C'est désormais notre rendez-vous du week-end. Le nôtre et le vôtre. Le principe est simple: un film et un DVD pour le week-end. Les rédacteurs les plus actifs du site, aux goûts extrêmement différents les uns des autres, vous donnent leurs conseils, avant de partager leurs avis chiffrés, grande tradition de DVDRAMA, où les critiques notent de 0 (nul) à 10 (Alexandre Jumel) les films actuellement dans les salles. En attendant vos avis dans les forums sur le DVD et le film à recommander pour le week-end.
UN FILM, UN DVD
ROMAIN LE VERNUn film:
Lumière Silencieuse, de Carlos Reygadas
Un DVD: Mère et fils, de Alexandre Sokourov (Potemkine)
LAURENT TITYUn film:
American Gangster, de Ridley Scott
Un DVD:
Molière Collector, de Laurent Tirard (Wild Side Video).
JEAN-PHILIPPE GUERANDUn film:
Lumière Silencieuse, de Carlos Reygadas
Un DVD: Le coffret Douglas Sirk (Carlotta)
ALEX MASSONUn film:
Un frisson dans la Nuit en reprise
Un DVD:
Blade Runner Final Cut
STANISLAS BERNARDUn film:
La légende de Beowulf en 3D et en IMAX si possible
Un DVD:
Blade Runner Final Cut
KEVIN DUTOTUn film:
I'm not there de Todd Haynes
Un DVD:
Blade Runner Final Cut (vous l'avez tous déjà vu mais comme on s'en lasse pas...)
AVIS CHIFFRESLes rédacteurs éminents du site (dans l’ordre, Romain Le Vern, Laurent Tity, Jean-Philippe Guérand, Alex Masson, Stanislas Bernard et Kevin Dutot) donnent leurs avis éclairés sur les films toujours visibles en salles pour le week-end et/ou ceux qui arriveront dès la semaine prochaine, histoire de vous faire saliver avant mercredi (ici,
Je suis un cyborg, de Park Chan-Wook, et
La graine et le mulet, de Abdel Kechiche). A vous de faire le choix.
TOP 3 DU WEEK-END
1. LUMIERE SILENCIEUSE (9,25)
Carlos Reygadas touché par la grâce.
2. JE SUIS UN CYBORG (8)
Park Chan-Wook réalise pour sa fille. Le résultat? Unique.
3. AMERICAN GANGSTER (7,20)
Denzel, Russell, Scott. Trois bonnes raisons.
Retrouvez dans les pages suivantes les résumés et mini-avis critiques des films sélectionnés dans le tableauACROSS THE UNIVERSE
Après les excitants
Titus et
Frida, l’inclassable Julie Taymor revient avec
Across The Universe, une comédie musicale bariolée et sentimentale où sur plus de deux heures elle passe en revue les meilleurs morceaux des Beatles. La morale?
All you need is love. Faîtes l’amour et pas la guerre. Le message est clair, le film aussi.
AMERICAN GANGSTER
Si Ridley Scott, Denzel Washington et Russell Crowe revisitent avec brio la saga policière hollywoodienne, grâce à son scénariste,
American Gangster est propulsé au niveau supérieur et raconte comment les fondations de l’Amérique ont subi un profond glissement de terrain.
L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES…
Rien de plus agréable au cinéma que d’être surpris par un film qui s’avère l’exact contraire de nos prévisions. Qui aurait pu imaginer que Andrew Dominik, réalisateur australien de l’indépendant
Chopper, objet estimable quelque part entre
Henri, portrait d’un tueur en série et
The Ugly, réaliserait un film svelte, étrange, alangui et romantique de plus de deux heures trente avec Brad Pitt, sous l’égide de la Warner? Probablement pas le réalisateur lui-même qui s’est visiblement acharné à réaliser un modèle de contre "film Hollywoodien" qui, dès les premières images (une attaque de train d’une élégance inouïe) bouleverse les icônes et les conventions. Ce n’est donc pas un western avec des duels sanglants, mais un nouveau western où la lutte entre deux hommes (Jesse James et Robert Ford) est psychologique, sentimentale, mortelle. D’un bout à l’autre, une merveille qui prend dans ses rets invisibles pour mieux nous envoûter.
