Jamais, de mémoire, réalisation ne s'est autant inscrite et intégrée dans les esprits. Si un film est aujourd'hui associé à une saison, c'est bien Les Dents de la mer.

Par Bill ROSS - publié le 18 mars 2010 à 17h52
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Jamais, de mémoire, réalisation ne s'est autant inscrite et intégrée dans les esprits. Si un film est aujourd'hui associé à une saison, c'est bien Les Dents de la mer. Sorti sur les écrans dans le courant de l'été 1975, il a traumatisé et traumatisera encore de nombreuses années les vacanciers des côtes. Jaws, de son titre original (littéralement "mâchoires"), est encore à ce jour un classique du cinéma.

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Si Les Dents de la mer compte parmi les films au panthéon du septième art, c'est parce qu'il renvoie directement aux peurs des spectateurs. Sorti pendant la saison estivale, il raconte l'histoire d'une petite ville d'habitude tranquille sur la station balnéaire d'Amity. Jamais de soucis pour les insulaires et les touristes qui viennent passer leurs vacances sur les plages de sable blanc, profiter du soleil et se faire dorer la pilule paisiblement. Martin Brody vient juste d'arriver. Il est le nouveau chef de la police et a en charge la sécurité des vacanciers. Au matin de son premier jour, un coup de téléphone l'avertit de la disparition d'une jeune femme. Lorsqu'il arrive sur place, un corps déchiqueté a été retrouvé sur la plage. Martin vient de New York. Il a quitté l'agitation de la grosse pomme pour trouver la paix pour sa famille. Il est loin de se douter qu'il va avoir affaire à l'un des plus grands prédateurs de l'océan.
Martin n'est pas un brigadier côtier ordinaire. Notre héros a une peur panique de l'eau. Son devoir l'obligera malgré tout à combattre sa phobie.
 
"Je ne veux pas perdre mon temps avec un individu qui attend son tour pour se faire bouffer à la tartare"
 
La force des Dents de la mer est de ne montrer le mal qu'en le suggérant. Il faudra attendre plus de la moitié du film pour apercevoir clairement le grand requin blanc qui terrorise les foules. Mais c'est avec cette suggestion habile que Steven Spielberg réussira à tenir son public tout au long de son histoire. La première rencontre avec le prédateur se fera la nuit. Une fête sur la plage, des jeunes qui s'amusent, boivent autour d'un feu de camp et une jeune fille qui a la brillante idée d'aller prendre un bain de minuit avec un jeune homme. Tout semble normal et la situation est plus que plaisante. La jeune sirène court dénudée sur la plage avant de se jeter sans crainte pour un bain romantique nocturne. Elle ne devait pas s'attendre à ce genre de rencontre en plongeant dans le grand bleu. Quelques brasses. Deux appels à son compagnon trop ivre pour enlever ses vêtements et la rejoindre. Elle est seule au milieu de l'inconnu et des profondeurs sombres de la nuit. Premier contact. Personne ne sait réellement ce qu'est une attaque de requin. Elle non plus. Surprise ! Le choc est brutal. Elle est rapidement ballotée de droite à gauche, criant à l'aide sans que personne ne l'entende. On ne voit rien. Juste la peur sur son visage affolé. C'est la première rencontre avec le monstre marin et la dernière pour la jeune fille avant qu'elle ne sombre à jamais.
 
"Maman, je peux aller me baigner ?"
"Oui mon chéri, amuse toi..."
 
A l'instant des attaques, Spielberg a la riche idée de placer sa caméra au niveau du requin. Les spectateurs voient ce qu'il voit. Sa cible est alors presque la nôtre. Le plus innocent, le moins sympathique ou le plus stupide est une victime idéale pour le réalisateur qui joue avec les codes de la peur. Les vues subjectives sont là pour servir le traumatisme naissant du spectateur. "Non ! Pas le gentil petit garçon ! Il n'a rien fait !" C'est aussi le monsieur tout le monde qui en prend pour son grade. La jeune étudiante insouciante, dont on a vu comment elle a fini, le garçonnet, le sympathique maître-nageur et même le brave chien... Personne n'est innocent aux yeux sans vie de Jaws. Alors qui peut encore se baigner sans se persuader que Les Dents de la mer n'est qu'une fiction et rien de plus ? Pas certain que le travail de Spielberg n'ait pas touché la corde sensible. Celle que même les plus braves cachent dans une boîte fermée à double tour.

