrent une barrière alimentée par le cerveau humain et la force de sa volonté.(...) La seule chose qui pouvait franchir la barrière était une arme fabriquée à partir du cerveau et de la volonté humaine. Mais aussi puissantes soient leurs armes, les ennemis de la Terre n'avaient pas de cerveaux. (...) Les deux plus grands et plus forts guerriers turcs se lancèrent dans l'espace avec d'autres humains et déclarèrent la guerre à l'ennemi inconnu."

Plus de 2mn30 ininterrompue de philosophie pacifiste, d'élan darwiniste régressif, et de Science de l'impossible. Le tout sur un montage parfaitement fantaisiste déroulant des stock-shots de Star Wars et de plusieurs documentaires aéronautiques. Un pot pourri formellement intense qui vient conclure un générique pré-formaté à la main et assortit d'une musique d'ascenseur. On n'a pas vu mieux depuis...
On n'a jamais vu mieux !
Si Turkish Star Wars emprunte beaucoup à Star Wars, il ne se prive pas de se gargariser avec le thème principal d'Indiana Jones. A l'heure actuelle, on ne sait pas encore si John Williams a touché des droits mais sa partition symphonique vient très souvent égayer des séquences manquant cruellement de rythme. On retiendra notamment une séance d'entrainement intensive où le corps humain sera rudement mis à l'épreuve, tout juste récompensé par quelques regards séducteurs tout droit sortis d'une parodie des Feux de l'Amour et un repas chaud... Mais les images parlent d'elles-mêmes...



La suite, vous ne voulez pas la connaître, mais sachez que l'ennemi galactique numéro 1 a quelques tours dans sa poche et notamment une panoplie de bras-droits (un ours en peluche, un robot façon Planète Interdite de 1956...) tous plus incompétents les uns que les autres. Il faut dire qu'avec son épée-scie en carton, notre héros Cüneyt Arkin ne fait pas dans le détail (il coupe d'ailleurs le grand méchant en deux avec une seule main...). Mais qui est-il d'ailleurs, cet acteur qui est également aux commandes de ce script aussi génial que... génial ?

"Il ne peut y avoir de monde sans humains ni d'humains sans monde. Parce que l'humain est ce qu'il y a de plus précieux dans l'univers. Protégez votre futur. Parce que le futur réside dans la paix. Celui qui donne vie à la paix est sans aucun doute humain."

Véritable star dans son pays, Cüneyt Arkin (de son vrai nom Fahrettin Cureklibatur), a à son actif plus de 300 films inconnus ailleurs qu'en Turquie. Tour à tour charmeur irréductible, karatéka, cow-boy ou encore homme-lion, Cüneyt Arkin transcende chaque plan de Turkish Star Wars, apportant son charisme sans faille (son regard rappelle celui d'Alain Delon), son corps d'athlète et ses acrobaties époustouflantes à une oeuvre désormais culte. Et on se demande encore si la Turquie doit rentrer dans l'union Européenne...

Pour en savoir plus sur le film, un seul site de référence en la matière : www.nanarland.com
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