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L'histoire : "Betty Suarez n'est pas spécialement belle, mais elle est douce, intelligente et travaille dur. Dans un monde régi par les apparences, ses qualités ..."
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Ugly Betty : Analyse Du Pilote

Par Romain Le Vern - 19 novembre 2007 - 3 commentaire(s)
Forte d'un succès estimable aux Etats-Unis, la série Ugly Betty débarque très prochainement en France. Raison suffisante pour s'intéresser de plus près à son pilote.

Dès l'intro, le ton est donné: Betty, appareil dentaire et tignasse impossible, est une jeune fille bigleuse et disgraciée à qui la nature n'a pas fait de cadeau. Et surtout, à qui les portes de la gloire se ferment automatiquement. La pauvre Betty qui voulait postuler dans un magazine de mode n'a plus qu'à rester cloîtrée sur son fauteuil le restant de ses jours à regarder des sitcoms sirupeuses (mise en abyme parodique de télénovelas avec la productrice Salma Hayek, rappelant au passage que Ugly Betty est l'adaptation américaine d'une série mexicaine). Oui mais voilà, il y a de la justice en ce bas monde et dieu sait si la morale plaît beaucoup à la ménagère de moins de cinquante ans. Témoin du renvoi de Betty, tellement maladroite qu'elle a eu le temps de se prendre les pieds dans les escaliers, le PDG fondateur du prestigieux magazine Mode profite du subterfuge Betty pour jouer un mauvais tour à son fils huppé et arrogant: il en a tellement marre que ce dernier couche avec toutes ses secrétaires qu'il décide de virer celle à quatre pattes sous son bureau pour engager un laideron incapable d'éveiller les pulsions sexuelles du fiston. Au moins, il ne sera pas tenté.


Toute contente d'être embauchée alors qu'elle n'y croyait plus, Betty dont la bravitude confine à la niaiserie devient un poil à gratter involontaire. Elle est tellement inadéquate pour le monde élégant de la mode que tous les bobos qui bossent dans la boîte se retournent de honte et la dévisagent en se demandant comment un énergumène pareil a pu pénétrer dans ces hautes sphères. Heureusement, au moment de la pause déjeuner, elle tombe sur une collègue super sympa qui, elle, ne se soucie pas des ragots et du mauvais goût vestimentaire de Betty. La bonne camarade volubile qui s'incruste dans ta vie sans que tu l'aies demandé et qui ressemble à un ange tombé du ciel. Comprenez par là qu'elle voit à travers les apparences et qu'elle saisit le cœur d'or qui émane de Betty.


Et c'est ainsi que commence la déconfiture de cette série qui se garde bien de fureter vers une direction plus cruelle et juste. La peinture du monde impitoyable de la mode possède certainement un fond de vérité mais les traits sont épouvantablement grossiers (réunion dictatoriale où les grandes dames maquillées comme des voitures volées et refaites de partout fument leur clope en prenant le soin de laisser les cendres sur la table). La confrontation de deux milieux sociaux (Betty dans sa maison familiale du Queens, Betty dans un quartier bourge au boulot) va inévitablement permettre aux personnages englués dans leurs préjugés d'ouvrir les yeux (Suddenly I see) et de montrer au spectateur que finalement, ils ont tous un bon fond. Pilote qui se finit dans le rose bonbon et l'eau de boudin sur fond de KT Tunstall. Cata? Quasiment.


A condition d'aimer la superficialité des magazines de mode (que de beaux costumes fashion) et les réflexions naïves sur la beauté intérieure qui triomphe des vilaines apparences (que la vie est dure pour les moches qui en réalité ont un meilleur fond que toutes les poufs anorexiques qu'on reluque à longueur de pages), impossible d'adhérer à l'humour très grognasse de ce pilote qui en fait des tonnes pour arracher un sourire (Betty qui se prend une vitre, Betty qui trébuche, Betty qui n'en finit plus d'afficher ces dents en acier). Le grand écart entre les promesses excitantes et le produit fini est essentiellement responsable de cette déception, un peu comme si vous alliez chez le coiffeur et qu'au lieu de vous coiffer comme votre acteur(trice) préféré(e), il vous transformait en lévrier afghan. C'est d'autant plus décevant qu'à la lecture du synopsis, on avait presque fantasmé l'humour mordant des films de Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat), avec son personnage follement antipathique, son cynisme spirituel, sa misanthropie roborative, sa vraie réflexion sur la nature humaine et sa prédilection pour les zones d'ombre.


N'en espérez rien: tout fleure bon ici la bonne grosse pièce montée et une caricature aussi artificielle que le milieu dépeint. Alors que les premières images évoquent rapidement Muriel (Paul J. Hogan) pour la même femme encore petite fille qui se perd dans ses rêves (Muriel attendait le prince charmant et vivait sa vie à travers les merveilleuses chansons d'ABBA, Betty rêve d'intégrer le monde cloisonné de la mode), Ugly Betty ne parvient à aucun moment à maintenir l'équilibre entre le comique et le touchant, le grotesque et le tragique, la dérision et le pathétique. A contrario, la série mouline du stéréotype; et ces stéréotypes ne laissent aucune possibilité à une amélioration possible du côté des personnages secondaires, à l'instar de la bonne copine lucide et sincère (deux vertus vachement importantes dans ce monde d'hypocrites) qui rencontre Betty à la cafétéria et ressemble étrangement à celle, décomplexée, incarnée par Rachel Griffiths dans Muriel. En somme, une déconneuse hédoniste aux bonnes réparties, pas assez belle pour rejoindre le clan des pestes et pas assez moche pour être rangée chez les pots à tabacs. Bref, on a vite fait le tour.


Le pilote de cette série où le trait acerbe pouvait potentiellement laisser place à l'émotion et la tendresse se résume hélas à une succession de saynètes plutôt ratées qui exaltent une bonne morale boy-scout: être moche ne signifie pas qu'on est forcément aveugle ou stupide etc. Plein d'enseignements premier degré plus aptes à parler aux lectrices de Biba qu'à ceux qui cherchaient un peu de piment et de loufoquerie. Sans avoir osé fréquenter les autres épisodes, on notera juste que ce premier se contente par ailleurs de bonnes vieilles humiliations obligatoires très éculées (le boss qui cherche à décourager Betty dans sa besogne la fait poser parmi les canons pour la ridiculiser et l'oblige à promener son chien gigantesque) en guise de ressorts burlesques. Quand ça ne donne pas envie de suivre la suite faute de traitement incisif, on préfère quitter le navire avant qu'il ne coule. Mais une chose est sûre: soit les codes nous manquent pour en rire (après tout, pourquoi pas ? - la série a récemment été récompensée du Golden Globe de la meilleure comédie), soit c'est bigrement raté. Pour l'heure, on optera pour la seconde option.

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