CHRYSALIS
Parce qu'il s'agit de l'assassin de sa femme, David Hoffmann, lieutenant à la police européenne, accepte de reprendre du service pour traquer un dangereux trafiquant soupçonné d'une série de meurtres. Une enquête qui le mènera vers une clinique à la pointe de la technologie, dirigée d'une main de fer par le professeur Brügen. Quand la vérité se loge au coeur du souvenir, la mémoire se révèle un bien précieux, objet de toutes les convoitises. Pourtant, certains souvenirs ne s'effacent jamais...
DARLING
Marina Foïs et Guillaume Canet se livrent ici à une interprétation plus que difficile dans un sujet qui l’est tout autant, soit la vie de Darling, jeune femme victime dès son enfance de violence physique et morale par son entourage. Cette histoire vraie et sombre avait été contée à Jean Teulé qui, bouleversé, en avait fait un livre poignant sorti il y a quelques années.
DE L’AUTRE COTE
Après
Head on, Fatih Akin, cinéaste germano-turc, revient avec
De l’autre côté, la palme du cœur, une chronique polyphonique apaisée et poignante qui entrecroise les destins d’hommes et de femmes, partagés entre deux nations et deux cultures. Avec générosité et sans ficelles larmoyantes, il part du communautaire pour tendre à l’universel, ressoude des liens brisés et traite de la mort en célébrant la vie.
DEAD SILENCE
James Wan & Leigh Whannell sont un peu les Matt Damon & Ben Affleck du cinéma fantastique. Avec
Saw, coup de maître où le manque de moyens était compensé par une foultitude d’idées riches, ils ont considérablement bouleversé l’industrie horrifique, invitant à reconsidérer les interdictions. Avec
Dead Silence, leur second long métrage ensemble (Wan à la réal, Whannell au script), ils répondent à la surenchère gore qu’ils ont lancée par une forme de fantastique classique pourvue d’un twist final qui devrait vous faire cogiter pendant un petit moment. Enjoy the dead silence.
LES DEUX MONDES
Un projet de comédie avec Benoît Poelvoorde en rôle titre, cela ne respire pas a priori l’originalité. Et pourtant, Daniel Cohen réussit le petit exploit de surprendre tout son monde grâce à un concept particulièrement riche en trouvailles réjouissantes. Le pitch des
Deux mondes contient les germes d’une épopée fantastique dans laquelle humour et aventure se mélangent pour le meilleur et pour le pire.
L’ENNEMI INTIME
Dès ses premières minutes, le nouveau film de Florent-Emilio Siri déconcerte, trouble l’esprit. Et il faut quelques instants pour réaliser que l’origine de ce trouble n’est pas tant à chercher dans l’œuvre seule que dans nos réflexes conditionnés de spectateur. Voilà plus de quarante ans, en effet, que le film de guerre français a abandonné les terres d’une certaine cinégénie assumée. Entre l’image sèche, quasi-documentaire, limite amateur des années 70 (
Avoir 20 ans dans les Aurès, R.A.S, La Légion saute sur Kolwezi) et le lyrisme pictural et césarisable des années 90 (
Dien Bien Phu, Indochine) notre cerveau de spectateur avait oublié les fantômes d’Henri Verneuil, de René Clément ou de Denys de La Patellière, et leur apport à ce genre autrefois populaire. La première séquence de
L’Ennemi intime met en scène une embuscade nocturne au cœur du maquis. Le cadre impose d’emblée son Cinémascope ; le paysage nocturne (probablement filmé de jour et retravaillée en post-prod) fait ressortir les contrastes jusqu’à les rendre violents ; les personnages ont des postures qu’on devine étudiées dans leur naturel apparent, et soulignent les lignes de force de l’image. Notre conditionnement de spectateur indique que de tels personnages, dans un tel cadre, devraient parler l’anglais ou l’italien, mais ils parlent le français.