 

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"Pom, pom, pom, pom, pom, pom, pom..."
 
La musique joue un rôle important dans l'ambiance des Dents de la mer. Composée par John Williams, elle est directement liée à la présence du requin. L'orchestration magistrale de Williams a sa fonction propre. Là où le monstre reste invisible aux yeux des spectateurs, elle est la sonnette d'alarme. En tant que personnification de la bête, elle évolue avec la violence de l'attaque. Lorsque le requin n'est qu'aileron filant à la surface de l'eau, la bande sonore est sourde et lente. Mais à l'approche de la victime, elle s'accélère comme un battement de cœur qui s'excite devant la peur et le stress. C'est un signal déclencheur pour le spectateur qui dit : "Attention, il va se passer quelque chose !" Spielberg ne cherche plus la surprise une fois que la musique est instaurée. Il cherche juste à faire ressentir la terreur d'un évènement inévitable auquel personne n'a le pouvoir d'échapper. Quand le squale sera visible, dans la deuxième partie du film, plus de trémolo, Williams fait sonner les cors plein pot, définissant la gueule du monstre comme arme de mort et de carnage sanguinolent.
 
"Fais-moi risette saloperie"
 
Il faudra cependant trouver une manière de combattre le grand blanc. Les pêcheurs novices s'y sont cassé les dents. La garde nationale a fait macache. A qui faut-il faire appel ? La solution viendra d'elle même : le seul type pas sympathique, le crado du village, celui aux allures de pirate et qui entretient l'image du dur à cuir. C'est lui l'unique espoir au milieu de tous les experts. Martin Brody va engager Quint, l'ancien militaire de la marine, maintenant pêcheur de squales à Amity. Personne ne sait ce qu'il fait là n'y comment il y a atterri. On s'en fout d'ailleurs ! Face à la nullité des autorités, il est le seul à donner une lueur d'espoir pour dézinguer du requin mangeur d'homme. Respectant les codes du film de genre, Spielberg va également lui donner une histoire, un passé tragique qui expliquera sa haine du grand prédateur et qui lui donnera de surcroît un petit capital sympathie. Fort de l'expérience de Quint, accompagné de Brody et de Hooper, l'océanographe expert en requin, ils embarqueront pour la chasse. Les séquences dans le bateau seront sujette à des histoires de marins genre « on se frappe le torse, on compare nos cicatrices et celui qui en a le plus est aussi celui qui a la plus grosse ». C'est lors de cette scène que l'on comprendra que Brody n'a pas vécu beaucoup de situations dangereuses, sa seule blessure étant celle d'une opération d'appendicite. La nuit se terminera sur de vieilles comptines de marins et une attaque du requin qui au petit matin clôturera l'histoire.
 
Histoire vraie
 
Inspiré du livre de Peter Benchley, publié en 1974, l'histoire des Dents de la mer doit certainement son succès et sa notoriété à un fait divers datant de 1916 aux Etats-Unis. Le New Jersey a connu une série d'attaques violentes de requin causant la mort de plusieurs vacanciers. Hooper y fait référence par ailleurs dans le film. Datant certes du début du siècle, ce fait divers fait figure de point d'ancrage dans la réalité qui offre au réalisateur la possibilité de jouer avec une peur installée du prédateur marin. Les Dents de la mer demeure une fiction à part entière, mais peut faire ressurgir de vieilles légendes et confronter le spectateur à une réalité sans équivoque : dans l'océan, l'homme n'est pas le maître. 

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Ne regardez pas le fond de l'océan
 
Les Dents de la mer fait son travail en tant que film d'épouvante, car il fait penser constamment à une mâchoire surgissant des profondeurs pour vous becter. Si Freddy Krueger provoquait des insomnies, si Ca vous donnait une haine invétérée pour les clowns et Jurassic Park vous faisait voir des dinosaures dans votre jardin, Les Dents de la mer fera réfléchir à deux fois avant de piquer une tête.


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