Il y a des films dont on a du mal à s'expliquer le succès. Pourquoi Very Bad Trip, par exemple, connaît-il une telle carrière ?

Par Arnaud BORDAS - publié le 27 janvier 2010 à 14h58
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Pas de parution régulière, pas de sujet ni de thématique prédéterminés, pas de limite au niveau de la longueur du texte, pas d'obligation de coller à tout prix à l'actualité, cette nouvelle rubrique est la rubrique la plus libre de toute l'histoire du journalisme. En fait, c'est un peu comme un blog sauf que c'est pas un blog, c'est une sorte de gros fourre-tout un peu pagailleux mais plein d'entrain. Un joyeux bordel quoi ! Quand ça lui chante, Arnaud Bordas viendra donc nous parler de quelque chose qui l'interpelle, qui le chiffonne, qui le travaille, qui le remplit de joie ou qui lui donne de l'urticaire, le tout sur un ton très gonzo. 
 
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Il y a des films dont on a du mal à s'expliquer le succès. L'autre soir, j'ai découvert avec un peu de retard le fameux Very Bad Trip (The Hangover en VO) de Todd Phillips, cette comédie sur un enterrement de vie de garçon à Las Vegas qui vire à la catastrophe. J'ai comptabilisé deux ou trois vraies grosses poilades (dont le fameux générique final et la prestation du formidable comédien Ken Jeong, déjà aperçu dans En cloque mode d'emploi ou Les Grands frères et qui mériterait clairement des rôles plus importants) mais, dans l'ensemble, j'ai trouvé ça plutôt pépère et prévisible. Pas antipathique hein, mais pépère et prévisible. En gros, une fois le pitch de départ posé, le film devient une accumulation de saynètes fonctionnant systématiquement sur le concept du « mais comment ont-ils fait pour... ? » (pour se retrouver avec un tigre dans leur salle de bains, un bébé dans leur penderie, un Chinois dans leur coffre de voiture, etc, etc.). On voit d'ici les séances de brainstorming des scénaristes, énonçant des péripéties de plus en plus saugrenues pour tenter ensuite de leur trouver une explication qui tienne debout. Or, ce film est l'un des cartons les plus inattendus de l'année passée. Jugez plutôt : pour une mise de départ de 35 millions de dollars, le film en a rapporté plus de 465 au box-office mondial (en France, près de 2 millions de spectateurs l'ont vu en salles), ce qui en fait, à ce jour, le plus gros succès de tous les temps pour une comédie classée R (interdit aux moins de 17 ans non-accompagnés). Et ce n'est pas fini, le film faisant également un carton en DVD. Rien qu'aux Etats-Unis, il s'agit d'ores et déjà du plus gros succès pour une comédie en DVD, la somme de ses locations et de ses ventes devant cumuler, en fin de carrière, aux alentours des 10 millions d'unités. J'ai beau trouver le film assez moyen, je ne peux m'empêcher de me demander à quoi peut bien tenir un succès pareil. Sans doute à quelque chose dans l'air du temps. C'est un peu comme pour le triomphe français de Bienvenue chez les Ch'tis : ces films ont eu la chance de mettre le doigt sur quelque chose que le public attendait sans même le savoir. Que ce soit le plaisir de jouer avec une imagerie régionaliste laissée en friche depuis longtemps ou bien celui de s'immerger dans un univers de gaudriole virile qui semble manquer au mâle du XXIe siècle (quelque peu inhibé par ce fameux côté féminin qu'on l'exhorte constamment à extérioriser), ces succès montrent avant tout qu'il n'y a rien de plus volatile que la comédie. 

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Si une histoire d'amour tragique ou les mésaventures d'un orphelin feront toujours pleurer les spectateurs, qu'ils vivent au XVIIe ou au XXIe siècle, il se trouve que, bien souvent, on trouve consternant ce qui faisait rire nos aïeux. Les grandes comédies intemporelles sont rares, alors que les comédies populaires dans l'air du temps, comme Very Bad Trip ou Bienvenue chez les Ch'tis, sont en général appelées à prendre un sérieux coup de vieux au fur et à mesure que l'on s'éloigne de leur date de sortie. A part quelques cinéphages amateurs de délires psychotroniques, qui regarde encore aujourd'hui les comédies d'Abbott et Costello, de Franco et Ciccio ou des Charlots ? Et surtout qui rigole encore devant leurs exploits ? Et pourtant, en leur temps, tous ces comiques ont trôné au sommet du box-office. Non, vraiment, pour arriver à faire se plier en deux plusieurs générations d'affilée, il faut être un génie, il faut être un Molière, un Billy Wilder ou un Louis de Funès.
Pour l'anecdote, même si ce n'est pas marqué au début du générique, l'histoire de Very Bad Trip a été inspirée à ses scénaristes par une histoire vraie. En l'occurrence, celle qui est arrivée à une authentique personnalité hollywoodienne : Tripp Vinson, producteur de films comme Coup d'éclat, Le Nombre 23 ou Voyage au centre de la Terre. Parti fêter son enterrement de vie de garçon à Las Vegas avec une trentaine de potes, Vinson se rappelle avoir passé la soirée à écumer les bars et les nightclubs en leur compagnie. Puis, après un gros trou noir, il s'est finalement réveillé dans un bar à strip-tease, avec une facture longue comme le bras à régler. Evidemment, l'histoire ne dit pas si l'on a retrouvé des photos de ce qui s'est passé durant le trou noir...


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