LES FEMMES DE SES REVES
Un homme se marie précipitamment avec une jeune femme qu'il croit parfaite, mais durant leur lune de miel il tombe amoureux d'une autre demoiselle. Voilà pour l’histoire. Et non, ce n’est pas le nouveau film de Claude Lelouch mais celui des frères Farrely qui continuent de nous subjuguer d’années en années et de comédies en comédies. Celle-ci est au-dessus du lot et confirme que les frères sont particulièrement doués dès qu’il s’agit de faire rire en dessous de la ceinture. Bientôt dix ans après
Mary à tout prix les frères Farrelly retrouvent Ben Stiller dans une nouvelle comédie romantique déjantée. Comme on dit, « C’est dans les vieux pots… » et les deux frangins nous servent à nouveau un Ben Stiller jouant le brave type amoureux à qui il arrive les pires galères (mention spéciale pour la traversée de la frontière). Effectivement le principal défaut du film est cette impression que les Farrelly n’explorent pas de nouveaux terrains de jeu et restent dans les limites qu’ils ont établies avec Dumb et Dumber. Ils ne tentent pas de repousser plus loin les frontières de la comédie américaine avec leur humour potache comme ils l’ont fait dans les années 90. Même s’ils s’en prennent assez énergiquement au mariage, assimilé à l’une des pires choses pouvant arriver à un homme.
FROZEN DAYS
«C’est en assistant à l’explosion d’une bombe que j’ai eu envie de faire un film». C’est ce que raconte Danny Lerner, réalisateur Israélien ancien critique toqué des cinémas de Polanski et Besson, lorsqu’on lui demande comment est né l’idée de
Frozen Days, premier film très bizarre. Pour raconter la dérive mentale d’une jeune femme solitaire et indépendante qui erre dans les boîtes de nuit de Tel Aviv et vend des drogues psychédéliques, il a appliqué le concept de Maya Deren sur la subjectivité. A savoir filmer le ressenti lors d'un incident et non l'incident en lui-même. Pour se hisser à la hauteur de ses ambitions, Lerner s’est attaqué sur deux fronts. D’abord, celui de la forme, quasi expérimentale: le travail sur le son et l’image – un noir et blanc contrasté – installe une ambiance bizarre et accrocheuse. De l’autre côté, la structure est rigoureuse et irréversible: celle d’une descente aux enfers névrotique avec un personnage féminin à la recherche d’un individu mystérieux. Qu’elle paraisse sinueuse ou absconse n’a aucune importance. Ce qui en a, c’est le caractère obsessionnel de cette quête. Lerner la rend passionnante en décrivant l’univers mental de cette héroïne et en proposant en filigrane une parabole sur la solitude. De rebondissement en rebondissement, l’histoire, ludique et manipulatrice, évolue de manière inattendue à tel point qu’on se demande parfois si la jeune protagoniste (Anat Klausner) ne confond pas la réalité et ses fantasmes. A la manière de quelqu’un qui vient de consommer des hallucinogènes et part en vrille. Ce n’est que progressivement qu’on repère les indices: l’utilisation du noir et blanc (plus qu'une simple contrainte économique) et la manière dont Lerner filme les rues désertiques renvoie au cinéma fantastique des années 60, plus précisément à
Carnival of Souls, de Herk Harvey, que Lerner a fait circuler à toute l'équipe durant le tournage. En cours de route, le spectateur est partagé entre deux options: soit il décroche parce que la multiplication des rebondissements et donc des coups de théâtre l’empêche de reconstituer le puzzle, soit il se laisse emporter et savoure un voyage schizophrène et fantasmagorique. Mieux vaut adopter la seconde formule.
Frozen Days est sorti en Israël en août 2006. Depuis, sans doute grâce à cette originalité qui le fait aussi passer pour un «objet de petit malin», il a connu une carrière internationale à travers les festivals du monde entier. A l’AFI Fest (l’équivalent des Oscar en Israël), le film a remporté le prix du meilleur film. En France, il a été présenté au festival de Cognac hors compétition.
