Née le 22 décembre 1972, Vanessa Paradis est devenue une enfant-star dès l'âge de 14 ans. Elle découvre alors la gloire, les strass, les paillettes et toutes les mauvaises critiques qui peuvent parfois en découler. Heureusement, son oncle Didier Pain, comédien mais aussi producteur, la protège grandement. Par la suite, et en parallèle d'une extraordinaire carrière dans la chanson, Vanessa Paradis a suivi un parcours cinématographique pour le moins hors normes. Quelques films prometteurs, une série de grosses productions sans le moindre intérêt, et la rencontre avec des cinéastes beaucoup plus ambitieux : voilà comment nous pourrions résumer l'ensemble.
A l'occasion de la sortie en salles cette semaine de L'Arnacoeur, une comédie romantique signée Pascal Chaumeil, retour détaillé sur la filmographie d'une jeune amoureuse toujours aussi pimpante, Vanessa Paradis.

Des débuts prometteurs
A l'heure actuelle, on ne dénombre qu'une dizaine de longs-métrages dans la carrière de Vanessa Paradis. Il faut dire que son domaine de prédilection demeure avant tout celui de la chanson. Pour elle, le Septième Art ne semble être qu'une éventuelle option, à la seule condition d'avoir un réel coup de coeur.
Pourtant, elle débute dans le métier relativement jeune. A peine les feux des projecteurs braqués sur elle que Vanessa se retrouve immédiatement portée en haut de l'affiche. Ce sera en 1989, pour Noce Blanche. Sous la direction de Jean-Claude Brisseau, et aux côtés de l'imposant Bruno Cremer, la comédienne incarne Mathilde Tessier, une adolescente tombant amoureuse de son professeur de philosophie, beaucoup plus âgé et surtout déjà marié. Dans un premier temps, il répond à l'amour de son élève, mais cette passion, troublant l'harmonie de sa vie, va vite le déranger. Le film est un véritable choc. Tout d'abord, à l'époque, on ne s'attendait pas à retrouver Vanessa Paradis dans un rôle aussi dur, à l'image presque détestable, au risque de marquer la personne à tout jamais. Par ailleurs, le sujet a de quoi déstabiliser, dépassant très largement le stade de la bonne morale pour laisser place à un désir ardent sans la moindre limite. Mais contre toute attente, le film connaît un joli succès, aussi bien public que critique. Vanessa Paradis prouve en un seul long-métrage toute l'étendue de son talent, à juste titre récompensé puisqu'elle remportera l'année suivante le César du Meilleur Espoir Féminin (également lauréate du prix Romy Schneider). Pourtant, elle ne conserve pas un excellent souvenir de ce tournage, certainement l'une des raisons pour lesquelles elle n'apparaît aujourd'hui que très rarement au cinéma, choisissant ses projets (et l'équipe respective) avec une extrême minutie. Lors de la sortie du film, elle se confie ouvertement au magazine Première : « Brisseau pourrait faire tout ce qu'il veut, je ne retournerai jamais avec lui. Il était détestable ». L'image de Vanessa Paradis se forme donc petit à petit. Nous n'avons pas affaire à une simple petite « poupée » propulsée vedette du jour au lendemain. La jeune star a du répondant. Elle sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne voudra jamais. Un caractère de très bon augure pour la suite de sa carrière.
En conséquence, les rôles ne s'enchaînent pas outre mesure. Vanessa Paradis prend le temps de valider les sujets qui l'intéressent véritablement. Nous ne la retrouvons donc qu'en 1995, à l'affiche du nouveau film signé Jean Becker (après Tendre voyou ou bien encore L'Eté meurtrier aux côtés d'un autre chanteur, Alain Souchon). Hommage à Serge Gainsbourg, face à face poignant avec Gérard Depardieu, seconds rôles époustouflants (Clotilde Coureau, Michel Bouquet et Philippe Léotard), Elisa, l'histoire d'une adolescente partant à la recherche de son père, responsable de la tragédie qui a coûté la vie à sa mère, a tout d'un grand film. Drôle, tendre et provocante, l'oeuvre rencontre un immense succès auprès des spectateurs. Vanessa Paradis y compose un personnage extrême, sans aucun tabou, néanmoins porteur d'un profond amour. C'est d'ailleurs ce qui caractérise son personnage cinématographique dans son ensemble : une jeune femme seule, abandonnée ou totalement perdue dans un monde qu'elle connaît peu voire pas du tout, cherchant tant bien que mal une épaule sur laquelle se reposer. En somme, de quoi plaire au grand public. Christian Fechner, le producteur d'Elisa, a parfaitement bien compris ce potentiel et propose donc à Vanessa un contrat l'obligeant à tourner trois longs-métrages sous son aile.

