Par Jean-Baptiste Guegan - publié le 22 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 22 octobre 2009 à 10h45 - 1 commentaire(s)
Depuis quelques mois, un cinéma conscient du monde qui l’entoure envahit les salles comme jamais. Parmi les œuvres qu’il déploie, il en est de nombreuses qui refusent l’outrance d’une action démesurée et les excès de viles passions. Ainsi, proches des êtres et de leurs drames les plus quotidiens, ces métrages au vérisme affirmé collent aux problèmes, aux difficultés, aux soucis de leurs personnages. De fait, entre Welcome, le Silence de Lorna en passant par le récent Puisque nous sommes nés, un certain cinéma-vérité gagne du terrain et prodigue l’économie de sa sincérité comme la condition sine qua non de sa réussite et d’une certaine volonté de faire prendre conscience. Cependant, dans cette enfilade d’œuvres bouleversantes, il en est une qui ressort telle un manifeste : Une Famille Brésilienne, le film du duo Walter Salles-Daniela Thomas. En effet, non sans montrer avec compassion, le sort d’une famille en proie à ses pérégrinations journalières, leur film aborde le Brésil des démunis d’une façon bien différente. Entre fantasmagorie de l’errance et approche esthétisante, le regard qu’il construit face à une pauvreté systémique se veut de fait tout autant miséricordieux et humaniste que profondément clinique. Explications d’un épiphénomène.



Un Brésil différent : entre novelas et favelas

Il est fréquent de voir le Brésil dépeint sous l’angle de la violence ou ramené à une certaine caricature de lui-même. Ainsi, des films comme la Cité de Dieu ou Puisque nous sommes nés ont servi sa cause tandis que d’autres au contraire, l’ont par trop schématisé. Limité à sa seule violence et à un dépassement qui ne passerait que par le trafic, la mort et l’argent, le peuple auriverde semble donc cantonné à ne pouvoir s’échapper de représentations dont il est certes responsable mais que sa riche identité subit comme une altération simpliste. En effet, voir la Cité des hommes, OSS 117 : Rio ne répond plus et enchaîner par le brutal et fascisant Troupe d’élite n’incite pas à saisir ni même à comprendre le géant sud américain. Heureusement, au milieu de cette profusion filmique, il est certains auteurs qui s’extraient du marasme cinématographique et du conformisme ambiant pour porter à l’écran des œuvres porteuses d’une vision singulièrement différente. Walter Salles et son équipe sont de ceux-là et le film qu’il signe aux côtés de Daniela Thomas appelle manifestement à une compréhension intime et personnelle du Brésil d’aujourd’hui. De fait, très différent par ce qu’il montre qu’impactant en raison de la frontalité poétique qu’il instruit, Une famille brésilienne dresse de ce colosse un portrait des plus réjouissants et divergents.



Ainsi, loin des facilités d’une focalisation limitée aux seules difficultés brésiliennes, Une famille Brésilienne fait au contraire du lien, du rapport à l’autre et de leurs trajectoires mêmes, le cœur de son propos. Dès lors, à la manière de Central Do Brasil, chaque personnage, entre réalisme et empreinte sociologique, trace sa voie à grands coups d’espoirs, de renoncements ou de petits arrangements avec la norme et ses contraintes. Et toujours, en lutte avec l’extérieur et l’impression que sa dureté sera délicate à surmonter, tous s’essaient à la survie et s’échinent à concevoir le lendemain comme la potentielle promesse d’un avenir meilleur. Ainsi, malgré les obstacles, les écarts ou la tentation d’obscurs cheminements, Une famille brésilienne compose pour l’heure l’un des visages les plus profondément touchants et plausibles d’un Brésil qui croit en sa jeunesse et compte sur elle pour grandir.


Le football, révélateur de l’individualité dans la multitude

Initialement intitulé Ligne de passe, Une Famille brésilienne fait assurément le lit de son propos par son histoire foisonnante, récit de vies dont les voies sonnent toutes ensemble comme une vocation propédeutique. Par exemple, ses personnages masculins sont tous issus d’une même mère mais le père de chacun s’avère différent. De fait, tout comme le Brésil, pays où le métissage est une richesse, la famille recomposée qu’il forme, se soutient, se déchire, rêve de football et se nourrit de foi à défaut d’autre chose, cependant elle ne cesse de paradoxalement croire en son avenir et en ses possibilités. Que ce soient celles de l’amour, d’une parenté ou celles plus pénibles d’un travail à accomplir.



Par conséquent, les lignes de fuite, les engagements et les égarements de chacun déterminent un Brésil sous-jacent, qui se cherche mais qui dans l’unité parvient à se dépasser à l’instar de la partie de football qui réunit les spectateurs dans l’action, presque au terme du métrage. Symbolique s’il en est, ce dénouement qui porte en lui un achèvement, un rêve et une naissance augure aussi à un niveau supérieur d’une possible promesse à l’adresse du peuple brésilien. Certes, moins définitive qu’elle ne le paraît, la fin d’Une famille brésilienne révèle les attentes et les espoirs de leurs auteurs pour leur pays, que ce soit au travers du quadrillage d’intentions et d’actions de leurs personnages ou que cela passe dans la résolution de ce qu’ils recherchent. Mais tout autant, sans naïveté ni compromis, cette fin souligne également l’hasardeuse difficulté qui perdure et l’obligation d’œuvrer seuls mais pas seulement. Car pour que tous améliorent leurs vies, il leur faut d’ores et déjà penser à soi et aux autres, pour que tous suivent et se hissent au même niveau, transcendés qu’ils seront.



En définitive, Une Famille brésilienne tisse donc plus qu’une histoire ouverte à multiples embranchements ou le portrait d’une famille emblématique, il se fait message et édifie pour ses contemporains, le récit d’un futur qui n’a rien d’illusoire. Un futur porté par tous, pour tous et destiné à montrer qu’ensemble, malgré les sombres heures, un avenir est possible. Et cela ce ne sont pas des mots qui le disent mais le cinéma qui ose l’écrire.
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