HALLOWEEN
Toucher à
Halloween, c'était un peu comme franchir les limites du sacro-saint du cinéma de genre. Bien évidemment, la franchise aura longuement eu le temps de s'embourber d'année en année dans des suites aussi inégales qu'inutiles pour la plupart – certains opus réinventant le médiocre pur. Mais le temps et les fans préfèrent laisser les suites s'affaiblir et s'allonger comme une liste de supermarché plutôt que de laisser n'importe quel nabab se réapproprier le film de Carpenter. Surtout lorsque la relecture répond à la demande de producteurs aussi dignes de confiance que les frères Weinstein. En effet, avec n'importe quel nabab il y aurait eu de quoi crier au parjure lorsque l'on constate à quel point les récents remakes de classiques horrifiques (
Fog,
La Malédiction, Amytiville, tutti quanti…) relevaient de l'hécatombe cinématographique. Mais Rob Zombie n'est pas un nabab, c’est un excellent faiseur, délirant, on a pu le constater dans ses deux films précédents, et un auteur fascinant, qui a parfaitement compris où il mettait les pieds. En ne marchant pas sur les plates-bandes de son pair, en préférant raconter une histoire sensiblement déviante avec les mêmes outils, il livre un film percutant. Si Zombie ne succombe pas totalement aux sirènes de la surenchère que lui autorise le Rated R – bien que très vulgaire dans ses mots -, il nous livre la double facette d’un slasher particulièrement agressif jumelé à une tragédie familiale radicale.
L’HOMME SANS AGE
Question que l’on se pose au début de la projection de
L’homme sans âge (titre bien prosaïque pour un résultat qui ne l’est pas): qu’est-ce qui fait tourner Francis Ford Coppola? La question mérite une fois de plus d’être posée au moment où le Festival du Film de Rome lève le voile sur son dernier opus, pressenti pour à peu près tous les festivals majeurs depuis Cannes 2006 (souvenez-vous, l’année où sa fille Sofia présentait
Marie Antoinette). Le résultat? Une œuvre sur l’identité et la mémoire, d’un autre temps, aux tentations surréalistes, plus RaoulRuizien qu’Hollywoodien. Loin de ce que l’on pouvait attendre de la part de Coppola.
I’M NOT THERE
On l’avait laissé avec un très bel hommage au cinéma de Douglas Sirk (
Loin du paradis) où Julianne Moore tentait de préserver coûte que coûte son American Way of Life, empruntait la voix de Doris Day, mettait le fouloir autour du cou comme Dorothy Malone, découvrait des diktats toujours actuels et tombait amoureuse d’un black. Avant d’échanger des adieux déchirants sur le quai d’une gare. Nouveau projet:
I’m not there, portrait kaléidoscopique de Bob Dylan à travers six acteurs différents dont le principe évoque celui mis en place par Todd Solondz dans
Palindromes. Autant il n’était pas utile de connaître sur le bout des doigts les classiques de Sirk pour apprécier
Loin du Paradis; autant il est préférable de connaître la vie perso et musicale de Bob Dylan pour adhérer à cette bio schizo sur l’identité morcelée d’un artiste. Passionnant et unique.
LA LEGENDE DE BEOWULF
Si
Le Pôle Express était un conte pour enfants,
La Légende de Beowulf semble avoir été pensé dans la même optique mais pour satisfaire un public adulte. Robert Zemeckis semble avoir volontairement accentué l’aspect mature de son film comme pour rétablir une sorte d’équilibre.
La Légende de Beowulf se démarque radicalement de toute la production d’animation américaine de par la technique employée mais aussi par son ton. Cela s’explique en grande partie par les deux scénaristes du film : Neil Gaiman et Roger Avary, deux auteurs pas spécialement réputés pour leur mièvrerie et leur frilosité face au politiquement correct. Robert Zemeckis suit à la lettre leur note d’intention et donne le ton dès la scène d’ouverture avec un banquet où tout le monde carbure à l’hydromel, jure et s’envoie en l’air derrière le moindre recoin. Zemeckis nous plonge dans un monde brutal et décadent, tranchant radicalement avec l’apparence lisse de l’image de synthèse. Mais le film n’est pas pour autant un pendant animé de
Caligula, le réalisateur dissimulant astucieusement les parties des corps pouvant choquer un public un peu trop puritain. De ce côté là pas de révolution,
La Légende de Beowulf étant quand même un gros film de studio, mais avec une facette « brute de décoffrage » des plus plaisantes, nous plongeant avec plus d’ardeur dans cet univers.
LUMIERE SILENCIEUSE
Peu de films peuvent se vanter de procurer à leurs spectateurs une telle sensation d'inconnu et de dépaysement et une telle envie d'en savoir un peu plus sur l'univers, à la fois proche et lointain, qu'il évoque. Suspension volontaire d’incrédulité et religiosité poids lourd:
Lumière silencieuse se mérite mais ne s’oublie pas. Superbe et équivoque.