Une suite plus chaotique
Seulement, au cinéma, il n'existe pas de recette véritable. Et l'erreur de Fechner, c'est justement de penser tout l'inverse. Alors qu'en 1993 Jean-Marie Poiré révolutionne le cinéma français en tournant une comédie fantastique au triomphe retentissant (Les Visiteurs), Fechner compte surfer sur cette vague avec Un Amour de sorcière (ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on y retrouve Jean Reno). Pour ce faire, il appelle René Manzor (frère de Francis Lalanne) à la rescousse. Un choix des plus curieux, surtout lorsque l'on connaît les précédents « méfaits » du bonhomme. Jugez plutôt : Le Passage, 36 15 Code Père Noël et diverses séries telles que Highlander ou bien encore Alex Santana, négociateur. Un Amour de sorcière se présente donc comme un pur film de commande, sans âme ni intérêt. La présence de Vanessa Paradis n'est finalement qu'un prétexte à exploiter son charme et à la confronter à de nouveaux « monuments » du Septième Art, ici en la personne de Jeanne Moreau. Mais alors que nous raconte le film ? Dans un monde tel que nous le connaissons aujourd'hui, le nombre de sorciers décline cruellement. Morgane, sorcière du Bien, l'une des quatre dernières sorcières toujours en vie et la seule pouvant encore enfanter, est mère d'un adorable bébé de onze mois, Arthur. Aussi, le 14 juin prochain, à 6h du matin, ce dernier aura un an et comme tous les bébés sorciers, il devra être parrainé. Si c'est un sorcier du Bien qui le parraine, ses pouvoirs seront mis au service du Bien. Si au contraire il est parrainé par un sorcier du Mal, c'est vers le Mal que ses pouvoirs s'orienteront. Malheureusement, il ne reste plus qu'un sorcier sur Terre, Molok, et celui-ci défend le Mal... Le film réussit tout de même la prouesse de remplir les salles, ou tout du moins quelques-unes (autour d'un million d'entrées). Cependant, la déception est bel et bien là. L'intrigue, d'une rare minceur, et son développement, aussi pauvre que ridicule (les nombreux tours de magie n'ont absolument rien de spectaculaire, preuve en est lors de la scène du dîner où l'on y découvre Morgane soulevant des spaghettis afin de démontrer ses pouvoirs). Censé faire l'évènement à sa sortie, Un Amour de sorcière sombre rapidement dans l'oubli le plus total. Tourné en deux langues, français puis anglais, le film ne sortira finalement pas aux Etats-Unis.
Mais Christian Fechner n'est pas du genre à rester bloqué sur un échec (ce n'est pas le premier, ni même le dernier). Il prépare en effet dans le plus grand des secrets un coup remarquable, celui de réunir sur grand écran Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Un événement de taille, auquel Vanessa Paradis participera bien évidemment. Le concept n'est pas nouveau et rappelle vaguement un film de Francis Veber (la finesse en moins), Les Compères (avec Pierre Richard et Gérard Depardieu), où deux hommes se disputent la paternité d'un même enfant. Seulement, sous la direction d'un Patrice Leconte particulièrement énergique, le résultat se révèle tout autre. Ainsi donc, place à l'action, aux cascades et aux nombreux hommages cinématographiques. En ce sens, les inconditionnels de Bébel et de Monsieur Alain Delon en ont pour leur argent, et il n'est pas rare de verser une larme ou deux lors de certaines séquences pour le moins nostalgiques. Mais c'est justement là qu'est le problème. Au milieu de ces deux mastodontes du cinéma, Vanessa Paradis ne trouve pas vraiment sa place et ne leur sert finalement que de faire-valoir. Une cruelle déception, surtout au vu de ses premiers films dans lesquels elle faisait preuve d'un véritable charisme. Mais avec Une chance sur deux, tout n'est que gâchis. Et malgré un divertissement honnête, le public ne s'y intéresse que très modestement. Double raté.

A mi-chemin de l'année 2010, la Rédaction s'est arrêté pour faire un premier bilan des films sortis depuis le 1er janvier. Coups de gueule et coups de coeur garantis !