MY BLUEBERRY NIGHTS
Wong Kar Wai avait dernièrement prolongé, avec
2046, le voyage onirique absolument particulier proposé dans
In the mood for love. Il poursuivait son glissement musical, se faufilant parmi des figures au charisme profondément romantique, glissant de l’une à l’autre, porté par une bande musicale absolument prodigieuse.
My Blueberry Nights propose un autre voyage. Comme Wim Wenders avec
Paris, Texas, Wong Kar Wai découvre le tournage aux Etats-Unis en réalisant un road-movie. Là aussi, il s’agit d’une forme de quête, d’un retour aux sources, à soi-même.
NOUS LES VIVANTS
Cousin toqué de Buñuel et de Svankmajer, quelque part entre Jérôme Bosch et Jacques Tati, Roy Andersson édifie à intervalle irrégulier des films tragiquement comiques (ou comiquement tragiques). On pourrait les définir comme des enchevêtrements de tableaux où les humains ressemblent à des natures mortes, où l’absurde suinte de chaque plan, où la misère (affective morale et sexuelle) transpire de partout. Après les stupéfiantes
Chansons du deuxième étage, film du retour qu’il a peaufiné pendant quatre ans et réalisé après vingt-cinq années de pub et de clip durant lesquelles il a eu le temps de développer ses idées en toute liberté dans les locaux de son propre studio à Stockholm, Andersson revient avec
You the Living, un nouveau long métrage sur la condition humaine monté avec une rapidité Malickienne qui pointe du doigt les dérives modernes, les rouages de la société et son fonctionnement insolite. Singulièrement singulier!
LA NUIT NOUS APPARTIENT
Révélé en 1994 par
Little Odessa, James Gray avait enduré un accueil critique houleux à Cannes pour son deuxième film,
The Yards, en l'an 2000, avant de se voir couvert d'éloges quelques mois plus tard, lors de sa sortie en salles. Bis repetita, la projection de presse de
We Own The Night s'est achevée par une bordée de huées. Extrême réaction de dépit envers un film noir d'un classicisme à toute épreuve qui prend pour personnage principal le propriétaire d'une boîte de nuit new-yorkaise de la fin des années 80 confronté à la montée en puissance de la Mafia russe et à ses relations personnelles avec l'un de ses pères tranquilles, qu'il considère comme son parrain adoptif… au propre comme au figuré. Mais la voix du sang est la plus forte. En effet, la particularité de ce chien fou (Joaquin Phoenix, formidable par son mélange de force et de fragilité) est d'avoir pour père l'une des figures tutélaires de la police (Robert Duvall qui s'impose comme une évidence) et pour frère l'un de ses plus sûrs espoirs (Mark Walhberg, délibérément en retrait).
PARANOID PARK
Rien de nouveau dans le cinéma indépendant US. Du moins, en apparence. Après
Last Days, errance fantasmagorique où un Kurt Cobain vivait les derniers jours neurasthéniques du grunge dans une maison lugubre cernée par des fantômes mentaux, Gus Van Sant signe avec
Paranoid Park, un grand film libre qui renseigne sur la santé maussade d’un patient nommé adolescence ainsi que les humeurs créatrices de son auteur. Sa grâce réside dans l’art du décalage futé qui transforme le quotidien palot d’un lycéen lambda en fantaisie bizarre.
LES PROMESSES DE L’OMBRE
La réussite fulgurante du précédent
A History of Violence a visiblement convaincu David Cronenberg de continuer à traiter des histoires de gangsters sur un mode à la fois simple et complexe. Comme un frère jumeau,
Les promesses de l’ombre repose sur un principe similaire même si l’action ne se déroule plus aux Etats-Unis (exit le bilan assassin des rapports incestueux entre l’Amérique et la violence) mais en Angleterre, dans une communauté d’Européens de l’Est. L'équipe est familière (Howard Shore à la bande-son, Peter Suschitzky à la photo, Ronald Sanders au montage). D’un film à l’autre, la construction scénaristique paraît identique: un postulat de base a priori classique qui recèle des zones d’ombre éclatantes. D'un film à l'autre, le même impact émotionnel. Juste sidérant.
LE REVE DE CASSANDRE
Revigoré par
Match Point, film de la renaissance artistique inespérée, Woody Allen nous rassure après la petite baisse de régime de
Scoop, comédie certes charmante mais anecdotique, avec son nouveau
Le Rêve de Cassandre. L’intellectuel new-yorkais poursuit ses pérégrinations londoniennes et creuse la veine trouble qu’il affectionne et que nous adorons : celle des Crimes et Châtiments où des personnages de la vie de tous les jours sont confrontés à des situations amorales et tentent de vivre avec. Souvent pour le pire. Pour cette nouvelle déclinaison, il ne pouvait pas faire mieux: le résultat dont on déguste chaque minute est enthousiasmant. Woody au sommet de son art.
LE ROYAUME
Le Royaume fait couler beaucoup d'encre, à tort comme à raison. Assurément, il s'inscrit directement dans la nouvelle mouvance américaine post 2001.
Le Royaume et consorts tendent à développer une approche des conflits dans lesquels les États-Unis sont directement impliqués avec le Proche-Orient. Et c'est exactement en cela que le film de Peter Berg attise les braises véhémentes d'une partie de la critique qui conspue la « fictionalisation » de problèmes géopolitiques. Mais qu'en est-t-il réellement ?
SA MAJESTE MINOR
Avec le très bizarre
Sa Majesté Minor, Jean-Jacques Annaud, cinéaste émérite, prend le risque de la fiction «déceptive» (ce qui n’est pas la même chose que «décevante») en signant une toute petite comédie égrillarde qui a le cul entre deux chaises (pas pour les enfants trop prudes ni pour les adultes trop sérieux) et raconte sur le mode du «il était une fois», une fable philosophique au ludisme lubrique d’un autre temps. Grandeur et déliquescence d’un homme-cochon qui devient roi après avoir trouvé le langage. Mais qui reste malgré tout un sacré porc (comprendre un «obsédé sexuel»). Curieux objet, en tout cas.
SAW 4
Face aux esprits échaudés par un
Saw III en demi-teinte (qui chez nous a quand même écopé d’une interdiction en salles aux moins de 18 ans), que pouvait-on attendre après d’un
Saw IV réalisé dans un délai tout aussi court que le troisième opus : juste une toute petite année. 4 épisodes en moins de 4 ans. Un rythme qui fleure bon le mercantilisme des costards cravates. Dans de telles conditions, comment réussir à sortir du bourbier orchestré par Bouseman depuis
Saw II ?! L'urgence imposée par des délais toujours plus courts a paradoxalement amené une approche bien plus approfondie du sujet dans le quatrième opus. Sans chercher à faire des twists interminables, le film y trouve de la simplicité et de l'efficacité. Enfin d'après ce qu'en dit le pigiste qui a écrit ça.
SOUFFLE
On ne présente plus le prolifique Kim Ki-Duk, enfant terrible du cinéma sud-coréen qui, depuis quelques films, délaisse la provocation des images crues (
L’île) pour plus de romantisme apaisé (période post-
Locataires). Alors qu’il aurait pu se contenter de recycler des figures stylistiques, KKD a négocié un joli virage où il parle plus du cœur que du corps avec cet humour tordu qui le caractérise. Ne serait-ce que par son contexte carcéral,
Souffle évoque logiquement le remarquable
Locataires, son œuvre la plus accessible en bras d’honneur à tous ceux qui voyaient dans ses opus de la misogynie et de la perversité.
SUPERGRAVE
Amis du cinéma délicat, des situations pleines de non-dits et des introspections existentialistes en appartement parisien, passez votre chemin. Oui,
Supergrave ce n’est pas du Eric Rohmer. On pourrait même rétorquer que, oui, par moments
Supergrave frise avec le mauvais goût. Oui,
Supergrave ne fait pas toujours dans la dentelle mais quelquefois les grosses parkas contentent mieux que les plus fines lingeries. Et pourtant, parmi les comédies américaines régressives qui débarquent sur nos écrans, avec 40 ans toujours puceau,
Supergrave apparaît comme l’une des plus fines, l’une des plus attachantes. La touche Appatow sûrement.